Défaillances d’entreprises : au deuxième trimestre, les TPE concentrent une sinistralité qui ne reflue pas

Le deuxième trimestre 2026 confirme un niveau de défaillances toujours élevé, qui frappe d'abord les très petites et les jeunes entreprises. Derrière la moyenne nationale, secteurs et régions avancent en ordre dispersé.

Voir les titres Ne plus voir les titres

Les tribunaux de commerce français n’ont pas connu de répit à l’entrée de l’été. Une défaillance d’entreprise désigne l’ouverture d’une procédure de sauvegarde, de redressement ou de liquidation judiciaire, prononcée lorsqu’une société ne peut plus honorer ses dettes avec la trésorerie dont elle dispose. Derrière ce terme juridique se jouent des emplois, des savoir-faire et l’équilibre de filières entières, à un moment où l’économie française avance à un rythme modéré.

Au deuxième trimestre 2026, 17 486 procédures collectives ont été ouvertes, en hausse de 5,4 % sur un an, selon l’étude publiée le 16 juillet par Altares. Le chiffre prolonge la vague enregistrée au printemps, sans marquer de véritable décrue. La hausse ralentit, mais le volume reste installé très au-dessus de la normale : comment lire ce plateau, et surtout, quels signaux les dirigeants doivent-ils surveiller pour ne pas y basculer ?

Une sinistralité qui plafonne sans redescendre

Le niveau atteint reste exceptionnel au regard des repères d’avant-crise. Avec 17 486 procédures ouvertes, la sinistralité dépasse encore de près de 40 % celle enregistrée avant la crise sanitaire, quand les défaillances trimestrielles restaient sous la barre des 13 000. La dynamique se calme par rapport à 2024 ou 2025, mais le retour à la normale n’est pas engagé.

Depuis le début de l’année, 37 700 entreprises sont tombées, dont les deux tiers directement en liquidation, soit 1 500 de plus qu’à la même période de 2025. La structure des jugements se déforme aussi : les redressements judiciaires progressent à 5 546 ouvertures, en hausse de 7,1 %, signe que davantage de dirigeants tentent encore de sauver l’activité plutôt que de la fermer.

Les liquidations directes demeurent malgré tout majoritaires, avec 11 591 jugements, soit 66,3 % de l’ensemble. Les procédures de sauvegarde, elles, restent marginales : 349 ouvertures, à peine 2 % du total. Ce déséquilibre en dit long sur le moment où beaucoup de sociétés poussent la porte du tribunal, souvent trop tard pour préserver une chance de rebond.

Les TPE et les jeunes entreprises en première ligne

La photographie par taille est sans ambiguïté. Les entreprises de moins de trois salariés concentrent désormais 75 % des procédures collectives, avec 13 185 défaillances, en progression de 8,3 % sur un an. Ces structures disposent d’une trésorerie plus courte et absorbent plus difficilement une baisse de la demande ou une hausse durable des coûts.

À l’inverse, les entreprises de 3 à 19 salariés enregistrent un léger recul de 3,3 %, tandis que l’ancienneté reste un facteur déterminant. Les sociétés de moins de trois ans totalisent 2 248 défaillances, en hausse de 12,7 %, et plus des trois quarts finissent en liquidation directe. La jeunesse d’une entreprise, sans réserves ni antériorité bancaire solide, se paie cash dès que l’environnement se tend.

Des secteurs très inégalement exposés

Aucune trajectoire sectorielle uniforme ne se dégage : certaines activités se redressent, d’autres décrochent. Les écarts d’un an sur l’autre relevés par Altares dessinent une exposition très variable au ralentissement, que voici pour les branches les plus commentées :

  • services aux entreprises : +13,9 %, l’un des postes les plus dégradés du trimestre ;
  • services aux consommateurs : +15,7 %, sous l’effet d’une consommation atone ;
  • santé, action sociale et enseignement : +17,2 %, une poussée inhabituelle ;
  • agriculture : +21 %, avec une viticulture et des cultures céréalières fragilisées ;
  • construction : −0,8 %, une quasi-stabilité qui masque de fortes disparités internes.

La construction illustre bien ce trompe-l’œil : le gros œuvre retrouve des couleurs quand la promotion immobilière et les travaux publics restent sous pression, dans le prolongement des tensions de trésorerie du bâtiment. La leçon vaut pour tout dirigeant : un chiffre de branche moyen dit peu de la réalité d’un métier.

Une conjoncture qui pèse durablement sur les marges

Les ressorts de cette sinistralité ont changé de nature. Le remboursement des prêts garantis par l’État et les assignations de l’Urssaf, longtemps pointés du doigt, jouent aujourd’hui un rôle beaucoup plus limité. Ce qui pèse désormais, c’est une demande faible et des coûts d’exploitation qui rognent les marges mois après mois.

Ce tassement prolonge le ralentissement de la croissance que les dirigeants intègrent déjà dans leurs arbitrages, avec une prévision ramenée à 0,7 % pour 2026. À ce rythme, l’activité ne crée pas le surcroît de chiffre d’affaires qui permettrait d’éponger les défauts accumulés.

L’économie française résiste mais s’essouffle. Les prévisions de croissance s’orientent désormais sur un taux de + 0,7 %, un scénario incompatible avec un reflux des défaillances d’entreprises. Face à une demande atone et à des coûts d’exploitation toujours élevés, les entreprises mobilisent davantage leurs ressources de trésorerie.

Thierry Millon, directeur des études d’Altares, à l’occasion de l’étude sur les défaillances du deuxième trimestre 2026, publiée le 16 juillet 2026.

La carte des défaillances se redessine

La géographie du risque bouge, et elle mérite l’attention des groupes multi-sites comme des réseaux de franchisés. L’Auvergne-Rhône-Alpes affiche la plus forte dégradation, avec 2 418 procédures et une progression de 22,9 %, quand les Hauts-de-France et l’Occitanie évoluent aussi au-dessus de la moyenne nationale.

Six régions métropolitaines échappent au mouvement et enregistrent une baisse : la Bretagne, la Normandie, le Centre-Val de Loire ou encore Provence-Alpes-Côte d’Azur. Pour une entreprise dont l’activité dépend d’un tissu de fournisseurs et de clients locaux, cette disparité territoriale devient un paramètre de gestion autant qu’une statistique.

Anticiper plutôt que subir la vague

La suite ne s’annonce pas comme un reflux. Altares estime que 34 000 à 35 000 nouvelles procédures collectives pourraient être ouvertes au second semestre, un volume qui maintiendrait le compteur annuel autour de 71 600 défaillances sur douze mois glissants. La bonne nouvelle relative tient à l’emploi : les défauts frappant surtout des très petites structures, le nombre d’emplois menacés recule de 9,5 % et concerne 58 830 salariés.

Reste que la vigilance se joue en amont, dans la lecture fine de sa trésorerie, de ses délais de paiement et de la solidité de ses principaux clients. Surveiller un poste client qui s’allonge, sécuriser ses encaissements et ouvrir tôt le dialogue avec un tribunal quand la tension monte : ces réflexes séparent souvent l’entreprise qui traverse le ralentissement de celle qui bascule faute d’avoir vu venir le point de rupture. Les chiffres du deuxième trimestre disent moins une fatalité qu’un environnement où la marge d’erreur s’est réduite.


Faites passer le mot en partageant !