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- Un premier closing adossé à la banque publique britannique
- Six secteurs visés par le Growth Fund
- D’Esprit Capital à Molten Ventures, vingt ans de mues
- Près de 3 milliards d’euros annoncés par les fonds européens en 2026
- Le trou de financement des séries B, vu de France
- Ce que le retour du capital de croissance change pour les fondateurs
Un premier closing, en capital-investissement, désigne le moment où un fonds réunit assez d’engagements pour commencer à investir sans attendre d’avoir atteint sa taille cible. Molten Ventures, société de capital-risque britannique cotée à la Bourse de Londres, a annoncé le 7 septembre celui de son Growth Fund, à 203 millions d’euros sur une cible de 407 millions.
Le véhicule vise les tours de série B et au-delà, ce segment où une jeune entreprise a prouvé son marché mais doit financer son passage à l’échelle. La British Business Bank, banque de développement publique britannique, y entre comme investisseur socle à hauteur de 87 millions d’euros, Molten engageant les 116 millions restants. La puissance publique amorce, l’institutionnel privé est censé suivre.
Ce montage ressemble à ceux qui se multiplient en Europe depuis le début de l’année, du fonds deeptech barcelonais aux véhicules franco-allemands de défense. Que dit ce closing de l’accès réel au capital de croissance pour une entreprise européenne qui vient de boucler sa série A ?
Un premier closing adossé à la banque publique britannique
La British Business Bank apporte 87 millions d’euros, soit 75 millions de livres, et occupe la position d’investisseur socle. Ce statut n’a rien d’anodin dans la mécanique de levée : il signale aux institutionnels privés qu’un tiers de confiance a instruit le dossier, ce qui réduit le coût d’analyse des souscripteurs suivants et accélère les closings intermédiaires.
La relation n’est pas nouvelle. L’institution publique investit dans la plateforme cotée de Molten depuis 2018 et a co-investi à ses côtés dans plusieurs entreprises technologiques britanniques, parmi lesquelles SatVu, IMU Biosciences, Thought Machine et Paragraf. Huit ans d’antériorité expliquent la rapidité du montage, là où un gérant sans historique aurait dû lever auprès d’investisseurs qu’il ne connaissait pas.
Le reliquat de 116 millions d’euros vient du bilan de Molten elle-même. Une société cotée qui engage ses propres fonds aux côtés de tiers aligne les intérêts mais immobilise sa trésorerie, celle-là même que ses actionnaires auraient pu attendre sous une autre forme.
Six secteurs visés par le Growth Fund
Le fonds n’a pas vocation à couvrir l’ensemble du spectre technologique. Six domaines sont explicitement cités par le gérant, tous caractérisés par des besoins capitalistiques lourds et des cycles de développement longs.
- L’espace, où la souveraineté européenne a réactivé la commande publique ;
- L’intelligence artificielle, sur ses couches applicatives comme sur son infrastructure ;
- La fintech, marché historique de la place londonienne ;
- Le quantique, encore largement pré-commercial ;
- La deeptech et le hardware, les deux segments les plus consommateurs de capital.
Cette liste dessine une thèse d’investissement assumée. Aucun de ces secteurs ne se finance sur douze mois, ce qui suppose des poches capables de suivre sur plusieurs tours successifs, précisément ce qui manque le plus aux fonds européens de taille intermédiaire.
D’Esprit Capital à Molten Ventures, vingt ans de mues
La société a été fondée en 2006 sous le nom d’Esprit Capital, est devenue Draper Esprit en 2015, puis Molten Ventures en novembre 2021. Sa cotation à Londres lui donne une particularité rare dans le capital-risque européen : des investisseurs boursiers accèdent à un portefeuille d’entreprises non cotées, avec la liquidité quotidienne que cela implique.
Les chiffres cumulés situent la maison. Depuis 2016, plus de 1,1 milliard d’euros ont été déployés et plus de 931 millions d’euros de produits de cession ont été réalisés, pour un encours sous gestion supérieur à 2,3 milliards d’euros à l’échelle du groupe. Plus de quarante opérations de croissance ont été bouclées en dix ans, pour un montant supérieur à 814 millions d’euros.
Il n’y a pénurie ni de fondateurs exceptionnels ni d’entreprises technologiques au Royaume-Uni et en Europe ; ce qui leur manque trop souvent, c’est un capital de croissance suffisant pour devenir des leaders mondiaux.
Ben Wilkinson, directeur général de Molten Ventures, dans l’annonce du premier closing du Growth Fund, le 7 septembre 2026
Près de 3 milliards d’euros annoncés par les fonds européens en 2026
Le closing de Molten s’inscrit dans une vague de formation de capital que l’Europe n’avait plus connue depuis plusieurs années. Les véhicules annoncés depuis janvier totalisent environ 3 milliards d’euros de capitaux déclarés.
| Véhicule | Ancrage | Montant annoncé en 2026 |
|---|---|---|
| Kembara | Barcelone, deeptech | 750 millions d’euros (premier closing) |
| E2D | Franco-allemand, défense | 500 millions d’euros |
| Earlybird VC | Berlin, technologie | 360 millions d’euros |
| Seedcamp | Londres, amorçage | 279 millions d’euros |
| Molten Ventures | Londres, croissance | 203 millions d’euros (premier closing) |
| SlateVC | Paris, climat | 132 millions d’euros (premier closing) |
La lecture de ce tableau est moins flatteuse qu’il n’y paraît. Un seul véhicule dépasse le demi-milliard d’euros, alors qu’un tour de série C dans le hardware ou le quantique mobilise couramment plusieurs centaines de millions à lui seul.
La comparaison avec l’échelle américaine reste défavorable, mais la dynamique compte : ces fonds n’existaient pas il y a dix-huit mois, et plusieurs d’entre eux ont bouclé leur premier closing en moins de six mois.
Le trou de financement des séries B, vu de France
Une entreprise française qui a levé sa série A trouve rarement en Europe l’investisseur capable d’écrire un chèque de 50 à 100 millions d’euros au tour suivant. Elle se tourne alors vers des fonds américains ou asiatiques, avec les conséquences que cela emporte sur la gouvernance et, souvent, sur la localisation du siège. Le capital de croissance conditionne l’ancrage territorial autant que la trajectoire financière.
Les initiatives publiques tentent de combler l’écart par des mécanismes voisins de celui retenu par la British Business Bank. L’Irlande a proposé un fonds de fonds pour mobiliser l’épargne institutionnelle vers ses start-up, sur le modèle danois. La logique est partout la même : un investisseur socle public, puis un appel aux assureurs et aux fonds de pension.
Les exemples de tours européens de grande taille existent, comme une valorisation portée à 13,3 milliards de dollars chez l’éditeur suédois Lovable, ou les 116,7 millions d’euros réunis par le spécialiste britannique de l’anode silicium. Ils restent des exceptions statistiques plutôt que le régime ordinaire du financement européen.
Ce que le retour du capital de croissance change pour les fondateurs
Un dirigeant qui prépare sa prochaine levée lit ces annonces autrement qu’un observateur de marché. Chaque véhicule nouveau modifie la carte des interlocuteurs possibles, et un fonds dédié aux séries B+ signifie concrètement qu’un dossier refusé faute de poche adaptée peut redevenir instruisible. Le calendrier de levée se cale sur celui des fonds, pas l’inverse.
Reste la question que ces closings ne tranchent pas. Molten vise 407 millions d’euros et n’en a réuni que la moitié ; la suite dépend de la capacité des assureurs et des fonds de pension européens à orienter une fraction de leurs encours vers une classe d’actifs qu’ils ont longtemps tenue à distance. C’est ce second closing qui dira si la vague tient, bien plus que l’annonce du premier.

