Faire fructifier sa trésorerie d’entreprise : trois niveaux du compte rémunéré au compte-titres

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Sur les comptes courants des sociétés françaises sommeillent des liquidités considérables qui ne produisent aucun rendement, alors que l’inflation est remontée à 3,2 % en mai dans la zone euro. Chaque mois passé sans placement, c’est du pouvoir d’achat qui s’évapore en silence. La donne a pourtant changé : à la faveur de la remontée des taux directeurs, la trésorerie d’entreprise est redevenue un actif que l’on peut faire travailler.

Placer sa trésorerie consiste à orienter les excédents de liquidités vers des supports rémunérés, sans fragiliser le fonctionnement courant de l’activité. On distingue la poche d’exploitation, mobilisable à tout moment, de la trésorerie excédentaire, celle qui peut être immobilisée plus longtemps. C’est sur cette seconde poche que se jouent les arbitrages de rendement.

Encore faut-il accepter une règle de fer : on ne peut pas réunir en même temps sécurité absolue, liquidité totale et rendement élevé. Comment arbitrer entre ces trois exigences selon trois niveaux d’engagement croissant, du compte rémunéré le plus souple au compte-titres le plus exposé ?

Pourquoi le cash qui dort coûte plus cher qu’avant

Tout placement se lit à travers un triangle : rendement, risque et liquidité. Aucun produit ne maximise les trois à la fois, et c’est précisément cet arbitrage qui structure les choix d’un dirigeant. Depuis le 17 juin 2026, le taux de la facilité de dépôt de la Banque centrale européenne est remonté à 2,25 %, ce qui rehausse mécaniquement la rémunération des supports de court terme.

Laisser ses excédents sur un compte non rémunéré revient à renoncer à un revenu désormais tangible, au moment où la pression sur les fonds propres s’intensifie. La Banque de France anticipe des retards de paiement interentreprises proches de 13 jours en moyenne, alors que l’on enregistre un nombre record de défaillances. Mobiliser sa trésorerie n’est plus un luxe mais un véritable levier de résilience.

Premier niveau : le compte rémunéré, simple et disponible

Le point d’entrée le plus accessible reste le compte professionnel rémunéré, à l’image de l’offre de Revolut Business. Les intérêts y sont calculés et versés quotidiennement, sans blocage des fonds ni préavis de retrait. C’est l’équivalent moderne du livret : on dépose, on retire, l’argent travaille entre-temps.

Côté rendement, Revolut Business affiche des taux pouvant atteindre 2 % brut selon la formule souscrite, le compte épargne acceptant des dépôts jusqu’à 10 millions d’euros sans montant plancher. L’abonnement conditionne le niveau de service : 10 € par mois pour la formule Basic, 30 € pour Grow, 90 € pour Scale, et une tarification sur mesure pour Enterprise.

La contrepartie de cette souplesse est un rendement plafonné et des intérêts pleinement imposables, intégrés au résultat de la société. La simplicité prime ici sur la performance, ce qui convient parfaitement à la poche de trésorerie courante. Pour aller chercher davantage, il faut accepter de passer par un véritable produit financier.

Deuxième niveau : le fonds monétaire, le rendement des taux courts

Un cran plus loin, les fonds monétaires captent directement la rémunération des marchés de court terme. La fintech française Spiko, par exemple, donne accès à un OPCVM monétaire agréé par l’Autorité des marchés financiers, adossé à des bons du Trésor, géré par Amundi et conservé chez CACEIS, la banque dépositaire du groupe Crédit Agricole. Le rendement, versé quotidiennement, suit de près le taux interbancaire €STR.

L’intérêt tient à la combinaison d’une liquidité quasi instantanée et d’un risque très faible, sans pour autant offrir la garantie en capital d’un dépôt bancaire. Spiko, qui revendique avoir franchi le milliard d’euros d’encours, est agréée comme entreprise d’investissement par l’ACPR. La valeur liquidative peut théoriquement varier, ce qui range ce support juste au-dessus du compte rémunéré sur l’échelle du risque.

Troisième niveau : le compte-titres, viser plus haut en acceptant le risque

Pour la fraction de trésorerie réellement excédentaire et immobilisable sur plusieurs années, le compte-titres ordinaire ouvre l’accès aux actions, aux obligations et aux fonds diversifiés. Ouvert au nom de la société, qu’il s’agisse d’une SAS, d’une SARL ou d’une holding, il n’offre aucun avantage fiscal spécifique mais une liberté d’investissement totale.

Le risque naît de l’ignorance de ce que l’on fait.

Warren Buffett, président de Berkshire Hathaway, s’adressant à ses actionnaires

Les plus-values réalisées et les dividendes perçus sur ce compte sont intégrés au résultat imposable et soumis à l’impôt sur les sociétés, au taux réduit de 15 % ou au taux normal de 25 % selon le niveau de bénéfice. La liquidité des titres reste bonne, puisqu’une position cotée se revend en quelques minutes.

Le vrai changement de nature se situe sur le risque : ici, le capital n’est jamais garanti et une baisse des marchés peut effacer plusieurs trimestres de gains. Ce niveau ne se justifie que sur un horizon long et avec une trésorerie dont l’entreprise n’aura pas besoin à court terme.

Trois niveaux, trois profils de placement

Pour visualiser l’arbitrage, le tableau ci-dessous met en regard les trois niveaux sur les critères qui comptent vraiment pour un dirigeant : la disponibilité des fonds, le risque et le rendement attendu, sans oublier le traitement fiscal propre aux sociétés.

NiveauLiquiditéRisqueRendement indicatifFiscalité (société)
Compte rémunéréTotale, immédiateTrès faibleJusqu’à 2 % brutIntérêts à l’IS
Fonds monétaireQuasi instantanéeFaibleProche de l’€STRGains à l’IS
Compte-titresBonne, capital exposéÉlevéVariable, non garantiPlus-values et dividendes à l’IS

La lecture en colonnes fait apparaître une progression nette : plus on descend dans le tableau, plus le rendement potentiel grimpe et plus la sécurité recule. À chaque entreprise de situer ses poches de trésorerie sur cette échelle, sans chercher à tout placer au même endroit.

Les réflexes à adopter avant de placer un euro

Quel que soit le niveau retenu, quelques principes évitent les erreurs coûteuses. Une trésorerie bien placée commence par une trésorerie bien segmentée, avant même le choix du support. Voici les points à verrouiller en amont :

  • segmenter ses liquidités entre poche d’exploitation et trésorerie réellement excédentaire ;
  • définir un horizon de placement réaliste, car c’est lui qui détermine le niveau acceptable ;
  • vérifier l’agrément du prestataire et l’identité de la banque dépositaire ;
  • anticiper la fiscalité, tous ces produits étant imposés à l’impôt sur les sociétés ;
  • répartir plutôt que concentrer toute sa trésorerie sur un seul niveau de risque.

Ces garde-fous valent autant pour une micro-entreprise que pour une PME disposant de plusieurs centaines de milliers d’euros. La diversification reste le meilleur antidote à la volatilité comme à l’érosion monétaire.

Une décision qui pèse sur la solidité financière

Au-delà du rendement, le placement de trésorerie touche à la résilience même de l’entreprise, dans un contexte où le remboursement des PGE continue de ponctionner les liquidités de nombreuses sociétés. Une trésorerie qui rapporte, c’est une marge de manœuvre supplémentaire pour absorber un retard de paiement ou saisir une occasion.

Avec des taux courts revenus autour de 2 % et une inflation qui ronge le capital immobile, l’écart entre une trésorerie active et une trésorerie dormante n’a jamais été aussi visible. Le véritable arbitrage se joue sur le couple horizon et risque, propre à chaque structure et à son cycle d’activité.


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