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- De la jeune pousse de 2024 à la licorne de la défense
- Le DELCO, un drone conçu pour la production de masse
- L’État, premier client et accélérateur du passage à l’échelle
- Une souveraineté qui se joue jusque dans les moteurs
- Face à Helsing et Anduril, une course européenne
- Le pari industriel des prochains mois
La défense française tient sa première licorne. Fondée en 2024, la start-up Harmattan AI conçoit des drones bardés d’intelligence artificielle et vient d’entrer dans le club très fermé des jeunes pousses valorisées plus d’un milliard d’euros. Son ascension, portée par les commandes de l’armée et par l’appui de Dassault Aviation, illustre le réveil d’un secteur longtemps dominé par les États-Unis et Israël.
Le 20 juillet 2026, l’entreprise a franchi une nouvelle étape en confiant à l’équipementier Valeo la fabrication, en France, d’un moteur électrique souverain pour ses appareils. Derrière cette annonce se joue une question stratégique : une société de moins de deux ans peut-elle vraiment produire des drones par milliers et tenir tête aux géants américains et européens du secteur ?
De la jeune pousse de 2024 à la licorne de la défense
L’histoire va vite. Créée en 2024, Harmattan AI a d’abord répondu à un appel d’offres allégé de la Direction générale de l’armement, qui lui a commandé mille drones d’entraînement Sonora à l’été 2025 pour l’exercice interarmées Orion. Sa capacité à livrer en six mois a servi de rampe de lancement.
En janvier 2026, la jeune pousse a bouclé une levée de fonds de série B de 200 millions de dollars, soit environ 171 millions d’euros, menée par Dassault Aviation. L’opération a propulsé sa valorisation autour de 1,4 milliard d’euros et a fait d’elle la première licorne française de la défense, rejoignant le cercle des pépites tricolores valorisées en milliards comme la licorne de l’IA Mistral. Ce tour de table, l’un des plus importants jamais réunis par une start-up de défense en France, a associé plusieurs fonds aux côtés de l’avionneur.
Ce statut n’est pas qu’un symbole financier. Il ancre en France un acteur capable de concevoir, produire et faire évoluer ses appareils sur le sol national, à l’heure où l’Europe cherche à réduire sa dépendance aux fournisseurs américains. Le rapprochement avec l’avionneur piloté par Éric Trappier a scellé cette ambition.
Le DELCO, un drone conçu pour la production de masse
Le produit phare d’Harmattan AI porte un nom double. Baptisé Sonora par l’entreprise, il a été rebaptisé DELCO par l’armée de terre, pour drone du combattant. Ses caractéristiques disent tout du pari industriel de la société.
- une portée d’environ deux kilomètres, pensée pour l’appui direct des unités au contact ;
- une conception qui privilégie un coût unitaire faible et une utilisation répétée à l’entraînement ;
- une première commande de 1 000 exemplaires livrée en six mois, suivie de 5 000 unités supplémentaires commandées en juin 2026 ;
- une usine installée près d’Orly, dans l’Essonne, dimensionnée pour produire jusqu’à 10 000 drones par mois.
Cette logique tranche avec les programmes d’armement classiques, longs et coûteux. Harmattan AI mise sur le volume, la rapidité et un prix contenu, au risque d’un modèle plus proche de l’électronique grand public que de l’aéronautique militaire traditionnelle.
L’État, premier client et accélérateur du passage à l’échelle
Sans commande publique, pas de licorne. L’armée française a joué un rôle de client de lancement décisif, en acceptant d’alléger ses exigences pour favoriser une production rapide et un faible coût. La commande de 5 000 drones supplémentaires passée en juin 2026 a confirmé cette confiance et permis de raccourcir des délais qui se comptent d’ordinaire en années.
La méthode a été assumée au plus haut niveau de l’État, présentée comme un changement de tempo pour toute la commande militaire.
Cette réactivité doit être finalement notre nouvelle norme. C’est notre nouvelle échelle de temps.
Catherine Vautrin, ministre des Armées, lors d’un déplacement à Toulon le 22 janvier 2026
Ce soutien ne se limite pas aux mots. En commandant par milliers et en réduisant les délais, l’État offre à Harmattan AI la visibilité nécessaire pour investir dans ses capacités de production, un préalable indispensable au passage à l’échelle.
Une souveraineté qui se joue jusque dans les moteurs
La quête d’autonomie descend jusqu’au moindre composant. Le 20 juillet 2026, Harmattan AI a choisi Valeo pour développer et fabriquer en France un moteur électrique sans terres rares lourdes destiné à ses drones. La production doit démarrer début 2027 sur un site français de l’équipementier.
Ce contrat, le premier de Valeo dans le domaine des drones, illustre une bascule : des sous-traitants automobiles réorientent leur savoir-faire d’électrification vers la défense. Pour Harmattan AI, produire ces moteurs sur le sol national réduit sa dépendance aux composants asiatiques, un enjeu devenu central depuis la guerre en Ukraine.
Face à Helsing et Anduril, une course européenne
Harmattan AI n’avance pas seule sur ce terrain. La défense algorithmique attire des capitaux considérables, et plusieurs champions se disputent déjà le marché des drones intelligents. Le tableau ci-dessous situe l’entreprise face à ses principaux rivaux.
| Acteur | Pays | Positionnement |
|---|---|---|
| Harmattan AI | France | Drones du combattant à bas coût, IA embarquée |
| Helsing | Allemagne | Logiciels d’IA de combat et drones |
| Anduril | États-Unis | Systèmes autonomes, forte intégration militaire |
| Tekever | Portugal | Drones de surveillance et de renseignement |
La France peut compter sur un atout rare, la proximité d’un donneur d’ordres public prêt à commander vite et en nombre. Reste que, face à les spécialistes français des drones sous-marins et aux mastodontes américains, Harmattan AI devra prouver que son modèle à bas coût tient dans la durée. Chacun de ces acteurs mise sur des logiciels propriétaires et une production rapide, dans un marché où les enseignements du conflit ukrainien rebattent les cartes à un rythme soutenu.
Le pari industriel des prochains mois
Produire 10 000 drones par mois relève encore de l’objectif, pas du bilan. Le vrai test attend Harmattan AI sur sa capacité à tenir ses cadences, à recruter et à intégrer une chaîne d’approvisionnement entièrement nouvelle, du moteur Valeo aux calculateurs embarqués. Le recrutement d’ingénieurs et d’opérateurs qualifiés figure parmi les principaux goulets d’étranglement à lever.
Le partenariat avec Dassault Aviation ouvre par ailleurs un horizon plus large, celui de l’IA embarquée sur des plateformes de combat comme le futur Rafale F5. Si la jeune pousse transforme l’essai industriel, elle pourrait devenir un maillon durable de l’autonomie stratégique européenne, bien au-delà du seul drone du combattant.

