Livret A à 1,7 % : la ressource se renchérit pour le logement social et les PME

Bercy a arrêté le taux du Livret A à 1,7 % au 1er août, un dixième sous les projections de fin juin. Derrière la rémunération des épargnants se joue le prix de la ressource qui finance le logement social et les prêts aux PME.

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Le placement le plus répandu de France vient de recevoir son nouveau prix. Bercy a arrêté le 15 juillet le taux du Livret A à 1,7 % à compter du 1er août 2026, contre 1,5 % aujourd’hui. Derrière ce dixième de point se joue bien plus qu’une ligne de relevé bancaire, car le Livret A est une machine à collecter de la ressource longue, dont la Caisse des dépôts redistribue une large part au logement social et aux prêts aux PME.

Le taux servi aux épargnants est donc, mécaniquement, le prix payé par ceux qui empruntent cet argent. Une révision semestrielle qui pourrait passer pour un sujet de comptoir devient, vue des directions financières, un paramètre de coût à part entière. La question tient en une phrase : à 1,7 %, que change réellement cette hausse pour ceux qui financent leurs projets avec cette ressource ?

Ce que Bercy a réellement arrêté le 15 juillet

Le communiqué du ministère de l’Économie, publié le 15 juillet sous le numéro 903, fixe trois choses d’un coup. Le Livret A monte de 0,2 point, à 1,7 %. Le Livret de développement durable et solidaire, entièrement corrélé au premier, suit à l’identique. Le Livret d’épargne populaire reste à 2,5 %, sans nouveau coup de pouce après celui de février.

Le chiffre mérite d’être comparé aux attentes. Plusieurs projections de fin juin tablaient sur 1,8 % et sur un LEP ramené autour de 2,8 %. L’arbitrage rendu se révèle plus prudent d’un dixième de point que la remontée du taux annoncée fin juin, et il maintient l’écart social exactement au niveau de février. Sur un livret rempli à son plafond de 22 950 €, l’écart entre 1,7 et 1,8 % représente une vingtaine d’euros par an pour le ménage. Rapporté à la collecte nationale, il pèse sur le prix de toute la ressource.

Face à l’inflation contenue mais réelle, et aux incertitudes liées à la crise au Moyen-Orient, j’ai décidé de relever le taux du Livret A à 1,7 % dès le 1er août 2026. Je tiens également à préserver un avantage marqué pour l’épargne des ménages les plus modestes avec un taux maintenu à 2,5 % pour le LEP.

Roland Lescure, ministre de l’Économie, des Finances et de la Souveraineté industrielle, énergétique et numérique, communiqué de presse du ministère, 15 juillet 2026

La justification retenue mélange deux registres, la protection du pouvoir d’achat d’un côté, le financement de l’économie de l’autre. Les deux objectifs ne tirent pas dans le même sens, et c’est précisément ce que la formule de calcul tente d’arbitrer deux fois par an.

La formule qui fixe le taux, et ce qu’elle dit des prix

Le taux du Livret A ne se décide pas à la discrétion du ministre. Il découle d’une formule qui retient l’inflation hors tabac des douze derniers mois et la moyenne des taux interbancaires de la zone euro, selon le communiqué de Bercy. La Banque de France calcule et recommande, le gouvernement arrête. La révision intervient deux fois par an, au 1er février et au 1er août.

Que le résultat remonte en dit long sur la période. Après des mois de désinflation, les deux jambes de la formule repartent à la hausse en même temps : les prix se tendent de nouveau et l’argent de court terme coûte plus cher en zone euro. Un taux réglementé qui monte est un thermomètre, pas un cadeau.

Les livrets réglementés concernés au 1er août

La révision ne touche pas un produit isolé mais une famille entière de livrets aux vocations distinctes, avec des niveaux de rémunération séparés :

  • le Livret A, porté à 1,7 %, dans la limite d’un plafond de 22 950 € pour un particulier ;
  • le Livret de développement durable et solidaire, aligné au même taux de 1,7 %, plafonné à 12 000 € ;
  • le Livret d’épargne populaire, maintenu à 2,5 % et réservé aux ménages sous conditions de revenus ;
  • le Livret jeune, dont le taux plancher reste indexé sur celui du Livret A.

Pour une entreprise, l’essentiel se situe ailleurs, puisque ces livrets lui sont fermés. Une société commerciale ne peut pas détenir de Livret A, hors cas particuliers comme les organismes de logement social ou certaines associations. Les trésoreries d’entreprise se rabattent sur d’autres supports, et ce sont ces arbitrages de placement de trésorerie qui se déplacent dès que le taux sans risque des ménages bouge.

L’entreprise reste malgré tout concernée, par le bas du bilan de sa banque plutôt que par le produit lui-même. Une ressource plus chère se répercute sur le prix du crédit, avec un délai et une intensité qui varient selon les réseaux.

Le logement social et les PME paient la ressource

Le communiqué de Bercy le dit sans détour : les fonds du Livret A financent le logement social et la politique de la ville, mais aussi les PME françaises, la transition écologique, l’économie sociale et solidaire et, à terme, le renouvellement du parc nucléaire. Une large part de la collecte est centralisée à la Caisse des dépôts, qui la transforme en prêts très longs.

Ces prêts sont indexés sur le taux du Livret A. Quand le taux servi monte de 0,2 point, le coût des prêts adossés monte d’autant, presque immédiatement, sur des encours amortis parfois sur quarante ans. Un bailleur social voit sa charge financière progresser sur l’ensemble de son stock de dette, pas seulement sur ses opérations neuves.

Le calendrier tombe mal pour la construction. L’enquête mensuelle de conjoncture de la Banque de France de début juillet décrit des carnets de commandes toujours dégradés dans le bâtiment, et une progression d’activité attendue assez faible en juillet dans ce secteur. Renchérir la dette d’une filière aux carnets déjà creux revient à freiner les mises en chantier au moment précis où elles manquent.

Le raisonnement vaut, atténué, pour les enveloppes de prêts aux PME que la Caisse des dépôts déploie sur cette même ressource. Ces entreprises ne verront pas leur taux bouger du jour au lendemain, d’autant que des circuits privés se sont ouverts en parallèle, à l’image de la percée des néobanques sur le crédit aux PME. La mécanique d’indexation finit toujours par se voir dans les conditions proposées.

Un coût du capital qui remonte sur tous les fronts

La hausse du Livret A n’arrive pas seule. En juin, la Banque centrale européenne a relevé ses trois taux directeurs de 0,25 point, sa première hausse depuis septembre 2023, portant le taux de refinancement à 2,40 %, le taux de dépôt à 2,25 % et le taux du prêt marginal à 2,65 %. Deux signaux convergents en un mois dessinent une orientation, pas un accident de parcours.

Le conseil des gouverneurs se réunit de nouveau le 23 juillet. La plupart des observateurs attendent une pause plutôt qu’un nouveau tour de vis, la détente des tensions internationales ayant fait refluer les prix du pétrole début juillet. Une pause n’est pas une baisse, et le coût de l’argent reste installé à un niveau que beaucoup de plans de financement bâtis en 2024 n’avaient pas anticipé.

Pour un directeur financier, la conséquence pratique tient à un calendrier. Les lignes à renouveler d’ici la fin de l’année se négocient dans un marché où la ressource des banques se renchérit par le haut, avec la BCE, et par le bas, avec l’épargne réglementée. Attendre une détente pour refinancer devient un pari, et non plus une évidence, dans un contexte où la trajectoire budgétaire se resserre également.

L’arbitrage qui se prépare pour les trésoreries

La vraie tension se lit dans la concurrence entre les emplois de l’épargne. Un placement sans risque, liquide et défiscalisé à 1,7 % capte des flux qui, autrement, iraient vers le financement en fonds propres des entreprises, l’assurance-vie en unités de compte ou le capital-investissement. Chaque dixième de point rend l’abri plus attractif que le risque, dans un pays dont le taux d’épargne des ménages figure déjà parmi les plus élevés d’Europe.

Le paradoxe est assumé par Bercy, qui présente la même décision comme un soutien au pouvoir d’achat et comme un soutien au financement de l’économie. Les deux tiennent tant que la collecte se transforme effectivement en prêts longs. Ce qui se joue au 1er août n’est pas le rendement d’un livret, mais la répartition de l’épargne française entre ce qui protège et ce qui construit.


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