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- Des résultats qui ont changé la perception du marché
- La méthode Krupa, une discipline de coûts assumée
- BoursoBank, le pari de la banque en ligne qui devient rentable
- Les atouts qui soutiennent encore le dossier en Bourse
- Une concurrence française et européenne qui ne désarme pas
- Après le rattrapage, l’épreuve de la croissance durable
Longtemps traitée en mal-aimée de la cote parisienne, Société Générale a changé de statut en l’espace de deux ans. Le titre de la banque de La Défense a bondi de près de 130 % sur la seule année 2025, une performance qui l’a placée parmi les meilleures valeurs bancaires européennes et qui prolonge un mouvement entamé dès 2024.
Ce retournement porte un nom, celui de Slawomir Krupa, directeur général depuis 2023. Sa méthode tient en trois mots, discipline, simplification, rentabilité, appliqués à l’un des plus anciens établissements bancaires français, fondé en 1864. La question que se posent désormais investisseurs et concurrents est simple : sur quoi repose vraiment ce rattrapage boursier, et jusqu’où peut-il se prolonger ?
Des résultats qui ont changé la perception du marché
Le socle du redressement est d’abord comptable. D’après les données compilées par Café de la Bourse, le bénéfice net du groupe a atteint 6 milliards d’euros en 2025, en hausse de 43 % par rapport aux 4,2 milliards de 2024, une progression sans équivalent parmi les grandes banques françaises sur la période.
Le parcours n’a pas été linéaire pour autant. La publication du quatrième trimestre 2025, début février 2026, a été jugée mitigée par les analystes, avec une banque de financement et d’investissement en repli sur la fin d’année. Le marché a toutefois retenu l’essentiel, à savoir la tenue des coûts et la solidité des métiers de détail.
Cette lecture indulgente traduit un changement de regard. Les investisseurs ne valorisent plus la banque sur ses accidents passés, mais sur sa trajectoire, ce qui récompense la constance de l’exécution davantage que l’éclat d’un trimestre isolé. Encore faut-il comprendre d’où vient cette constance.
La méthode Krupa, une discipline de coûts assumée
Le plan piloté par Slawomir Krupa repose sur un triptyque sans surprise mais tenu dans la durée. Pour 2026, le groupe vise une croissance des revenus supérieure à 2 %, une baisse des coûts d’environ 3 % et un coefficient d’exploitation ramené sous les 60 %, avec une rentabilité des fonds propres tangibles attendue au-dessus de 10 %.
Cette trajectoire s’est accompagnée d’un recentrage du portefeuille d’activités, avec la cession de filiales jugées non stratégiques, notamment à l’international. Le groupe a préféré concentrer son capital sur ses moteurs les plus rentables, quitte à réduire sa taille de bilan, une orientation que le marché avait d’abord accueillie avec scepticisme avant de s’y rallier.
BoursoBank, le pari de la banque en ligne qui devient rentable
La filiale digitale du groupe illustre le passage d’une logique de conquête à une logique de rendement. Après des années d’investissement commercial, BoursoBank a dégagé 92 millions d’euros de bénéfice net au premier trimestre 2026, pour un objectif annuel supérieur à 300 millions, tandis que Citi anticipe environ 10 millions de clients fin 2026 puis près de 15 millions à l’horizon 2029.
Au-delà de 2026, BoursoBank constituera un actif de croissance substantielle pour le groupe.
Slawomir Krupa, directeur général de Société Générale, propos rapportés par Zonebourse à l’occasion de la présentation des résultats, 2026.
Ce basculement vers la rentabilité change la nature du dossier pour les analystes. Une banque en ligne rentable et en croissance constitue un actif rare dans le paysage bancaire européen, que certains valorisent déjà séparément dans leurs modèles, à la manière d’une fintech cotée.
Les atouts qui soutiennent encore le dossier en Bourse
Malgré le chemin parcouru, la valorisation reste inférieure aux standards du secteur, ce qui explique le maintien de recommandations positives. Les arguments avancés par les bureaux d’analyse tiennent en une poignée de ratios et de signaux :
- une valorisation d’environ 0,7 fois l’actif net comptable, contre des multiples supérieurs pour la moyenne des banques européennes ;
- un rapport cours sur bénéfice attendu autour de 7,8, parmi les plus faibles du secteur ;
- un objectif de cours moyen du consensus proche de 80 €, au-dessus des quelque 69 € constatés récemment ;
- 13 recommandations à l’achat ou surpondérer sur 20 analystes suivant la valeur ;
- une politique de distribution aux actionnaires renforcée à mesure que le capital excédentaire se reconstitue.
Ces chiffres, relevés par Moneyradar début 2026, ne constituent pas une garantie de performance future. Ils indiquent simplement que le marché n’a pas encore aligné la valorisation sur les nouveaux fondamentaux, ce qui laisse un débat ouvert entre prudents et convaincus.
Une concurrence française et européenne qui ne désarme pas
Le redressement ne s’opère pas en terrain dégagé. BNP Paribas a dégagé plus de 12,2 milliards d’euros de bénéfice net en 2025, en progression de 4,6 %, et conserve une avance de taille dans la banque de financement, tandis que le Crédit Agricole s’appuie sur son modèle mutualiste et sa filiale de gestion d’actifs pour lisser ses résultats.
La banque de détail en France reste par ailleurs un marché âprement disputé, où la remontée progressive de la marge d’intérêt profite à tous les acteurs en même temps. Le mouvement de revalorisation a d’ailleurs concerné l’ensemble du secteur européen, comme le montre aussi le redressement boursier d’Air France-KLM dans un tout autre compartiment de la cote, signe que les rattrapages se jouent autant sur l’exécution que sur l’environnement de marché.
Après le rattrapage, l’épreuve de la croissance durable
La suite se jouera sur la capacité du groupe à transformer un redressement en régime de croisière. Le précédent d’autres champions du CAC 40 le rappelle, à l’image de Safran et sa génération de trésorerie, les marchés finissent par exiger une création de valeur récurrente, trimestre après trimestre, une fois l’effet de rattrapage épuisé.
L’environnement macroéconomique ajoutera son lot d’incertitudes, entre une croissance française limitée à 0,7 % cette année et des taux directeurs dont la trajectoire conditionnera la marge d’intérêt. Le dossier Société Générale devient ainsi un cas d’école pour les dirigeants comme pour les investisseurs, celui d’une entreprise qui reconstruit sa crédibilité par la seule tenue de ses engagements, et dont chaque publication trimestrielle vaudra désormais test de confiance.

