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L’Europe passe souvent pour la grande absente de la course à l’intelligence artificielle, dominée par une poignée de géants américains. Une jeune entreprise suédoise vient bousculer ce récit à une vitesse déconcertante. Fondée fin 2023, Lovable s’est imposée comme l’une des startups à la croissance la plus rapide d’Europe, portée par la promesse de créer des logiciels à partir de simples phrases.
À sa tête, Anton Osika incarne une nouvelle génération d’entrepreneurs de la tech. Son pari consiste à démocratiser le développement logiciel grâce au vibe coding, cette pratique qui consiste à décrire une application en langage naturel pour laisser l’IA écrire le code. Alors que sa société négocierait une valorisation de 13,2 milliards de dollars, une question s’impose : qui est l’homme derrière cette ascension, et jusqu’où peut-il aller ?
Une ascension à une vitesse record
Le parcours de Lovable tient en quelques mois. Après avoir lancé en 2023 l’outil open source GPT-Engineer, capable de générer des projets logiciels à partir d’instructions écrites, Anton Osika cofonde Lovable à la fin de la même année avec Fabian Hedin. La plateforme atteint le statut de licorne huit mois seulement après son lancement, un rythme rare dans l’écosystème technologique européen.
Les chiffres donnent la mesure de l’emballement. En juin 2026, la société revendique 500 millions de dollars de revenus annualisés et un million de nouveaux projets créés chaque semaine sur sa plateforme. Selon Business Insider, elle avait franchi le seuil des 100 millions de dollars de revenus annualisés à l’été 2025, huit mois après son premier million. Peu d’entreprises technologiques peuvent se prévaloir d’une telle trajectoire.
Du CERN au logiciel, le parcours d’Anton Osika
Né en 1990 en Suède, Anton Osika n’est pas un autodidacte du code sorti de nulle part. Diplômé en physique de l’ingénierie et en mathématiques appliquées du prestigieux KTH Royal Institute of Technology, il commence sa carrière en travaillant sur la physique des particules au CERN. Ce socle scientifique nourrit une approche méthodique de l’ingénierie, loin de l’image du fondateur improvisé.
Son entrée dans l’entrepreneuriat se fait par étapes. Premier ingénieur de Sana Labs, une pépite suédoise de l’éducation qui a levé plus de 80 millions de dollars, il cofonde ensuite Depict.ai, où il occupe le poste de directeur technique. La startup, spécialisée dans la recommandation de produits pour le commerce en ligne, passe par l’accélérateur Y Combinator et séduit des investisseurs comme Tiger Global et EQT Ventures.
C’est cette expérience cumulée qui donne naissance à Lovable. En rendant public GPT-Engineer, Osika touche du doigt un besoin immense, celui de permettre à quiconque de transformer une idée en logiciel fonctionnel. Le projet devient viral, et sa version commerciale convertit cet engouement en modèle économique. Fabian Hedin, ancien responsable front-end de Depict, l’accompagne dans l’aventure.
Une concurrence féroce sur le marché du vibe coding
Le succès de Lovable n’a rien d’un long fleuve tranquille, car le vibe coding attire une nuée de rivaux aux poches profondes. Plusieurs acteurs se disputent ce marché naissant :
- Cursor, principal rival américain, dont la valorisation se compte en dizaines de milliards de dollars ;
- Replit, valorisée autour de 9 milliards de dollars, qui vise le même public de créateurs sans compétence technique ;
- Anysphere et Vercel, également positionnées sur l’assistance au code par l’intelligence artificielle ;
- les grands modèles généralistes, d’OpenAI à Anthropic, qui intègrent leurs propres capacités de génération de code.
Face à cette pression, Lovable met en avant un positionnement grand public qui vise les non-développeurs plutôt que les ingénieurs. Cette approche l’a conduite à séduire des entreprises, dont la licorne suédoise Klarna, plutôt que de se limiter aux particuliers. Ce choix stratégique rappelle que le vibe coding permet déjà de concevoir un logiciel rentable sans écrire de code.
Un pari à 13 milliards pour les investisseurs
La croissance de Lovable aiguise l’appétit des fonds. Selon Maddyness, la société négocierait un tour de table de 300 millions de dollars qui pourrait doubler sa valorisation pour atteindre 13,2 milliards de dollars. L’opération serait menée par Menlo Ventures, le fonds américain qui a misé très tôt sur Anthropic, le principal rival d’OpenAI.
Ce niveau de valorisation marquerait un bond spectaculaire. Fin 2025, Lovable avait déjà levé 330 millions de dollars auprès de CapitalG et de Menlo Ventures, pour une valorisation de 6,6 milliards de dollars. Doubler ce montant en quelques mois placerait la société suédoise parmi les pépites européennes les plus convoitées, dans le sillage des champions de l’IA générative.
Pour Anton Osika, l’enjeu dépasse la seule levée de fonds. Le dirigeant défend l’idée que le vibe coding ne se résume pas à un gain de productivité, mais annonce une transformation plus profonde de la manière de fabriquer des logiciels.
Ce n’est pas seulement un gain de productivité, c’est bien plus que cela. Je pense que c’est le début d’une nouvelle économie du logiciel.
Anton Osika, cofondateur et directeur général de Lovable, dans un entretien à Business Insider, en octobre 2025.
Ce que la trajectoire d’Osika dit de l’IA européenne
Le cas Lovable nourrit un espoir récurrent, celui de voir l’Europe produire des champions capables de rivaliser avec la Silicon Valley. La réussite d’Osika s’inscrit dans un mouvement plus large, aux côtés des champions européens de l’intelligence artificielle qui revendiquent une autonomie stratégique face aux géants américains.
Reste à savoir ce que fera Anton Osika de cette position. Les prochains mois diront s’il choisit d’accélérer à l’international, d’élargir sa plateforme au-delà de la création de sites et d’applications, ou de consolider ses marges face à une concurrence qui ne faiblit pas. Sa capacité à transformer une croissance fulgurante en rentabilité durable sera scrutée de près.
Au fond, la trajectoire de ce Suédois de 35 ans interroge la place de l’Europe dans une industrie en pleine réinvention. Entre la promesse d’un logiciel accessible à tous et l’essor d’une IA européenne devenue une industrie, le vibe coding pourrait redessiner la frontière entre ceux qui codent et ceux qui imaginent. La suite se jouera autant à Stockholm que dans la Silicon Valley.

