Michel Denis, l’artisan du redressement de Manitou qui prend les rênes de Daher

Depuis le 1er juillet, Michel Denis, l'homme qui a fait grandir Manitou pendant douze ans, dirige le groupe familial Daher. Portrait d'un redresseur discret et des défis qui l'attendent dans l'aéronautique.

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Le monde de l’industrie française a connu, cet été, l’une de ses transitions les plus scrutées. Depuis le 1er juillet, Michel Denis, longtemps patron du fabricant de chariots élévateurs Manitou, a pris la direction générale du groupe Daher, avionneur et industriel familial. À 61 ans, il incarne une génération de dirigeants façonnés par l’industrie lourde, à rebours des profils venus de la tech qui occupent le devant de la scène.

Diriger un groupe familial est un exercice singulier, à mi-chemin entre la logique patrimoniale des actionnaires et les exigences d’un marché mondial. Michel Denis arrive avec une réputation précise, celle d’un redresseur patient qui a transformé Manitou en profondeur. Peut-il rééditer semblable parcours dans un univers aussi différent que l’aéronautique et les services industriels ?

Un parcours entièrement forgé dans l’industrie

Rien ne prédestinait tout à fait cet ingénieur à devenir une figure de la manutention. Diplômé de l’École centrale de Lyon en 1989 puis de l’Essec en 1991, Michel Denis débute dans le conseil avant de bifurquer vers des fonctions opérationnelles. Il passe par Dalkia, filiale d’EDF, puis par l’américain Johnson Controls, où il apprend le pilotage de grands ensembles industriels.

Le tournant se produit en 2003, lorsqu’il rejoint Fraikin, spécialiste européen de la location de véhicules industriels, dont il devient directeur général pendant dix ans. Cette décennie à la tête d’un loueur de flottes lui donne le goût des modèles de long terme, où la valeur se construit dans la durée plutôt que dans le coup d’éclat. C’est ce profil que Manitou est venu chercher au début des années 2010. Nommé directeur général du constructeur vendéen en 2014, il y déploie une stratégie de conquête à l’international et de montée en gamme de l’offre, deux axes qui deviendront sa signature de dirigeant.

Ce qu’il laisse derrière lui chez Manitou

À la tête de Manitou pendant plus de douze ans, Michel Denis a durablement transformé le groupe vendéen. Son bilan explique en grande partie la confiance placée en lui par la famille Daher :

  • un chiffre d’affaires porté à 2,7 milliards d’euros en 2024, au terme d’une longue trajectoire de croissance ;
  • une présence commerciale et industrielle étendue à 35 pays ;
  • trois mandats successifs de directeur général depuis 2014, gage de continuité ;
  • un redressement mené sans rupture brutale, en préservant l’ancrage familial de l’entreprise.

Ce parcours dessine une méthode. Michel Denis n’est pas un dirigeant de la table rase, mais plutôt un bâtisseur qui compose avec l’histoire des groupes qu’il conduit, une qualité rare dans un capitalisme souvent pressé.

Le choix assumé de la famille Daher

Le départ de l’iconique Didier Kayat, qui a quitté la présidence exécutive fin mars, avait ouvert une période d’incertitude. Daher avait alors mis en place une gouvernance de transition, confiée à Thibault Scaramanga, tandis qu’Aymeric Daher était promu directeur général délégué. L’arrivée de Michel Denis referme cette parenthèse d’intérim.

Michel Denis apporte à Daher une expérience industrielle de premier niveau, tant du point de vue des transformations que du management des parties prenantes d’une entreprise familiale.

Thibault Scaramanga, président du conseil d’administration de Daher, lors de l’annonce de la nomination le 8 juin 2026

Ce choix traduit une volonté de continuité stratégique. En misant sur un dirigeant extérieur au sérail aéronautique mais rompu à la transformation industrielle, la famille recherche un équilibre entre regard neuf et culture maison, qui doit s’incarner dans le tandem formé avec Aymeric Daher. Ce dernier connaît parfaitement l’écosystème aéronautique, une complémentarité que la gouvernance du groupe met explicitement en avant.

Le défi Daher, un modèle industriel plus complexe

Le groupe qu’il prend en main n’a pourtant pas grand-chose à voir avec Manitou. Daher est à la fois avionneur, avec ses appareils d’affaires TBM et Kodiak, sous-traitant de premier rang pour l’aéronautique, prestataire de services industriels et logisticien. Cette diversité fait sa force, mais elle exige une capacité à piloter des métiers hétérogènes. Fondée il y a plus d’un siècle et toujours contrôlée par la famille fondatrice, l’entreprise a bâti une identité rare en France, celle d’un acteur capable à la fois de concevoir un avion et d’opérer les chaînes logistiques de ses clients industriels.

Le groupe accompagne notamment la montée en cadence d’Airbus, dont le carnet de commandes garantit une décennie de production. Cette dynamique place Daher au cœur d’un secteur porteur, aux côtés de champions comme Safran ou de Dassault Aviation. La sous-traitance aéronautique impose toutefois des investissements lourds et des cycles longs, très éloignés du rythme de la manutention.

Une feuille de route encore à écrire

Que fera concrètement Michel Denis de ce nouveau poste ? Les premières orientations restent à préciser, mais le contexte donne des indices. La priorité affichée par la gouvernance est le développement du groupe, aujourd’hui et demain, une formule qui plaide pour la croissance plutôt que la simple consolidation.

Plusieurs chantiers s’imposent d’eux-mêmes. La poursuite de la montée en régime industrielle, une possible croissance externe dans les services et l’aérostructure, et la réponse à la pénurie de talents industriels figureront en bonne place. Sur ce terrain, l’expérience d’un dirigeant qui a su faire grandir Manitou dans un contexte de réindustrialisation difficile constitue son principal atout.

Ce que cette nomination dit du capitalisme familial

Au-delà de la trajectoire d’un homme, cette nomination éclaire une question plus large. Les groupes industriels familiaux français, souvent discrets, doivent régulièrement arbitrer entre fidélité à leur histoire et ouverture à des dirigeants extérieurs. Le choix d’un profil comme celui de Michel Denis illustre une voie médiane, de plus en plus prisée par ces maisons.

La réussite se mesurera sur plusieurs années, à l’aune de la capacité de Daher à conjuguer croissance et indépendance. À l’image d’autres dirigeants appelés au redressement, Michel Denis sera jugé sur des résultats concrets. Son arrivée rappelle surtout que l’industrie lourde reste un terrain d’ambition, à l’heure où l’attention se porte massivement ailleurs.


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