Open Cosmos lève 300 millions d’euros et industrialise le satellite à la chaîne

Open Cosmos a bouclé le 14 septembre un tour de table de 300 millions d'euros mené par des investisseurs européens. L'entreprise revendique quatre usines et une capacité d'un satellite par jour, dans un marché où la commande publique fixe désormais le rythme.

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Une entreprise qui construit des satellites vend rarement des satellites. Elle vend un accès à l’orbite, une capacité de transmission, une image exploitable. Open Cosmos, fondée au Royaume-Uni et implantée en Espagne, au Portugal et en Grèce, s’est construite sur cette bascule : fabriquer l’engin et vendre le service qu’il rend, plutôt que la machine elle-même.

La société a annoncé le 14 septembre 2026 la clôture d’un tour de table de 300 millions d’euros, l’un des plus importants levés cette année par un acteur spatial européen. Le montant place l’entreprise dans une catégorie où la contrainte cesse d’être financière pour devenir industrielle. Comment une société d’environ 400 salariés compte-t-elle absorber une somme pareille ?

Un tour de table européen à 300 millions d’euros

Le financement a été mené par des investisseurs européens, avec la participation d’ETF Partners, de Lightrock, de British Columbia Investment Management Corporation, de l’Institut Català de Finances et d’Entrepreneurs First. Convex, le National Security Strategic Investment Fund, Phoenix Court, maison mère de LocalGlobe et de Latitude, ainsi que Claret Capital Partners ont également participé. La présence d’un fonds lié à la sécurité nationale britannique en dit long sur la nature des débouchés visés.

Le calendrier n’est pas neutre. L’investissement mondial en capital-risque dans le spatial a atteint 11,3 milliards de dollars sur le seul premier semestre 2026, contre 10,1 milliards sur l’ensemble de l’année 2025, selon les chiffres cités par Open Cosmos. Le secteur a donc absorbé en six mois davantage de capitaux qu’en douze mois l’an dernier.

Cette accélération se lit aussi sur le marché européen, où les opérations se succèdent à un rythme inédit. The Exploration Company avait bouclé 450 millions de dollars en septembre pour amener sa capsule jusqu’à la station spatiale, quelques jours après que PLD Space a décroché 158,9 millions d’euros auprès de l’Agence spatiale européenne.

Quatre briques qui couvrent toute la chaîne du satellite

L’organisation industrielle d’Open Cosmos tient en quatre lignes de produits, chacune correspondant à un maillon de la chaîne de valeur. Aucune ne se vend isolément du reste, ce qui explique en partie la taille du financement requis.

  • OpenOrbit conçoit, fabrique et opère les satellites pour le compte de gouvernements, d’agences spatiales et d’entreprises ;
  • OpenConstellation permet à plusieurs organisations de partager une même infrastructure orbitale plutôt que de financer chacune la sienne ;
  • ConnectedCosmos assure les liaisons haut débit et les communications de l’internet des objets entre les satellites, l’orbite et le sol ;
  • DataCosmos traite les images et les données de capteurs pour produire un renseignement exploitable en temps quasi réel.

L’intérêt du modèle tient au partage de l’infrastructure. Une agence régionale qui n’a pas les moyens d’une constellation propre accède à des créneaux d’observation sur une constellation mutualisée, pour une fraction du coût. Le satellite devient une ressource louée plutôt qu’un actif immobilisé.

Une capacité de production d’un satellite par jour

L’entreprise exploite aujourd’hui quatre usines en Europe, avec une capacité affichée d’un satellite par jour. Le chiffre paraît spectaculaire rapporté aux cycles traditionnels du spatial, où un programme institutionnel se compte en années. Il traduit surtout un basculement vers la petite plateforme standardisée, produite en série plutôt qu’en exemplaire unique.

Le fondateur et directeur général Rafel Jorda Siquier place cette intégration au centre de son argumentaire commercial, en insistant sur le passage de l’infrastructure au service.

En réunissant les satellites, les communications sécurisées et les services de données pilotés par l’IA, nous créons un système qui transforme l’information venue de l’orbite en quelque chose sur quoi les gouvernements et les entreprises peuvent agir. Cet investissement nous permet d’accélérer cette vision.

Rafel Jorda Siquier, fondateur et directeur général d’Open Cosmos, lors de l’annonce du tour de table du 14 septembre 2026

La souveraineté orbitale devient un poste budgétaire public

La demande ne vient pas principalement du secteur privé. Les gouvernements européens investissent dans des capacités souveraines de communication par satellite et d’observation de la Terre, mouvement que la remontée générale des budgets de défense a considérablement accéléré. Un besoin militaire et civil se recouvre largement sur ces infrastructures, ce qui sécurise les carnets de commandes.

La loi de programmation militaire actualisée du 16 août 2026 illustre cette dynamique côté français, avec 36 milliards d’euros supplémentaires et de nouvelles obligations pour les industriels de la défense. Les commandes publiques deviennent le premier moteur du secteur, avec les contraintes de traçabilité et de sécurité qui les accompagnent.

La position d’Open Cosmos sur ce terrain reste toutefois disputée. Airbus Defence and Space et Thales Alenia Space dominent les gros programmes institutionnels, tandis qu’une dizaine de jeunes sociétés européennes se partagent le segment des petites plateformes. Le financement obtenu sert d’abord à tenir ce rythme de course.

Un modèle d’intégration verticale qui se paie en capital

Couvrir la conception, la fabrication, la connectivité et le traitement de données suppose de porter simultanément quatre métiers qui n’ont ni les mêmes cycles, ni les mêmes marges. L’assemblage de satellites mobilise des immobilisations lourdes, quand le traitement de données relève d’une économie logicielle. Cette combinaison explique l’ampleur du tour de table autant que l’ambition affichée.

Le pari se retrouve ailleurs dans l’industrie européenne, chez des sociétés qui refusent de se cantonner à un maillon. HyImpulse avait levé plus de 50 millions d’euros pour rendre le lancement spatial européen rentable, avec la même logique de maîtrise de bout en bout. La rentabilité, elle, reste rarement documentée à ce stade de maturité.

Open Cosmos annonce vouloir renforcer ses équipes d’ingénierie, de production et de logiciel dans ses quatre pays d’implantation. Recruter des profils systèmes, radiofréquence et traitement d’images en Europe suppose d’aller les chercher chez des concurrents mieux installés, ce qui pèse sur la masse salariale bien avant que les revenus ne suivent.

La séquence est classique pour toute entreprise qui passe du prototype à la série. Le capital finance une capacité industrielle que la demande doit ensuite remplir, faute de quoi l’outil devient un coût fixe. Les quatre usines actuelles fonctionnent déjà, la question porte sur leur taux de charge dans dix-huit mois.

Le prochain test se jouera sur les carnets de commandes publics

Un tour de table valide une trajectoire, il ne valide pas un marché. Ce que les 300 millions d’euros achètent réellement, c’est du temps pour convertir une capacité en contrats récurrents, dans un secteur où les décisions d’achat relèvent d’arbitrages budgétaires publics et non d’un cycle commercial ordinaire.

L’observation reste valable au-delà du spatial. Toute entreprise qui industrialise avant d’avoir sécurisé sa demande déplace son risque du développement vers l’exploitation, et ce déplacement ne se voit ni dans le montant levé, ni dans le nombre d’usines annoncées. Il apparaît au premier trimestre où les lignes de production tournent à moitié pleines.


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