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Le 5 juin 2026, le ministre du Travail et des Solidarités Jean-Pierre Farandou a présenté aux partenaires sociaux le nouveau plan Santé au travail, une feuille de route qui fixe les priorités de la prévention jusqu’en 2030. Parmi elles, la santé mentale rejoint le cœur des obligations que les entreprises devront intégrer à leur quotidien.
La santé mentale au travail désigne l’équilibre psychologique d’un salarié dans l’exercice de son activité, à la croisée de l’organisation, du management et des relations professionnelles. Elle se dégrade quand les exigences du poste dépassent durablement les ressources disponibles, ce que les spécialistes regroupent sous le terme de risques psychosociaux, ou RPS. Longtemps reléguée derrière les risques physiques, elle s’impose désormais comme un sujet de gestion à part entière.
Reconnue grande cause nationale en 2025 et 2026, la santé mentale sort du registre de la sensibilisation pour entrer dans celui de la règle. Reste une question concrète pour les directions : que devront faire réellement les employeurs face à ces nouvelles attentes ?
Un plan quinquennal qui rebat les priorités de la prévention
Le plan Santé au travail 2026-2030 fixe un cap pour cinq ans et place la prévention des accidents graves et mortels en tête de ses priorités. À ses côtés figurent la santé des femmes, les risques liés au changement climatique, la réduction de l’absentéisme et la promotion de la santé mentale en milieu professionnel. Le texte vise une offre coordonnée pour aider les entreprises à passer de l’intention aux actes.
Aller plus loin en matière de prévention et élargir la palette des risques professionnels, à la santé mentale au travail, à la santé des femmes, à la protection des nouveaux arrivants
Jean-Pierre Farandou, ministre du Travail et des Solidarités, présentation du plan Santé au travail 2026-2030, le 5 juin 2026
Concrètement, le gouvernement veut renforcer les formations de secourisme en santé mentale et déployer plus largement la charte d’engagements lancée en 2025. L’objectif affiché pour 2030 est de former des salariés capables de repérer les signes d’alerte chez leurs collègues, sur le modèle des secouristes rompus aux gestes de premiers secours physiques.
Ce que la dégradation psychique coûte aux entreprises
Derrière l’enjeu humain se cache une facture économique que beaucoup de dirigeants sous-estiment. En France, l’INRS chiffre le coût social du stress au travail entre 2 et 3 milliards d’euros par an, une estimation que l’institut qualifie lui-même de minimale puisqu’elle ne couvre que les situations de tension les plus documentées.
À l’échelle internationale, l’addition donne le vertige. Selon l’Organisation mondiale de la santé, la dépression et l’anxiété font perdre chaque année près de 12 milliards de journées de travail, soit l’équivalent de mille milliards de dollars de productivité évaporée. Le stress professionnel pèserait par ailleurs une vingtaine de milliards d’euros par an à l’échelle européenne.
Ces montants se matérialisent dans des postes très concrets : arrêts maladie répétés, rotation des effectifs, perte d’engagement, erreurs et accidents. La prévention des troubles liés au travail apparaît dès lors moins comme une dépense que comme un levier de performance et de fidélisation, à condition d’être pilotée avec méthode.
Les leviers concrets attendus des employeurs
Passer de la prise de conscience à l’action suppose d’activer plusieurs leviers complémentaires. Les entreprises qui avancent le plus vite combinent des mesures d’organisation et des dispositifs d’accompagnement plutôt que de miser sur une seule réponse.
- intégrer explicitement les risques psychosociaux dans le document unique d’évaluation des risques, socle légal de toute démarche de prévention ;
- former des salariés volontaires au secourisme en santé mentale pour repérer et orienter un collègue en difficulté ;
- outiller les managers de proximité, premiers témoins des signaux faibles, sur la charge de travail et le droit à la déconnexion ;
- ouvrir des dispositifs d’écoute confidentiels et faire connaître les relais internes comme externes ;
- agir sur les causes organisationnelles plutôt que sur les seuls symptômes individuels.
Cette dernière distinction est décisive. Les démarches qui se limitent à des ateliers de gestion du stress ou à des applications de relaxation traitent les conséquences sans toucher aux causes, là où la prévention la plus efficace agit sur l’organisation du travail elle-même.
S’appuyer sur un accompagnement RH structuré aide à articuler ces leviers dans la durée, sans transformer le sujet en opération de communication. La cohérence entre le discours et les actes reste le meilleur gage de crédibilité auprès des équipes.
Une obligation juridique avant d’être un choix
Beaucoup de dirigeants perçoivent encore la santé mentale comme une question de bonne volonté. Le droit en a décidé autrement : le code du travail impose à l’employeur une obligation de sécurité qui couvre la santé physique et mentale des salariés, sans hiérarchie entre les deux.
Cette obligation se traduit par une évaluation documentée des risques et par des mesures de prévention adaptées. Les récentes obligations sur l’emploi des seniors l’ont rappelé : face à un manquement, la responsabilité de l’entreprise peut être engagée, avec des conséquences financières et réputationnelles lourdes.
Trois niveaux de prévention pour structurer l’action
Les spécialistes de la santé au travail distinguent trois niveaux d’intervention, du plus en amont au plus curatif. Les situer permet de ne pas confondre prévention durable et rustine ponctuelle.
| Niveau | Objectif | Exemples d’actions |
|---|---|---|
| Primaire | Supprimer les causes à la source | Revoir la charge de travail, l’organisation et le management |
| Secondaire | Renforcer les capacités des salariés | Formations, secourisme en santé mentale, sensibilisation |
| Tertiaire | Prendre en charge les personnes touchées | Cellules d’écoute, accompagnement au retour à l’emploi |
La tentation est forte de commencer par le tertiaire, plus visible et plus simple à déployer. Les autorités de prévention rappellent pourtant que seule l’action primaire réduit durablement le risque, les deux autres niveaux venant en complément et non en substitution.
Un investissement qui se mesure
La santé mentale au travail quitte le terrain de la générosité managériale pour rejoindre celui des indicateurs de gestion. Absentéisme, taux de rotation, qualité du recrutement : les effets d’une politique de prévention se lisent dans les comptes autant que dans le climat social.
Le plan 2026-2030 installe un cadre qui s’étalera sur cinq ans, à un moment où les tensions sur le recrutement rendent la fidélisation des équipes plus stratégique que jamais. Les entreprises qui prendront de l’avance disposeront d’un argument d’attractivité face à des candidats attentifs aux conditions de travail.
Reste à savoir comment chaque organisation traduira ces priorités nationales dans ses propres murs. Entre celles qui y verront une contrainte supplémentaire et celles qui y liront un levier de performance durable, l’écart se creusera sans doute autant que sur n’importe quel autre actif stratégique.

