Thibaud Hug de Larauze, le fondateur de Back Market qui passe la main sans quitter la barre

Pour la première fois en douze ans, Back Market change de directeur général : le fondateur Thibaud Hug de Larauze devient président exécutif et confie les opérations à Clément Petit le 1er septembre. Une passation qui interroge l'avenir du champion français du reconditionné et de son créateur.

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Passer la main quand tout va bien est l’un des exercices les plus délicats pour un fondateur. Thibaud Hug de Larauze, cofondateur de Back Market, s’y est résolu : le 8 juin 2026, la plateforme française de produits reconditionnés a annoncé qu’il quitterait la direction générale le 1er septembre pour devenir président exécutif du groupe.

En un peu plus de dix ans, ce dirigeant a transformé une idée simple, revendre des smartphones et des ordinateurs remis à neuf avec garantie, en un leader mondial du reconditionné présent dans 17 pays. L’entreprise revendique 18 millions de clients et s’est imposée comme une alternative crédible à l’achat de matériel neuf, à l’heure où le pouvoir d’achat et l’empreinte carbone pèsent sur chaque décision.

La question que pose ce changement dépasse le cas d’un seul dirigeant : que fait un fondateur après une décennie aux commandes, et que dit cette passation de la maturité de la tech française ?

Douze ans pour bâtir un géant du reconditionné

Back Market naît à Paris en 2014, portée par Thibaud Hug de Larauze et ses associés. L’entreprise met en relation des reconditionneurs professionnels et des acheteurs autour d’un principe cardinal : prolonger la vie des appareils électroniques au lieu d’en fabriquer sans cesse de nouveaux. Le modèle a longtemps été regardé avec scepticisme avant de trouver son public.

Les chiffres racontent la bascule. L’entreprise a connu en 2025 sa meilleure année, en atteignant l’équilibre financier, avec un volume d’affaires en hausse de 32 % à 3,5 milliards de dollars dans le monde. Ce cap, décrit en détail lors de sa bascule vers la rentabilité, change la donne pour une société longtemps perçue comme une dévoreuse de capitaux.

L’impact environnemental fait partie intégrante du récit. La société affirme avoir évité plus de deux milliards de kilos d’émissions de carbone depuis sa création, un argument devenu central dans une filière électronique sous pression réglementaire croissante. C’est sur ces fondations que s’opère le changement de direction.

Une passation orchestrée, pas une sortie

La transition a été préparée de longue main. Clément Petit, directeur financier de Back Market depuis 2020, prend la direction générale le 1er septembre 2026 : un successeur venu de l’intérieur, rompu aux rouages de la maison, plutôt qu’un profil parachuté de l’extérieur.

Le fondateur, lui, ne quitte pas le navire. Hug de Larauze devient président exécutif et se recentre sur la stratégie de long terme et la transformation d’un secteur qu’il estime encore à ses débuts. Ce premier changement de directeur général en douze ans marque une étape rare dans la vie d’une pépite française, où les fondateurs restent souvent seuls maîtres à bord.

À mesure que l’entreprise gagne en taille et en ambition, renforcer notre direction nous permet d’aller plus vite et de viser plus haut. Clément a joué un rôle déterminant dans notre parcours, et je ne vois personne de mieux placé pour occuper ce poste. Il s’agit de consolider l’équipe qui portera notre mission.

Thibaud Hug de Larauze, fondateur et président exécutif de Back Market, dans le communiqué annonçant la nomination de Clément Petit, le 8 juin 2026

Un partage des rôles au sommet

La nouvelle organisation dissocie clairement deux fonctions longtemps confondues chez les fondateurs : la conduite des opérations et la vision de long terme. Concrètement, les responsabilités se répartissent ainsi :

  • Clément Petit, directeur général, pilote l’exécution opérationnelle et le quotidien de l’entreprise ;
  • Thibaud Hug de Larauze, président exécutif, se concentre sur la stratégie et la transformation du secteur ;
  • la gouvernance sépare désormais le pilotage courant et la trajectoire, un partage classique des entreprises qui changent de dimension ;
  • l’équipe dirigeante est renforcée pour tenir des objectifs de croissance plus exigeants sur des marchés toujours plus nombreux.

Ce schéma n’a rien d’inédit dans les grands groupes, mais il reste peu fréquent dans la tech française, où l’attachement du fondateur au poste de patron opérationnel freine souvent l’arrivée de relais. En le formalisant, Back Market envoie un signal de maturité à ses investisseurs comme à ses partenaires.

Le reconditionné, un marché qui change d’échelle

Le pari initial de Back Market s’est mué en un marché mondial de premier plan. Le reconditionné de smartphones pourrait peser près de 65 milliards de dollars à l’échelle planétaire, et représentait déjà autour de 15 % des ventes mondiales de téléphones en 2023, selon les données de Counterpoint Research. La dynamique est structurelle, pas conjoncturelle.

En France, le mouvement est encore plus marqué. D’après le Baromètre Recommerce, le smartphone reconditionné a représenté 22 % des ventes en 2025, soit près de 1,2 milliard d’euros, avec 4,2 millions d’unités écoulées, en progression de 23 % sur un an. À l’échelle européenne, le marché est estimé à 6 milliards d’euros.

Cette croissance attise la concurrence. Amazon avec son offre Renewed, l’autrichien Refurbed, Recommerce ou encore les programmes maison des grands distributeurs se disputent le même gâteau. Le succès de Back Market rappelle celui d’autres pépites françaises devenues rentables, mais il l’expose aussi à des rivaux aux moyens financiers considérables.

Ce que Thibaud Hug de Larauze pourrait faire ensuite

En restant président exécutif, le fondateur se donne les moyens de peser sur les grands arbitrages sans gérer le quotidien. Son terrain de jeu affiché, la transformation de toute une filière, ouvre plusieurs pistes concrètes : bataille pour le droit à la réparation, alliances industrielles, ou consolidation d’un marché encore éclaté entre des dizaines de reconditionneurs.

Les précédents nourrissent les spéculations. Comme le deuxième acte que se cherchent d’autres fondateurs, un dirigeant qui prend de la hauteur finit souvent par investir dans de jeunes pousses, s’engager dans le plaidoyer public ou préparer une entrée en Bourse. Rien n’est annoncé, mais la question d’une cotation à moyen terme reviendra tôt ou tard pour une entreprise désormais rentable et présente sur trois continents.

Ce que cette passation dit de la tech française

Le cas Back Market éclaire une bascule plus large. La génération de fondateurs des années 2010 arrive à un âge où la question de la relève se pose, et la manière de la traiter devient un marqueur de solidité autant qu’un enjeu de gouvernance. Réussir ce passage, c’est prouver qu’une entreprise vaut plus que la seule figure de son créateur.

Le vrai test viendra des trimestres à venir, quand il faudra tenir la rentabilité tout en accélérant à l’international, sous une direction partagée. Pour Thibaud Hug de Larauze comme pour la filière du reconditionné, la partie décisive se joue maintenant, à l’échelle où se décident les standards mondiaux de l’électronique de seconde vie.


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