Daniel Ek : le fondateur de Spotify qui joue son deuxième acte entre défense et santé

En trois jours, Helsing et Neko Health, deux paris de Daniel Ek, ont levé près de 2,5 milliards de dollars. Le fondateur de Spotify redessine sa trajectoire entre défense européenne et santé préventive.

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En l’espace de trois jours, deux entreprises portées par le même homme ont levé près de 2,5 milliards de dollars. Le 13 juillet 2026, Helsing, spécialiste allemand de l’intelligence artificielle de défense, a bouclé un tour de 1,8 milliard de dollars ; deux jours plus tard, la société de santé préventive Neko Health en ajoutait 700 millions. Leur point commun : Daniel Ek, le cofondateur de Spotify.

Le Suédois n’est plus seulement l’homme qui a convaincu la planète de payer pour écouter de la musique en streaming. Depuis janvier 2026, il a pris du recul sur la direction de Spotify pour se consacrer à ses paris d’investisseur, entre armement et médecine. De la playlist au drone de combat, comment expliquer l’un des deuxièmes actes les plus déroutants du capitalisme technologique européen ?

De Stockholm à un champion mondial

L’histoire commence à Stockholm en 2006. Spotify naît en réponse au piratage et réussit ce que peu d’entreprises européennes parviennent à faire : battre les Américains sur un marché grand public mondial tout en gardant son siège sur le continent. La plateforme reste aujourd’hui la manière dont la majorité de la planète écoute de la musique, avec plusieurs milliards d’euros de revenus trimestriels.

Ek en demeure l’actionnaire de contrôle et le visage public, mais il a changé de poste. En janvier 2026, il est devenu président exécutif, laissant les fonctions de directeur général à deux fidèles, Gustav Söderström et Alex Norström. Ce retrait libère du temps et une fortune considérable, bâtie sur le succès du streaming, qu’il réinvestit désormais ailleurs.

Prima Materia, le véhicule de ses convictions

Le point de bascule porte un nom : Prima Materia. Ce fonds, créé en 2021 avec l’investisseur historique de Spotify Shakil Khan, affiche une promesse claire : soutenir sur le long terme des entreprises européennes ambitieuses. L’un de ses tout premiers paris fut Helsing, alors une modeste start-up de logiciels militaires installée à Munich.

Le premier chèque, d’environ 100 millions d’euros, avait déjà suscité des critiques. Ek assumait pourtant une conviction : l’Europe avait trop longtemps délégué sa sécurité, et le capital privé du continent rechignait à financer ce qui pouvait la garantir. Les mois suivants allaient donner à ce pari une résonance inattendue.

Helsing, le pari devenu géant de la défense

En quelques années, Helsing est passé du statut d’éditeur de logiciels à celui de poids lourd industriel. La guerre en Ukraine a transformé la défense européenne en l’un des secteurs les plus dynamiques du continent, et l’entreprise a suivi la vague avant d’en fabriquer une partie. Son ascension financière donne le vertige :

  • un tour de 450 millions d’euros en 2024, valorisant l’entreprise près de 5 milliards ;
  • un tour de 600 millions d’euros en juin 2025, mené par Daniel Ek, qui en devient président ;
  • une série E de 1,8 milliard de dollars en juillet 2026, portant la valorisation à 18 milliards ;
  • un statut de start-up la plus valorisée d’Europe continentale, juste derrière Revolut.

L’entreprise ne se limite plus au logiciel. Elle conçoit des munitions rôdeuses HX-2, un avion de combat sans pilote baptisé Europa et des drones sous-marins autonomes, et revendique des usines capables de produire un millier de drones par mois. Ses systèmes équipent déjà les forces ukrainiennes, tandis que ces montants rejoignent les sommes désormais engagées dans les infrastructures d’intelligence artificielle.

Une conviction assumée, une contestation qui monte

Le raisonnement d’Ek n’a rien d’absurde, et il séduit une partie croissante des investisseurs. L’Europe a passé trente ans à réduire ses budgets militaires pendant que le monde se tendait ; elle fait face aujourd’hui à une guerre sur son sol et à une garantie de sécurité américaine plus incertaine. Financer chez soi les technologies de défense relève, à ses yeux, de la même souveraineté numérique européenne que l’on réclame pour les puces ou le cloud.

Alors que l’Europe renforce rapidement ses capacités de défense face à des défis géopolitiques mouvants, il devient urgent d’investir dans les technologies de pointe qui garantissent son autonomie stratégique et sa sécurité.

Daniel Ek, fondateur de Prima Materia et président d’Helsing, lors de l’annonce du tour de financement d’Helsing, le 17 juin 2025

Cette posture ne passe pas partout. Une partie des artistes dont la musique nourrit sa fortune ont retiré leur catalogue de Spotify, du groupe américain Deerhoof au trio britannique Massive Attack, dénonçant le lien entre leurs revenus et l’armement. Le débat sur la place d’un patron de plateforme culturelle dans l’industrie des armes ne se referme pas.

Neko Health, l’autre versant de son pari

À l’opposé du champ de bataille, Daniel Ek investit aussi dans la santé. Neko Health, qu’il a cofondée avec Hjalmar Nilsonne, développe une technologie de scan corporel couplée à des analyses sanguines pour évaluer l’état de santé d’une personne. Sa série C de 700 millions de dollars valorise l’entreprise près de 7 milliards de dollars, quatre fois plus qu’en janvier 2025.

Le succès se mesure aussi à l’engouement qu’elle suscite. Présente au Royaume-Uni et en Suède, Neko prépare une première implantation à New York, avec plus de 100 000 scans déjà réalisés et 350 000 personnes en liste d’attente. Le tour a réuni un large tour de table, d’Atomico à General Catalyst, aux côtés de figures comme Mark Zuckerberg ou OpenAI.

Ce que son troisième acte pourrait réserver

Les prochains mois diront jusqu’où va l’ambition. Helsing vient d’annoncer sa première usine américaine en Virginie-Occidentale et la nomination d’un directeur pour l’Ukraine, deux signaux d’une internationalisation rapide. Une entrée en Bourse de l’entreprise n’aurait rien d’étonnant, dans un marché où d’autres champions de l’IA misent des milliards sur la prochaine vague.

Reste une question que la valorisation ne tranche pas : celle du juste prix. À 18 milliards de dollars pour une technologie dont l’efficacité reste discutée, le pari d’Ek suppose un avenir encore largement anticipé. Entre l’armement, la santé et la musique, il aura au moins réussi une chose : incarner, à lui seul, les contradictions de l’Europe technologique qui se cherche.


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