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La décarbonation du transport aérien s’est imposée comme l’un des grands chantiers industriels de la décennie, et une poignée de start-up européennes s’y attaquent frontalement. La toulousaine Ascendance Flight Technologies vient de boucler une levée de fonds de 14 millions d’euros en série B, annoncée fin juillet 2026, pour rapprocher son avion hybride du premier vol.
Fondée en 2018 par quatre anciens ingénieurs du programme E-Fan d’Airbus, l’entreprise développe un aéronef à décollage et atterrissage vertical, baptisé Atea, et une chaîne de propulsion hybride, Sterna. Le pari intervient alors que le secteur mondial de la mobilité aérienne avancée traverse une violente phase de sélection : plusieurs pionniers, dont l’allemand Volocopter et son compatriote Lilium, ont fait faillite faute de trésorerie. Dans ce paysage assaini, comment une PME française compte-t-elle tirer son épingle du jeu ?
Un pari technologique à contre-courant
Là où la plupart des concurrents ont misé sur le tout-électrique à batteries, Ascendance a fait de la propulsion hybride le socle de son offre. Sa chaîne Sterna associe un turbogénérateur, fourni par la société française Turbotech, à des moteurs électriques, ce qui affranchit l’appareil des limites d’autonomie propres aux seules batteries.
L’Atea doit transporter quatre passagers sur des trajets allant jusqu’à 400 kilomètres, à une vitesse de croisière supérieure à 200 km/h. Sa configuration mêle des ventilateurs intégrés dans les ailes pour le vol vertical et des hélices pour la croisière, une architecture pensée pour relier des territoires mal desservis par l’avion classique. Ce positionnement, à mi-chemin entre l’hélicoptère et l’avion léger, vise autant le transport régional que des usages sanitaires ou logistiques. L’héritage du programme E-Fan, entièrement électrique, a précisément convaincu les fondateurs que la batterie seule ne suffirait pas à des opérations commerciales viables.
Les atouts de la pépite toulousaine
Au-delà de la technologie, plusieurs facteurs distinguent Ascendance de la masse des projets d’aéronefs électriques apparus depuis dix ans. Ses principaux atouts tiennent en quelques points :
- un modèle à double produit, avec la vente de la chaîne Sterna à des tiers en plus de l’avion Atea ;
- un actionnariat solide, réunissant Bpifrance, la famille Dassault et le fonds Expansion Ventures ;
- un carnet garni de plus de 600 lettres d’intention pour l’Atea ;
- des débouchés dans la défense, où la propulsion hybride intéresse drones et aéronefs militaires.
Cette double casquette, civile et militaire, rapproche l’entreprise de l’écosystème que cultivent les start-up françaises de la défense, en plein essor. Elle lui offre surtout une diversification des revenus rare à ce stade de développement, quand la plupart de ses rivaux ne vivent encore que de levées de fonds successives.
Une concurrence mondiale en pleine recomposition
Le marché de la mobilité aérienne avancée reste dominé, en volume de capitaux, par les américains Joby Aviation et Archer Aviation, qui ont levé plusieurs milliards de dollars chacun. Le chinois EHang, déjà autorisé pour des vols sans pilote, et le britannique Vertical Aerospace complètent un peloton de tête très capitalisé.
Ascendance joue une autre partition face à ces géants. Son choix de l’hybride et sa taille modeste la placent sur un créneau distinct, celui des liaisons plus longues et des usages professionnels, là où les appareils tout-électriques restent bridés par l’autonomie. La configuration de ses ventilateurs intégrés rappelle celle du canadien Horizon Aircraft, preuve que l’architecture technique demeure un terrain de différenciation.
La vague de faillites de 2024 et 2025 a rebattu les cartes. Les investisseurs privilégient désormais les acteurs capables de démontrer un chemin crédible vers la certification et le chiffre d’affaires. À l’image d’un autre avionneur français indépendant, Ascendance mise sur la sobriété capitalistique et des commandes concrètes pour convaincre.
Ascendance en chiffres
Pour situer l’entreprise dans son cycle de développement, quelques repères donnent la mesure du chemin parcouru et de celui qui reste à parcourir :
| Donnée clé | Repère |
|---|---|
| Année de création | 2018 |
| Effectif | environ 100 salariés |
| Fonds levés au total | plus de 70 M€ |
| Lettres d’intention pour l’Atea | plus de 600 |
| Autonomie visée de l’Atea | 400 km, 4 passagers |
Ces repères traduisent une montée en puissance progressive, comme le rapporte la presse spécialisée : l’entreprise a déjà accumulé plus de 500 heures d’essais au sol sur son banc de test avant de passer à l’épreuve du vol. Le nerf de la guerre reste le financement, l’industrialisation d’un aéronef réclamant des sommes bien supérieures aux montants réunis jusqu’ici.
Cap sur le premier vol
Le prochain jalon est attendu de pied ferme. Ascendance vise un premier vol piloté de l’Atea dès 2026, une fois l’assemblage de la cellule et l’installation de la chaîne Sterna achevés. L’entreprise a déjà fait voler trois démonstrateurs à petite échelle, mais le prototype grandeur nature reste l’étape qui fera basculer le projet.
Nous avons obtenu les résultats que nous souhaitions : nous avons finalisé la conception et il est temps de tout mettre dans l’avion et de le tester en vol.
Thibault Baldivia, cofondateur et directeur commercial d’Ascendance Flight Technologies, en mars 2026.
La direction table ensuite sur une campagne d’essais en vol de 18 à 24 mois, avant une entrée en service espérée sur la période 2029-2030. La vente de la chaîne Sterna à des clients externes doit, en parallèle, générer des premiers revenus avant la certification de l’appareil.
Ce que le décollage d’Atea dira de la filière
L’enjeu dépasse la seule Ascendance. La capacité d’une PME européenne à mener un aéronef hybride jusqu’au marché dira beaucoup de la souveraineté industrielle du continent dans l’aviation de demain, face à des rivaux américains et chinois mieux dotés en capitaux. La partie se jouera autant sur la technologie que sur l’accès au financement.
Toute la filière scrutera les prochains mois. Un premier vol réussi validerait des années de choix techniques et ouvrirait la voie à des tours de table bien plus lourds, de l’ordre de plusieurs centaines de millions d’euros nécessaires à l’industrialisation. Pour les investisseurs comme pour les territoires qui misent sur cette aviation nouvelle, l’année qui vient tranchera entre la promesse et la démonstration, et fixera la place de la France sur une carte encore mouvante.

