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- Un physicien du MIT passé par Amazon et Google
- Deux ans pour passer du conseil à la direction générale
- Ce que la cotation rapporte concrètement
- Une base industrielle à Palaiseau et sept machines déjà déployées
- Le quantique européen a levé près d’un milliard cette année
- Ce que les marchés vont maintenant lui demander
Le 28 août 2026, les actions Pasqal ont commencé à s’échanger sur le Nasdaq sous le code PSQL. L’opération a pris la forme d’une fusion avec Bleichroeder Acquisition Corp. II, un véhicule coté sans activité créé pour absorber une société non cotée et lui donner accès au marché en une seule opération. La transaction laisse 309 millions d’euros de trésorerie dans les caisses de l’entreprise de calcul quantique, soit 360 millions de dollars.
L’homme qui a mené cette bascule n’est ni l’un des cinq cofondateurs, ni un financier venu de la place de Paris. Wasiq Bokhari est un physicien formé au Massachusetts Institute of Technology, entré dans l’entreprise par la présidence du conseil et devenu son directeur général. Un profil de dirigeant industriel greffé sur une pépite scientifique française, arrivé au moment précis où la technologie devait sortir du laboratoire. Que peut faire un tel dirigeant d’une entreprise que la recherche a portée jusqu’ici ?
Un physicien du MIT passé par Amazon et Google
Le parcours ne doit rien au hasard des recrutements. Wasiq Bokhari détient un doctorat de physique du MIT, où il a également suivi ses études de premier cycle, et affiche vingt-cinq années d’expérience dans les technologies de rupture. Le détail compte pour une société dont le produit repose sur le piégeage d’atomes de rubidium par faisceaux laser : le dirigeant comprend ce que fabriquent ses équipes.
Sa trajectoire ensuite s’est jouée chez les géants américains du numérique. Directeur général puis directeur des initiatives stratégiques chez Amazon et chez Google, il y a monté et développé de nouvelles activités, dont des projets de calcul quantique, et fait partie de l’équipe fondatrice de Sidewalk Labs, la filiale urbaine d’Alphabet. Construire une activité nouvelle dans une organisation existante est exactement le problème que pose l’industrialisation d’une technologie de laboratoire.
Le troisième volet du parcours est entrepreneurial. Il a fondé et dirigé plusieurs start-up technologiques financées par le capital-risque, revendues avec succès, et a lui-même exercé comme investisseur. Un dirigeant qui a déjà vécu une sortie sait ce que demande un actionnaire, ce qui n’est pas la compétence la plus répandue dans les spin-off de laboratoire public.
Deux ans pour passer du conseil à la direction générale
Sa montée en responsabilité s’est faite par paliers. Nommé président du conseil d’administration en février 2024, il devient président exécutif en mars 2025, puis directeur général. Deux ans exactement entre l’entrée au conseil et la direction opérationnelle : la séquence ressemble moins à une succession subie qu’à une préparation méthodique de l’entrée en Bourse.
Aujourd’hui n’est pas une ligne d’arrivée, c’est un point d’accélération. Pasqal a été bâti pour faire passer le calcul quantique à atomes neutres de la science fondamentale au déploiement à l’échelle industrielle.
Wasiq Bokhari, directeur général de Pasqal, le 28 août 2026, jour de l’entrée en cotation au Nasdaq
La formule mérite d’être prise au sérieux plutôt que lue comme une figure de style de jour de cotation. Elle décrit une entreprise fondée en 2019 par cinq scientifiques, dont le prix Nobel de physique 2022 Alain Aspect, et qui doit maintenant produire des machines en série. Le passage du prototype à la série change tous les métiers de l’entreprise, du recrutement à la relation client.
Ce que la cotation rapporte concrètement
L’opération a été approuvée par les actionnaires du véhicule Bleichroeder le 25 août 2026, trois jours avant la première cotation. Quatre éléments chiffrés en résument la portée.
- 309 millions d’euros, soit 360 millions de dollars, de trésorerie disponible au closing ;
- Une valorisation avant apport de 1,7 milliard d’euros, annoncée en mars lors du lancement de l’opération ;
- Deux instruments cotés, l’action sous le code PSQL et le bon de souscription sous PSQLW ;
- Un projet de double cotation sur Euronext Paris, annoncé sans calendrier ferme.
Le directeur financier Stéphane Rougeot situe l’enjeu en termes de durée plutôt que de montant, estimant que cette somme offre plusieurs années d’autonomie financière pour poursuivre le développement technologique et place l’entreprise en bonne position face aux autres acteurs du quantique.
Le maintien du siège en France, assorti d’une cotation américaine, dessine un montage devenu courant chez les deeptechs européennes, qui vont chercher la profondeur de marché là où elle se trouve. Cette voie avait déjà été empruntée par un précédent européen au Nasdaq quelques semaines plus tôt. Le drapeau reste français, la liquidité est américaine.
Une base industrielle à Palaiseau et sept machines déjà déployées
Le nouveau dirigeant hérite d’un actif industriel réel, pas d’une feuille de route. Sept unités de calcul quantique sont déployées et trois autres en production, accessibles par le cloud et mobilisées sur plus de vingt-cinq applications commerciales et de recherche, dans l’énergie, les services financiers et la science des matériaux. Des machines en service chez des clients réels distinguent Pasqal de la majorité des acteurs du secteur.
La priorité annoncée est l’extension des capacités de production de Palaiseau, où se trouve l’usine principale. Fabriquer davantage d’unités, développer la plateforme logicielle et cloud, intégrer la technologie aux infrastructures de calcul haute performance classiques, étendre les opérations commerciales à l’international : le plan d’emploi des fonds tient en quatre chantiers, tous industriels.
La gouvernance a été redessinée pour l’occasion. Le conseil d’administration compte neuf membres et sa présidence non exécutive revient à Alain Aspect, cofondateur et prix Nobel, tandis que Bpifrance, soutien de longue date, y est représentée par Nicolas Berdou. Un Nobel à la présidence et un dirigeant industriel à l’exécutif : la répartition des rôles dit à qui revient désormais la conduite des opérations.
Ce partage éclaire aussi ce que Bokhari peut tenter ensuite. Un dirigeant venu d’Amazon et de Google, assis sur 360 millions de dollars, dans un secteur où les autres paris quantiques français restent sous-capitalisés, dispose des moyens d’une croissance externe. Rien n’a été annoncé en ce sens, mais la trésorerie ouvre l’hypothèse.
Le quantique européen a levé près d’un milliard cette année
L’arrivée de Pasqal sur les marchés s’inscrit dans une année de forte activité. D’après le décompte d’EU-Startups, environ 1,05 milliard d’euros de financements ont été annoncés en 2026 dans le calcul quantique européen et les technologies qui le rendent possible, un niveau sans précédent pour le secteur sur le continent.
Le détail des opérations montre une hiérarchie qui se forme : 301 millions d’euros pour le britannique Oxford Quantum Circuits, 152 millions pour le néerlandais QuantWare, 127 millions de financement PIPE pour le finlandais IQM, 115 millions pour le grenoblois Quobly, quand le parisien ColibriTD bouclait 4 millions fin août. La France aligne des acteurs nombreux mais capitalisés inégalement, ce qui explique en partie le choix de Pasqal d’aller chercher ailleurs des moyens d’une autre ampleur.
Ce que les marchés vont maintenant lui demander
Une société cotée ne se juge plus sur ses publications scientifiques. Elle publie des comptes trimestriels, tient des prévisions et voit son cours réagir à chaque écart. Le calendrier boursier impose un rythme étranger à la recherche fondamentale, et c’est probablement pour absorber ce choc culturel qu’un dirigeant venu de l’industrie a été installé avant la cotation plutôt qu’après.
La difficulté est que la promesse porte loin. Le calcul quantique tolérant aux fautes, capable de détecter et corriger les erreurs qui limitent aujourd’hui les machines, reste un objectif de moyen terme, pendant que les investisseurs comptent en trimestres. Tenir cet écart suppose de faire vivre le pari des atomes neutres avec des revenus commerciaux immédiats.
Pour l’écosystème français, la trajectoire de ce dirigeant vaut observation autant que le cours de l’action. Elle teste une hypothèse répandue dans les cercles industriels européens, selon laquelle il manquerait moins aux spin-off de laboratoire des financements que des dirigeants rompus au passage à l’échelle. Les prochains trimestres diront si l’hypothèse tient, sur le dossier quantique le plus visible du pays.

