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Antoine Puymirat a annoncé le 8 juillet que Planity, sa plateforme de prise de rendez-vous pour les salons de coiffure et les instituts de beauté, était devenue rentable. La société revendique dans le même temps plus de 80 millions d’euros de revenus annuels récurrents, dix ans après son lancement. Aucune levée spectaculaire ni valorisation record n’accompagne l’annonce, ce qui la rend d’autant plus lisible.
Le nom du dirigeant circule peu hors du cercle des investisseurs, alors que son parcours en fait l’un des rares entrepreneurs français à avoir réussi deux fois dans le même métier. La réservation en ligne est son terrain depuis presque vingt ans, d’abord auprès des médecins, désormais auprès des coiffeurs.
Sa trajectoire éclaire une question qui traverse aujourd’hui l’écosystème français, alors que le spécialiste français du reconditionné et plusieurs autres pépites viennent de franchir le même cap. Comment construit-on une entreprise de logiciel rentable en France, et que fait-on de cette rentabilité une fois acquise ?
Une deuxième entreprise bâtie sur les leçons de la première
Planity n’est pas le coup d’essai d’Antoine Puymirat. Sa première société, ClicRDV, proposait déjà la réservation en ligne, aux professionnels de santé cette fois. Elle a été cédée au groupe Pages Jaunes en 2011, et son fondateur en est resté à la direction quatre années supplémentaires, à la tête d’une équipe de 70 personnes.
Le bilan de cette période se chiffre en volume plutôt qu’en valorisation : plus de 100 millions de rendez-vous traités en ligne. Il quitte l’entreprise en 2015 avec une connaissance rare du métier, et surtout la conviction qu’un marché fragmenté de professionnels indépendants se conquiert lentement, contrat par contrat.
Planity démarre en 2016 avec deux associés, dont l’ancien directeur technique de ClicRDV. Le choix de repartir sur le même métier, mais sur un secteur différent, relève d’un calcul assumé : partir d’un marché connu réduit la part d’incertitude là où la plupart des créateurs cumulent apprentissage produit et apprentissage sectoriel.
Le refus de la commission, choix fondateur
Le modèle économique retenu dès l’origine tranche avec celui des plateformes grand public. Planity ne prélève aucune commission sur les rendez-vous pris et facture un abonnement mensuel ou annuel aux salons référencés. L’entreprise s’est donc construite en logiciel vendu aux professionnels, pas en place de marché rémunérée à la mise en relation.
Ce positionnement a un coût commercial immédiat, puisqu’il faut convaincre chaque salon de payer par avance. Il a en revanche produit une base de revenus prévisible, condition nécessaire d’un passage à l’équilibre. Les concurrents européens ont fait l’inverse, Treatwell prélevant une commission sur les nouveaux clients apportés par sa vitrine.
Dix ans de chiffres, de 3 000 à 60 000 établissements
La progression de la plateforme se lit mieux en volumes qu’en tours de table. Cinq données résument la décennie écoulée et le point d’arrivée annoncé début juillet :
- 3 000 établissements partenaires en 2019, contre 60 000 aujourd’hui ;
- plus de 500 millions de rendez-vous pris via la plateforme en dix ans ;
- plus de 80 millions d’euros de revenus annuels récurrents, soit environ 91 millions de dollars ;
- 45 millions d’euros levés en 2024 pour financer le développement en Allemagne et en Belgique ;
- 10 000 établissements dans ces deux pays, qui doivent peser près de 15 % de l’activité en fin d’année.
Le seuil symbolique se situe désormais à moins de 10 millions de dollars, distance qui sépare Planity du club des centaures, ces sociétés qui dépassent 100 millions de dollars de revenus récurrents. La barre devrait tomber avant la fin de l’exercice au rythme actuel.
L’objectif affiché pour la même échéance porte sur 70 000 établissements partenaires. Ce chiffre suppose de continuer à recruter dans un marché déjà largement équipé, ce qui ramène la croissance vers deux relais : l’étranger et les métiers voisins.
La rentabilité comme argument dans un marché européen disputé
Le secteur de la réservation beauté n’a rien d’un espace vide. Treatwell, Fresha et Booksy occupent l’Europe avec des modèles différents, et la britannique Fresha a franchi le milliard de dollars de valorisation lors de son dernier tour de table. La consolidation viendra de celui qui tiendra le plus longtemps sans dépendre d’un nouveau financement.
C’est précisément ce que dit l’annonce du 8 juillet. Une entreprise rentable choisit son calendrier et négocie en position de force, refuse une valorisation qu’elle juge basse et arbitre elle-même ses acquisitions. À l’inverse, une plateforme qui brûle sa trésorerie subit le sien.
En une décennie, nous avons prouvé la puissance et la viabilité de notre modèle, d’abord en France, puis avec succès en Allemagne et en Belgique
Antoine Puymirat, cofondateur et directeur général de Planity, cité par Maddyness le 8 juillet 2026
La formulation dit l’essentiel de la méthode. Le dirigeant ne revendique pas une percée technologique mais la réplication d’un modèle déjà éprouvé, marché par marché, ce qui est un discours d’industriel plutôt que de fondateur de logiciel.
Le bien-être, prochain terrain de conquête
L’élargissement annoncé vise les métiers du bien-être, de la réflexologie à la sophrologie en passant par l’hypnothérapie, le coaching de vie et la massothérapie. La société estime ce bassin à environ 70 000 professionnels à conquérir, soit un potentiel comparable à sa base actuelle de salons.
L’argument de vente repose sur un assistant téléphonique automatisé, capable de répondre aux appels entrants, de proposer des créneaux, de traiter les demandes courantes et d’inscrire les réservations dans l’agenda, y compris en dehors des horaires d’ouverture. Pour un praticien seul dans son cabinet, la promesse est concrète, à la différence de nombre de gains annoncés par l’automatisation dans les grandes organisations.
Ce que la barre des centaures met en jeu
Le franchissement de ce seuil placera Planity dans une catégorie où les options se compliquent. Une société à 100 millions de dollars de revenus récurrents et rentable intéresse mécaniquement les fonds de croissance, les acquéreurs industriels et, à terme, les marchés financiers. Son fondateur a déjà vendu une entreprise à un groupe coté, expérience qui pèsera dans l’arbitrage.
Le sujet de fond reste l’international. Deux pays et 15 % de l’activité après dix ans, c’est peu au regard des ambitions européennes affichées dès 2017, dans un secteur où les grands groupes cosmétiques imposent leurs marques à l’échelle mondiale depuis longtemps. La prochaine phase dira si la méthode lente se transpose ou si elle tient à un terrain de jeu français.
Reste une question que peu d’entrepreneurs français ont eu l’occasion de trancher deux fois. Après avoir cédé sa première société à quatre ans de sa vente, Antoine Puymirat conserve cette fois la main sur le calendrier, et c’est précisément ce que la rentabilité achète.

