Livret A à 1,8 % au 1er août : ce que la remontée du taux signale à l’économie

Le taux du Livret A passe à 1,8 % au 1er août 2026, sa première hausse depuis 2023. Un signal qui dépasse les seuls épargnants et touche le financement de l'économie.

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Après plus de trois ans de stabilité puis de baisse, le placement préféré des Français va de nouveau rapporter davantage. Le taux du Livret A passera de 1,5 à 1,8 % au 1er août 2026, une hausse confirmée fin juin par le ministre de l’Économie Roland Lescure. La première remontée depuis février 2023 marque un vrai tournant pour l’épargne réglementée.

Le Livret A est un compte d’épargne sans risque, défiscalisé et disponible à tout moment, détenu par des dizaines de millions de particuliers. Au-delà du rendement offert aux ménages, il joue un rôle discret mais central : une large part de sa collecte finance le logement social par l’intermédiaire de la Caisse des dépôts. Son taux n’est donc pas seulement une affaire d’épargnants.

Pourquoi ce rendement remonte-t-il maintenant, alors que l’inflation reflue, et que révèle cette décision sur l’état réel de l’économie française ?

Comment le taux du Livret A est fixé

Le taux n’est pas décidé au doigt mouillé. Il découle d’une formule qui retient la moyenne semestrielle de l’inflation hors tabac et des taux monétaires de court terme de la zone euro, l’€STR. La Banque de France calcule le résultat et le transmet au gouvernement, qui arrête la valeur finale.

Cette révision intervient deux fois par an, au 1er février et au 1er août. Pour l’échéance d’été, l’Insee publie l’inflation définitive de juin le 10 juillet, puis la Banque de France communique le taux calculé autour du 15 juillet, pour une entrée en vigueur au 1er août. Le calendrier est donc réglé d’avance, même si l’annonce politique précède parfois le calcul officiel.

Ce que la hausse change pour les épargnants

Le gain paraît modeste mais il n’est pas nul. Sur un Livret A garni de 10 000 euros, le passage de 1,5 à 1,8 % représente environ 30 euros d’intérêts supplémentaires par an, entièrement nets d’impôt et de prélèvements sociaux. Pour un livret rempli au plafond de 22 950 euros, le supplément approche 69 euros sur douze mois, sans le moindre risque de perte en capital.

La vraie nouvelle tient dans le rapport à l’inflation. Avec une hausse des prix retombée autour de 2 % dans la zone euro, un Livret A à 1,8 % protège désormais bien mieux le pouvoir d’achat de l’épargne qu’au plus fort de la flambée des prix, quand le rendement réel restait nettement négatif. Le placement redevient un abri à peu près neutre plutôt qu’une perte assurée.

Les livrets réglementés concernés au 1er août

La révision ne touche pas que le Livret A : plusieurs produits d’épargne réglementée suivent le même mouvement, avec des niveaux distincts selon leur vocation :

  • le Livret A, porté à 1,8 %, dans la limite d’un plafond de 22 950 euros ;
  • le Livret de développement durable et solidaire, aligné sur le même taux de 1,8 % ;
  • le Livret d’épargne populaire, réservé aux revenus modestes, attendu autour de 2,8 % pour conserver son avantage ;
  • le Livret jeune, dont le taux plancher reste indexé sur celui du Livret A.

Le Plan d’épargne logement, lui, obéit à des règles propres et n’est pas concerné par cette révision. Pour l’épargnant, le choix du bon support dépend d’abord de sa situation fiscale et de son horizon de placement.

Le pari social de l’épargne populaire

Le Livret d’épargne populaire occupe une place à part dans ce dispositif. Sous conditions de revenus, il sert un taux supérieur à celui du Livret A pour protéger en priorité les ménages les plus fragiles, et les pouvoirs publics veillent à préserver cet écart à chaque révision.

Le gouverneur de la Banque de France a insisté sur ce rôle protecteur lors de ses échanges avec les parlementaires début 2026.

Le Livret d’épargne populaire est le vrai produit, le plus avantageux, de l’épargne populaire.

François Villeroy de Galhau, gouverneur de la Banque de France, devant la commission des finances du Sénat, janvier 2026

Ce souci d’un rendement protecteur explique pourquoi le LEP conserve une longueur d’avance d’environ un point sur le Livret A, un écart assumé comme un outil de politique sociale.

Un signal envoyé au reste de l’économie

La remontée du Livret A ne tombe pas du ciel : elle prolonge le mouvement des taux amorcé par la Banque centrale européenne. La hausse des taux décidée en juin a renchéri le coût de l’argent, et l’épargne réglementée finit par en refléter une partie. Le rendement du Livret A suit la trajectoire monétaire, avec un temps de retard.

Pour les banques, une collecte mieux rémunérée coûte plus cher à porter, ce qui pèse sur leurs marges et, indirectement, sur les conditions de crédit. Côté entreprises, la hausse rouvre la question du placement des liquidités : les dirigeants qui cherchent à faire travailler leur trésorerie disponible comparent de nouveau les supports rémunérés. Un taux directeur plus élevé change tous ces arbitrages en même temps.

Le financement du logement social profite pour sa part d’une collecte redynamisée, alors que le secteur du bâtiment traverse une période difficile. Une épargne plus attractive, c’est davantage de ressources pour les bailleurs sociaux, à un moment où la construction en a besoin.

Ce que la prochaine échéance dira

La photographie du 1er août n’est qu’une étape. La formule sera de nouveau appliquée en février 2027, et son résultat dépendra de la trajectoire de l’inflation et des décisions de la Banque centrale européenne dans les mois qui viennent. Un reflux durable des prix pourrait inverser la tendance dès la prochaine révision.

Derrière un simple pourcentage se joue donc un équilibre plus large, entre la rémunération de l’épargne des ménages, le coût du crédit et le financement d’une partie de la politique du logement. Ce que la remontée de cet été rappelle, c’est que le taux du Livret A reste un thermomètre fidèle de la santé monétaire du pays.


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