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Schneider Electric s’est imposé comme l’un des fleurons les plus rentables de la cote parisienne, au point de peser parmi les toutes premières capitalisations du CAC 40. Spécialiste de la gestion de l’énergie et de l’automatisation, le groupe a franchi en 2025 un cap symbolique en dépassant pour la première fois les 40 milliards d’euros de chiffre d’affaires.
Derrière ce statut de valeur industrielle recherchée, il y a un modèle économique précis : vendre les équipements, les logiciels et les services qui permettent de produire, distribuer et consommer l’électricité de façon plus efficace. À l’heure où l’intelligence artificielle fait exploser la demande des centres de données, cette spécialité devient un actif stratégique. Reste une question pour les investisseurs comme pour les clients : ce succès est-il durable ?
Une année 2025 record
Les comptes 2025 ont confirmé la trajectoire. Le chiffre d’affaires a atteint 40,15 milliards d’euros, en progression de 8,9 % en données organiques, tandis que l’Ebita ajusté, principal indicateur de rentabilité du groupe, a grimpé de 12 % pour s’établir à 7,52 milliards d’euros. La marge correspondante ressort à 18,7 % du chiffre d’affaires, un niveau élevé pour un industriel de cette taille.
Le marché ne s’y est pas trompé. Fin juin 2026, l’action s’échangeait autour de 274 euros, et le titre figure parmi les toutes premières pondérations de l’indice CAC 40, derrière le luxe mais devant la plupart des autres grandes valeurs françaises.
Cette valorisation traduit la confiance des investisseurs dans la capacité du groupe à transformer une tendance de fond, l’électrification de l’économie, en croissance rentable et régulière.
Le moteur des centres de données
Le principal accélérateur s’appelle data center. La demande d’équipements électriques pour ces infrastructures a progressé à un rythme à trois chiffres au quatrième trimestre 2025, tirée par les géants du cloud et les opérateurs de colocation qui bâtissent les capacités nécessaires à l’IA.
Cette dynamique a une traduction très concrète en France. Lors du sommet Choose France 2026, le groupe a été désigné partenaire technologique et industriel d’un projet d’investissement de SoftBank visant à développer jusqu’à 5 gigawatts de capacités de centres de données dédiés à l’IA, pour un montant pouvant atteindre 75 milliards d’euros. Schneider y apporte ses solutions d’alimentation et de refroidissement, cœur de son savoir-faire.
Ce positionnement explique pourquoi le sort boursier du groupe est désormais étroitement corrélé à la vague d’investissements dans l’intelligence artificielle.
Les atouts qui font la différence
Au-delà de la conjoncture porteuse, plusieurs forces structurelles distinguent Schneider de ses rivaux et sécurisent ses marges :
- une plateforme logicielle, EcoStruxure, qui relie équipements, supervision et optimisation énergétique ;
- une part du numérique qui représente déjà 62 % du chiffre d’affaires, via les logiciels et les services ;
- un jumeau numérique des centres de données développé avec NVIDIA, qui simule la performance avant la construction ;
- une base installée mondiale qui génère des revenus récurrents de maintenance et de services.
Cette combinaison d’électrotechnique et de logiciel constitue une barrière à l’entrée difficile à reproduire : elle fait passer le groupe d’un vendeur de matériel à un fournisseur de solutions, mieux margées et plus fidélisantes.
C’est aussi ce qui lui permet de revendiquer un rôle de partenaire de long terme auprès des industriels, des gestionnaires de bâtiments et des opérateurs d’infrastructures.
Une concurrence mondiale qui s’intensifie
Le marché de l’alimentation électrique des centres de données est loin d’être une chasse gardée : il attise la convoitise d’un oligopole de groupes industriels puissants. Le tableau suivant situe Schneider face à ses principaux concurrents :
| Groupe | Origine | Atout mis en avant sur les data centers |
|---|---|---|
| Schneider Electric | France | Plateforme EcoStruxure et jumeau numérique avec NVIDIA |
| ABB | Suisse | Architectures haute tension 800 VDC avec Nvidia |
| Eaton | Irlande | Acquisitions ciblées dans l’alimentation modulaire |
| Vertiv | États-Unis | Spécialiste du refroidissement et des onduleurs |
| Siemens | Allemagne | Solutions réseau et courant continu haute tension |
Selon les cabinets spécialisés, les cinq premiers fournisseurs concentrent environ 62 % du chiffre d’affaires sur ce segment en Amérique du Nord, signe d’une concentration forte mais disputée.
Le marché mondial de l’alimentation pour centres de données, estimé autour de 11 milliards de dollars en 2026, pourrait approcher 20 milliards d’ici 2034 : un gâteau en expansion qui aiguise les stratégies d’acquisition et d’innovation de chacun.
Le pari de 2030
Le groupe ne cache pas ses ambitions. Pour 2026, il vise une croissance de chiffre d’affaires comprise entre 7 % et 10 % et une progression de l’Ebita de 10 % à 15 %, avec une marge attendue autour de 19 %. À horizon 2030, il entend porter la part des logiciels et services à un quart de ses revenus et doubler ses revenus récurrents.
Nous entrons dans une nouvelle décennie où nous souhaitons porter l’intelligence énergétique vers une nouvelle étape.
Olivier Blum, directeur général de Schneider Electric, journée investisseurs, décembre 2025.
Pour soutenir cette feuille de route, le groupe a annoncé un programme de cessions d’activités et un plan de rachat d’actions de plusieurs milliards d’euros, façon d’améliorer encore sa rentabilité tout en récompensant ses actionnaires.
Ce que le cas Schneider dit de l’industrie européenne
L’histoire de Schneider dépasse le seul destin d’une entreprise. Elle montre qu’un industriel européen peut tenir tête aux géants mondiaux sur un marché de pointe, à condition de marier matériel, logiciel et présence internationale au bon moment du cycle.
La dépendance croissante à l’investissement dans l’IA constitue toutefois un point de vigilance, car un ralentissement des dépenses des hyperscalers pèserait sur la dynamique. Pour les dirigeants et les investisseurs français, le cas Schneider rappelle que la souveraineté énergétique et numérique se joue autant dans les usines et les logiciels que dans les discours, et que les prochaines années diront si le champion confirme son avance.

