Navires bas carbone : France 2030 débloque 21,4 millions d’euros pour six nouveaux projets

Le ministère de l'Économie a retenu six lauréats sur dix-sept dossiers pour la seconde relève de l'appel à projets CORIMER Navire Bas Carbone. Propulsion vélique, chaînes multi-énergie, électrification portuaire : l'État mise 21,4 millions d'euros sur des briques encore au stade du démonstrateur.

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Un appel à projets est un guichet public à durée limitée : l’État fixe un objectif technologique, les industriels déposent des dossiers, un jury sélectionne, l’argent suit. Celui qui porte le nom de CORIMER Navire Bas Carbone vient de rendre sa deuxième copie. Le ministère de l’Économie a annoncé le 24 août 2026 la sélection de six nouveaux lauréats pour 21,4 millions d’euros, au titre du plan France 2030.

La décarbonation du transport maritime n’est plus seulement un objectif climatique, elle est devenue un marché sur lequel les équipementiers européens se positionnent avant que les normes ne se durcissent. Le dispositif français répond à cette double logique, environnementale et commerciale. Que finance concrètement cette enveloppe, et à quelles conditions les industriels de la filière navale peuvent-ils y prétendre ?

Six projets pour cinq leviers technologiques

La seconde relève a retenu six dossiers sur les dix-sept déposés. Les projets couvrent des briques très différentes de la chaîne de propulsion et d’exploitation, ce qui traduit l’absence de solution unique pour décarboner un navire.

  • la propulsion vélique, qui réintroduit la force du vent en appoint des moteurs ;
  • les chaînes multi-énergie, capables de combiner plusieurs sources à bord ;
  • la réduction de consommation par traitement du biofouling, c’est-à-dire des salissures qui freinent la coque ;
  • un moteur maritime gazeux présenté comme innovant par les porteurs du projet ;
  • l’électrification des activités portuaires côtières.

Cette dispersion technologique est assumée par les pouvoirs publics. Aucun de ces leviers ne suffit seul à ramener les émissions d’un navire de commerce à un niveau compatible avec les objectifs européens, et les armateurs raisonnent en combinaisons plutôt qu’en rupture unique. Le guichet qui les finance n’est pas neuf pour autant.

Un guichet ouvert depuis janvier 2025

L’appel à projets a été lancé en janvier 2025. Il est porté par le Conseil d’orientation pour la recherche et l’innovation des industriels de la mer, le CORIMER, piloté par le Secrétariat général pour l’investissement et opéré pour le compte de l’État par l’Agence de la transition écologique. Cette architecture à trois étages est celle qu’emprunte le financement public de la décarbonation industrielle depuis le lancement de France 2030.

La première relève avait soutenu trois projets pour 6,8 millions d’euros. Avec les six lauréats annoncés en août, neuf projets bénéficient désormais de 28,2 millions d’euros cumulés. La progression du nombre de dossiers entre les deux relèves est mise en avant par le ministère comme un signe de structuration de la filière.

Ce que l’État attend en retour

Le communiqué détaille quatre attendus, et aucun n’est purement environnemental. Il s’agit de soutenir le développement puis la première industrialisation de technologies conçues et produites en France, de renforcer la compétitivité des industriels français sur un marché mondial en croissance, de structurer une chaîne de valeur maritime innovante et de consolider la souveraineté technologique française sur ces équipements.

Les montants restent mesurés au regard des besoins d’un chantier naval : 21,4 millions d’euros répartis sur six dossiers représentent moins de quatre millions d’euros par projet en moyenne. L’aide publique joue ici un rôle d’amorçage sur la phase de démonstration, pas de financement d’une capacité industrielle complète.

Le raisonnement rejoint celui qui structure le cadre européen de l’industrie propre, où la décarbonation est présentée comme un levier de compétitivité autant que comme une contrainte réglementaire. Le ministre délégué chargé de l’Industrie l’énonce sans détour.

Avec ce dispositif, nous faisons de la décarbonation du maritime un projet industriel stratégique. La mobilisation croissante des porteurs de projets, avec 17 dossiers déposés lors de cette seconde relève, confirme que nous structurons durablement une filière maritime innovante, créatrice d’emplois et de souveraineté industrielle.

Sébastien Martin, ministre délégué chargé de l’Industrie, dans le communiqué du ministère de l’Économie du 24 août 2026.

Le marché carbone européen finance déjà l’autre guichet

Un second dispositif avance en parallèle, avec une source de financement inhabituelle. L’appel à projets consacré à la décarbonation du transport et des services maritimes est alimenté par le fléchage des recettes du marché carbone européen, l’ETS appliqué au maritime, ce qui revient à faire payer les émissions d’aujourd’hui pour financer les technologies de demain.

Ce guichet a été lancé le 2 avril et s’est clôturé le 6 juillet 2026 avec 92 candidatures reçues, selon le ministère des Transports. L’écart avec les 17 dossiers du volet CORIMER s’explique par la nature des projets attendus, davantage tournés vers l’exploitation et l’équipement que vers la recherche amont. Les résultats de cette instruction sont désormais le prochain rendez-vous du secteur.

Des retombées attendues au-delà de la marine marchande

Le ministère de la Mer insiste sur la circulation des technologies entre segments. Les solutions développées pour les navires de commerce ont vocation à irriguer la pêche, la plaisance et la marine nationale, trois marchés aux volumes plus faibles mais aux contraintes d’exploitation comparables. La mutualisation des savoir-faire est présentée comme le moyen d’amortir plus vite des développements coûteux.

Le taux de sélection éclaire cette ambition d’un jour plus prosaïque : six dossiers retenus sur dix-sept déposés laissent onze porteurs de projets sans financement public à ce tour. Ceux-là devront se tourner vers le second guichet, vers les dispositifs européens ou vers des partenariats avec des armateurs, dans un secteur où la commande privée reste rare tant que la réglementation n’a pas tranché.

Ce que les industriels doivent surveiller à la rentrée

Trois échéances se superposent pour les entreprises de la filière. Les résultats de l’appel à projets financé par l’ETS maritime, l’évolution du prix du quota carbone qui conditionne la taille de cette enveloppe, et le durcissement des critères d’achat public, alors que le critère environnemental désormais obligatoire s’applique aux marchés lancés depuis le 21 août 2026.

La question de fond n’est pas le montant de l’aide mais la commande qui suivra. Une technologie subventionnée sans débouché commercial reste un démonstrateur, et l’histoire industrielle française compte plus d’un prototype exemplaire jamais passé en série. Les 21,4 millions d’euros annoncés valent donc surtout par ce qu’ils déclenchent chez les armateurs.

Le calendrier réglementaire européen fournira une partie de la réponse. Tant que le coût des émissions maritimes reste inférieur à celui d’un rétrofit, les propulsions alternatives peinent à trouver preneur, et les neuf projets soutenus depuis 2025 resteront des paris sur un point de bascule. Le vrai déclencheur sera le prix du carbone, pas la subvention.


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