Bricks lève 30 millions d’euros pour racheter une banque et devenir la banque digitale de l’immobilier

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Numéro un du financement participatif immobilier en France, la plateforme Bricks vient de dévoiler l’opération la plus ambitieuse de ses cinq années d’existence. La société, qui revendique près de 30 % du marché du crowdfunding immobilier en France et en Europe, lève 30 millions d’euros pour racheter une banque et basculer du statut de plateforme d’investissement à celui d’infrastructure financière complète, dédiée à la pierre.

Concrètement, Bricks ne veut plus seulement permettre d’investir dans l’immobilier dès 10 euros : la société ambitionne de devenir la banque digitale de l’immobilier, avec comptes, cartes et virements réunis dans une seule application. Le projet s’inscrit dans une vague de fond où les fintechs cherchent à absorber les services bancaires plutôt qu’à s’y adosser. Une plateforme de crowdfunding peut-elle vraiment se muer en banque, et que révèle ce pari sur l’avenir de la finance immobilière ?

D’une plateforme de financement participatif à une infrastructure bancaire

Lancée en 2021, Bricks s’est fait connaître en permettant à des particuliers de financer des projets immobiliers contre une part des revenus, avant de basculer vers un modèle d’obligations après l’obtention de l’agrément européen de prestataire de services de financement participatif. La plateforme a financé 176 millions d’euros de projets en 2025, selon ses propres chiffres, en hausse de plus de 90 % sur un an, et dépasse 368 millions d’euros investis cumulés en cinq ans.

L’argument central de l’opération tient à cette audience déjà constituée. Bricks revendique plus de 700 000 membres inscrits et 300 000 utilisateurs actifs sur mobile, une base que peu de jeunes banques peuvent afficher à leur lancement. Cette communauté est présentée comme une base de distribution propriétaire, un réservoir de clients déjà familiers de l’application et de l’investissement dans la pierre.

Passer de la plateforme à la banque suppose toutefois un socle technique que Bricks ne possède pas encore. C’est là que se joue le rachat d’un établissement existant, au cœur de l’opération de financement annoncée.

Pourquoi racheter une banque plutôt que d’en construire une

Obtenir une licence bancaire à partir de zéro relève du parcours du combattant : plusieurs années de procédure devant le régulateur, des exigences de fonds propres élevées et un système d’information à bâtir. Racheter une banque revient à acquérir directement son core banking system, le moteur technique qui gère comptes, virements et moyens de paiement, et à rendre le projet opérationnel bien plus vite.

Ce choix relève d’une logique de croissance externe désormais courante, où l’acquisition d’une cible déjà autorisée remplace la construction interne. Bricks chiffre à 30 millions d’euros le montant recherché pour financer cette reprise et la structuration du futur établissement. La société évoque un véhicule de co-investissement réservé à des contacts éligibles, signe que l’opération vise d’abord des investisseurs avertis.

Youtube video
Le fondateur de Bricks présente l’opération de levée de fonds destinée au rachat d’une banque.

La vidéo de présentation détaille l’ambition et les contreparties attendues par les souscripteurs. La promesse est celle d’un usage bancaire récurrent, là où le financement participatif restait un placement ponctuel.

Ce que la banque de l’immobilier veut proposer

Au-delà du financement de projets, Bricks esquisse une gamme de services censée transformer l’usage ponctuel en relation bancaire quotidienne. Plusieurs briques composeraient ce futur écosystème, encore à l’état de projet :

  • l’investissement dans des projets immobiliers dès 10 euros, cœur historique de la plateforme ;
  • un compte et une carte de paiement maison, pour les virements et les dépenses du quotidien ;
  • du cashback chez les commerçants financés via la plateforme, dans une logique de circuit court ;
  • un report d’imposition de la flat tax tant que les gains restent réinvestis, sur le modèle de la fiscalité des cryptoactifs ;
  • une gamme de taux calibrée selon le risque, de 5 % pour les projets les plus sûrs à 13 % pour les plus exposés.

Ces fonctionnalités restent annoncées, non déployées, et plusieurs dépendent d’autorisations encore à obtenir. Le report d’imposition suppose notamment un montage juridique inédit que l’entreprise dit travailler avec ses conseils.

La crédibilité de ce catalogue repose largement sur la solidité financière de la société et sur la confiance de sa communauté d’actionnaires.

Une trajectoire portée par une communauté d’actionnaires

Bricks n’en est pas à sa première levée auprès du grand public. En 2022, la société avait réuni 13 millions d’euros, dont une partie auprès de milliers de particuliers devenus actionnaires dès quelques dizaines d’euros, dans un tour incluant l’ancien basketteur Tony Parker. Près de 8 500 actionnaires individuels figurent au capital, un actionnariat communautaire que l’entreprise revendique comme une force.

Pour objectiver sa valeur avant cette nouvelle étape, Bricks a mandaté début 2026 le cabinet indépendant Oderis. La direction évoque une valorisation comprise entre 150 et 200 millions d’euros, soit au moins un doublement par rapport à l’entrée des actionnaires de 2022. Aucun dividende n’est prévu, les bénéfices étant réinvestis dans la croissance.

Le discours de la marque reste arrimé à sa mission d’origine, rendre l’immobilier accessible au plus grand nombre. Son fondateur en fait le fil conducteur de chacune de ses prises de parole.

Depuis que nous avons créé Bricks.co, nous avons rapidement vu à quel point les investisseurs manquaient de repères et d’un vrai cadre pour se lancer. Beaucoup avancent encore à l’aveugle, faute de méthode et de connaissances solides.

Cédric O’Neill, fondateur de Bricks.co, février 2026

Cette confiance devra résister à un projet bancaire autrement plus complexe que le financement participatif. Le chemin réglementaire s’annonce exigeant.

Les obstacles sur la route du projet bancaire

Devenir banque ne se décrète pas. Même en rachetant un établissement agréé, Bricks devra convaincre le superviseur de la solidité de sa gouvernance et de ses fonds propres, tout changement de contrôle d’une banque étant soumis à l’autorisation des autorités prudentielles. Rien ne garantit l’obtention des feux verts réglementaires dans les délais espérés.

L’entreprise ne s’en cache pas. Sa communication sur l’opération multiplie les avertissements : les projections, les objectifs de développement et l’obtention d’éventuels agréments sont présentés à titre indicatif, sans promesse de résultat ni de rentabilité. Investir dans des obligations immobilières comporte un risque de perte en capital, rappelle d’ailleurs la plateforme.

Le passé récent invite aussi à la prudence. Le modèle de royalties lancé en 2021 a souffert d’un marché immobilier défavorable, obligeant Bricks à gérer au cas par cas des biens difficiles à revendre. Face à elle, les néobanques installées et les banques traditionnelles disposent déjà des licences, des capitaux et des bases clients. La gestion de trésorerie au quotidien et les moyens de paiement sont des métiers à part entière, où l’exécution compte autant que l’ambition, comme le rappellent les enjeux de pilotage des liquidités.

Un pari qui en dit long sur la convergence finance-immobilier

L’opération de Bricks dépasse le cas d’une seule entreprise. Elle illustre la convergence en cours entre la fintech, la proptech et la banque, où des acteurs nés sur un usage précis cherchent à capter l’ensemble de la relation financière de leurs clients. Le rachat d’une licence bancaire devient une voie d’accélération pour des plateformes qui veulent sortir du statut d’intermédiaire.

Pour la place financière française, voir un acteur du crowdfunding viser un statut bancaire en dit long sur la maturité d’un secteur qui affiche désormais l’ambition d’une introduction en Bourse à l’horizon 2030. La réussite du projet se mesurera moins aux 30 millions levés qu’à la capacité de Bricks à transformer une audience en clients bancaires durables. L’écart entre l’ambition affichée et l’exécution réelle dira si la pierre et la banque peuvent vraiment tenir dans une seule application.


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