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VivaTech souffle ses dix bougies. Du 17 au 20 juin 2026, le parc des expositions de la porte de Versailles accueille la dixième édition du plus grand rendez-vous européen consacré aux startups et aux technologies. Né en 2016, l’événement s’est imposé comme la vitrine annuelle de l’innovation sur le continent, le lieu où se croisent fondateurs, investisseurs et décideurs publics.
Derrière les démonstrations de robots et les annonces de levées de fonds se joue une question devenue centrale pour l’économie française et européenne : celle de la souveraineté numérique, soit la capacité du continent à maîtriser ses propres infrastructures et ses propres outils d’intelligence artificielle. Alors que les géants américains et chinois dominent le marché, l’Europe peut-elle encore tracer une voie autonome ?
Une édition à l’échelle d’un sommet mondial
Les chiffres de cette édition anniversaire donnent la mesure de l’ampleur prise par le salon en dix ans. L’organisation attend près de 180 000 visiteurs et déploie un programme à la hauteur de cette affluence :
- près de 14 000 startups venues du monde entier ;
- 4 000 partenaires et environ 3 600 investisseurs ;
- 450 intervenants répartis sur quatre grandes scènes ;
- l’Allemagne désignée pays de l’année, une première pour une nation européenne.
Cette montée en puissance traduit une réalité économique : le salon est devenu un point de passage pour les entreprises qui cherchent partenaires, clients ou financements. Pour beaucoup de dirigeants de PME, c’est aussi un baromètre des technologies qui irrigueront bientôt leur secteur.
L’intelligence artificielle, fil rouge et terrain de souveraineté
L’IA concentre cette année l’essentiel des annonces et des débats. Le thème de la souveraineté numérique structure la plupart des tables rondes, sur fond de dépendance européenne aux infrastructures américaines et de tensions commerciales avec Washington. Les organisateurs ont fait de la robotique, du quantique et de l’IA générative les trois familles de technologies les plus représentées sur les stands cette année.
Emmanuel Macron a confirmé sa venue pour défendre la vision française et européenne sur des technologies de rupture comme l’IA et le quantique. Le premier ministre indien Narendra Modi, présent en France à l’occasion du G7, interviendra lui aussi : l’Inde a été désignée partenaire IA officiel de cette édition.
Cette mise en scène d’une coopération entre Paris et New Delhi vise à esquisser une troisième voie, distincte des modèles américain et chinois. L’enjeu dépasse le symbole : il s’agit de bâtir des alternatives crédibles en matière de modèles d’IA, de cloud et de semi-conducteurs.
L’Allemagne à l’honneur, signe d’un axe européen
Pour la première fois dans l’histoire du salon, c’est une nation européenne qui est désignée pays de l’année. L’Allemagne dépêche une délégation nourrie, signe que la coopération technologique franco-allemande dépasse les discours d’estrade.
La délégation allemande réunit 200 startups et 150 partenaires, accompagnés de l’ensemble des Länder du pays. Ce déploiement illustre une conviction partagée des deux côtés du Rhin : aucune entreprise européenne ne pèsera seule face aux plateformes américaines, et les rapprochements industriels deviennent une condition de compétitivité. La France et l’Allemagne pèsent à elles deux une large part de la recherche et de l’investissement technologique du continent, ce qui donne à cet axe une portée concrète pour les sous-traitants et les fournisseurs des deux pays.
Ce que les dirigeants français peuvent y observer
Pour un chef d’entreprise, VivaTech n’est pas qu’un théâtre d’annonces. Le salon offre des points d’observation concrets pour anticiper les arbitrages technologiques des prochains mois.
Le Startup Village opéré par AWS et NVIDIA met en avant sept jeunes pousses européennes spécialisées dans l’IA, dont cinq françaises, qui présentent des cas d’usage déjà en production, de l’IA prédictive à la robotique. Observer ces démonstrations donne une idée des solutions qui arriveront bientôt sur le marché professionnel.
Nous avons atteint un point où, sans action, nous devrons renoncer soit à notre bien-être, soit à notre environnement, soit à notre liberté.
Mario Draghi, lors de la présentation de son rapport sur la compétitivité de l’Union européenne, septembre 2024.
Cet avertissement résume l’arrière-plan du salon. La compétitivité européenne dépend de sa capacité à investir dans l’IA, le cloud et les compétences, là où le rapport Draghi chiffrait à 800 milliards d’euros par an l’effort d’investissement supplémentaire jugé nécessaire au continent.
Plusieurs signaux méritent l’attention des décideurs : l’émergence d’offres de cloud souverain, l’application progressive du règlement européen sur l’IA, et la disponibilité de financements publics pour les projets numériques. Autant d’éléments qui pèseront sur les décisions d’investissement à venir.
Des annonces qui dessinent les usages de demain
Au-delà de la géopolitique, l’édition 2026 réserve son lot de démonstrations spectaculaires présentées en exclusivité mondiale. Plusieurs d’entre elles illustrent la diversité des champs touchés par l’innovation.
Parmi les nouveautés attendues figurent une interface cerveau-machine développée par Unitree et HABS, une lentille connectée dopée à l’IA conçue par Xpanceo, ou encore un lustre quantique présenté par IBM. Ces objets relèvent encore du prototype, mais ils donnent à voir les frontières que la recherche repousse.
Le groupe CMA CGM présentera de son côté plusieurs usages de l’IA déployés dans ses activités, dont un agent conversationnel baptisé Assistant BFM destiné à faciliter l’accès à l’information. Ce type de retour d’expérience intéresse directement les organisations qui cherchent à industrialiser leurs propres projets d’IA.
Un rendez-vous qui mesure la place de l’Europe
Au fil de dix éditions, VivaTech est devenu bien plus qu’une foire technologique. Le salon agit comme un révélateur du rapport de force entre les grandes zones économiques et de la position réelle de l’Europe dans la course à l’intelligence artificielle.
La question posée porte de Versailles ne porte pas seulement sur les prouesses techniques, mais sur les moyens que le continent se donne pour ne pas subir les choix des autres. Les décisions d’investissement, de formation et de régulation prises dans les prochains mois diront si la troisième voie esquissée à Paris reste un slogan ou se traduit en véritables capacités industrielles.

