Vieillissement européen : Solace Care lève 2,1 millions d’euros

La plateforme suédoise Solace Care fait vendre par les assureurs vie un accompagnement des familles avant et après un décès, et revendique déjà 25 000 vies couvertes dans les pays nordiques. Son amorçage de 2,1 millions d'euros arrive alors que la part des 65 ans et plus atteint 22 % de la population de l'Union européenne.

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Un contrat d’assurance vie verse un capital, puis s’arrête là. Les démarches qui suivent un décès, elles, s’étalent sur des mois et retombent entièrement sur les proches : résiliation des contrats, succession, banques, administrations, opérateurs. C’est cet angle mort que Solace Care veut occuper, avec un service vendu par les assureurs eux-mêmes.

La jeune société stockholmoise a annoncé le 25 août 2026 une levée de 2,1 millions d’euros en amorçage, présentée comme le plus gros tour de ce type pour une plateforme européenne dédiée à la fin de vie. Fondée en 2025, elle propose un dispositif en deux temps : un espace numérique où l’assuré consigne ses volontés et ses documents, puis un accompagnement de la famille, organisme par organisme, une fois le décès survenu.

Le calendrier n’a rien de fortuit. La part des 65 ans et plus dans la population de l’Union européenne est passée de 17 % en 2005 à 22 % en 2025, selon Eurostat. Un marché se forme là où la couverture s’arrête aujourd’hui. Les assureurs européens sont-ils prêts à vendre autre chose qu’une indemnité ?

Un tour d’amorçage adossé au secteur de l’assurance

Le tour a été mené par Spintop Ventures, avec la participation de Plug and Play, de Further Than Capital et de Wave Ventures. Sa composition en dit plus que son montant : l’essentiel des investisseurs particuliers vient du secteur de l’assurance nordique.

On y trouve Caroline Farberger, ancienne directrice générale d’ICA Försäkring, Fredrik Solberg, qui a dirigé Eir Insurance, Tomi Yli-Kyyny, ancien patron du finlandais Fennia, ou encore Stefan Moritz, ex-responsable de l’innovation chez Max Matthiessen. Ces profils apportent l’accès aux réseaux de distribution autant que du capital, ce qui est précisément le nerf de la guerre pour ce type de service.

Les deux fondateurs, Valtteri Korkiakoski et Josef Karakoca, ont participé à la construction de Mindler, une société de santé numérique. La plateforme revendique plus de 25 000 vies couvertes en Suède, en Finlande et en Norvège, à partir de premiers assurés enregistrés au milieu de l’année 2025.

Ce que le service prend en charge, avant et après

L’offre se décompose en prestations qui se déclenchent à des moments différents de la vie du contrat. Le détail éclaire mieux le positionnement que ne le fait le discours commercial.

  • La consignation des volontés et des documents dans un espace partageable avec les proches ;
  • La mise en ordre des affaires courantes du vivant de l’assuré ;
  • L’accompagnement des démarches administratives après le décès, institution par institution ;
  • Un soutien humain qui double la plateforme au lieu de s’y substituer ;
  • Une couverture étendue de l’assuré aux personnes qui accompliront réellement les démarches.

Le dernier point constitue le déplacement le plus net par rapport aux contrats classiques. La garantie ne protège plus seulement celui qui la souscrit, elle outille ceux qui restent, ce qui suppose de revoir la définition même du bénéficiaire.

Une distribution qui passe par les assureurs

Le service n’est pas vendu au grand public. Il est distribué par les assureurs vie et les courtiers, qui l’ajoutent aux contrats existants. Ce choix explique la progression rapide du nombre de vies couvertes : elle vient des partenaires, pas d’un budget publicitaire, expliquent les fondateurs.

Aujourd’hui, l’assurance verse une indemnité, puis la famille se retrouve livrée à elle-même pendant les six mois qui suivent. Nous redéfinissons l’assurance de personnes pour que le soutien ne se limite pas à un versement. Il doit aider la famille à tenir.

Valtteri Korkiakoski, directeur général et cofondateur de Solace Care, dans le communiqué annonçant le tour d’amorçage de la société, le 25 août 2026.

Cette approche rapproche la société d’autres acteurs qui redéfinissent le contenu du contrat plutôt que son prix, à l’image de ceux qui font de la prévention un produit d’assurance. Le contrat devient un service continu au lieu d’un simple transfert de risque.

Le vieillissement européen, toile de fond du marché

Les données démographiques donnent la mesure du gisement. D’après Eurostat, la part des personnes de 65 ans et plus dans l’Union européenne est passée de 17 % en 2005 à 22 % en 2025. La population de l’Union atteint son maximum autour de 2026, à environ 453,3 millions d’habitants, avant d’entamer un repli.

La projection de long terme accentue le mouvement. La part des personnes de 80 ans et plus devrait plus que doubler d’ici la fin du siècle, en passant de 6 % en 2021 à 14,6 %. Chaque décès ouvre une séquence administrative de plusieurs mois pour les proches, dans des systèmes juridiques et fiscaux qui diffèrent d’un pays à l’autre.

Le raisonnement des investisseurs tient à cette double contrainte. Le volume augmente mécaniquement, la complexité reste nationale, et cette combinaison laisse peu de place aux acteurs sous-dimensionnés. Aucun opérateur européen n’occupe encore ce segment à l’échelle du continent, ce qui explique l’appétit pour un premier entrant crédible.

L’assurtech européenne continue d’attirer les capitaux

Ce tour de table s’inscrit dans un flux d’investissement soutenu vers les technologies de l’assurance et les services distribués par les assureurs. Sur un an, plus de 199 millions d’euros ont été levés par des sociétés européennes proches de ce segment.

SociétéMontant levéObjet
Lassie (Stockholm)63,2 millions d’eurosAssurance animale fondée sur la prévention
mea Platform (Royaume-Uni)42,2 millions d’eurosPlateforme technologique pour l’assurance
Festina Finance (Copenhague)Plus de 25 millions d’eurosInfrastructure de retraite et d’assurance vie
Ominimo (Serbie-Hongrie)20,1 millions d’eurosAssureur valorisé 1,4 milliard d’euros
Oska Health (Francfort)11 millions d’eurosApplication de santé distribuée par les assureurs

Ces montants restent modestes au regard des levées de l’intelligence artificielle, mais ils traduisent une constance. Les capitaux vont vers les couches logicielles de l’assurance plutôt que vers de nouveaux porteurs de risque, une tendance que confirme aussi l’automatisation de la gestion des sinistres.

Le pari commun de ces sociétés consiste à rendre le contrat utile en dehors du sinistre. C’est aussi ce que défendent les partisans de l’accompagnement humain dans l’assurance, qui refusent de tout confier à l’automatisation.

Ce que ce pari doit encore démontrer

Le modèle repose sur une hypothèse forte : que les assureurs acceptent de payer pour un service qui s’exécute après leur propre prestation. Tant que la plateforme sert d’argument différenciant, l’intérêt se comprend. Il se dilue dès que tous les contrats l’intègrent, et la question du prix ressurgit alors.

L’expansion géographique constitue le second test. Les Pays-Bas et le Royaume-Uni figurent au programme, avec des conseillers commerciaux déjà nommés sur place, mais chaque pays impose son droit successoral et ses institutions. Ce qui fonctionne entre la Suède, la Finlande et la Norvège ne se transpose pas mécaniquement.

Le sujet dépasse en réalité l’assurance. Une société qui vieillit déplace la charge administrative vers des familles moins nombreuses et plus dispersées, et cette charge finit toujours par se monétiser, chez un assureur, une banque ou un notaire. Savoir qui s’en saisira décidera d’une part de la valeur créée dans les services financiers européens de la prochaine décennie.


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