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L’immunothérapie a bouleversé le traitement du cancer, mais elle laisse un angle mort. Une large majorité des tumeurs solides restent invisibles aux défenses de l’organisme, et les traitements qui ont fait la gloire de l’oncologie moderne y échouent. C’est précisément sur ce terrain que se place une jeune biotech lyonnaise fondée en 2019, Brenus Pharma.
Le principe de l’immunothérapie consiste à réarmer le système immunitaire pour qu’il reconnaisse et détruise les cellules cancéreuses. Il fonctionne remarquablement sur certaines tumeurs, beaucoup moins sur celles que les spécialistes qualifient de tumeurs froides, indifférentes aux signaux d’alerte. Comment une société de taille modeste espère-t-elle avancer sur un problème qui résiste aux plus grands laboratoires du monde ?
Une extension de série A qui muscle une biotech lyonnaise
Le nerf de la guerre reste le financement. Brenus Pharma a annoncé en juillet une extension de 11 millions d’euros à son tour de table de série A, ce qui porte le total levé depuis sa création à 38 millions d’euros. La société avait déjà bouclé une première tranche de 22,2 millions d’euros en septembre 2024.
Ce tour de table réunit un attelage d’investisseurs révélateur de l’ancrage territorial et des ambitions de la société. Aux côtés d’historiques comme UI Investissement, Crédit Agricole ou Bpifrance, il fait entrer deux nouveaux venus internationaux, le belge Sambrinvest et le sud-coréen Korea Omega Investment Corp, premier investisseur institutionnel d’Asie-Pacifique à son capital. Selon la société, ce financement doit permettre d’achever son programme clinique en cours.
Pour une biotech, lever des fonds n’est pas une fin mais un carburant. Chaque tour sert à franchir une étape scientifique précise, ici la fin de l’essai de phase I du candidat vedette. Cette logique de jalons, propre au secteur, explique pourquoi la moindre annonce financière se lit comme un signal de confiance, à l’image d’autres biotechs françaises de la thérapie génique.
Réveiller les tumeurs froides, le pari technologique
Le cœur du projet tient dans une idée simple à formuler, complexe à réaliser. Environ 85 % des tumeurs solides sont dites froides, c’est-à-dire largement insensibles aux immunothérapies actuelles parce que le système immunitaire ne les repère pas. Brenus Pharma veut précisément les rendre visibles.
Sa plateforme, baptisée Stimulated Ghost Cells, imite l’expression des protéines tumorales pour déclencher une réponse immunitaire dirigée, capable de s’adapter à l’évolution de la tumeur. En mobilisant les cellules dendritiques, chefs d’orchestre de la réaction immunitaire, la technologie cherche à convertir une tumeur froide en tumeur réactive. L’approche se veut universelle plutôt que taillée sur mesure pour chaque malade.
Les atouts d’une plateforme prête à l’emploi
La différence majeure avec les thérapies cellulaires personnalisées tient à la fabrication. Là où un traitement comme les CAR-T exige de prélever et de modifier les cellules de chaque patient, Brenus mise sur une approche produite à l’avance et prête à l’emploi. Cet écart de modèle industriel dessine plusieurs avantages concrets :
- aucune manipulation cellulaire propre à chaque patient, donc des délais d’approvisionnement prévisibles ;
- des coûts de production jugés compétitifs face aux traitements individualisés ;
- une plateforme adossée à des capacités multi-omiques et à des partenariats exclusifs de banques de tumeurs ;
- un même socle technologique déclinable sur plusieurs tumeurs solides difficiles à traiter.
Cette promesse d’industrialisation compte autant que la science elle-même. Un traitement efficace mais impossible à produire en série ne change rien à la pratique, et c’est souvent là que se joue le passage à l’échelle d’une innovation médicale.
Une concurrence mondiale sur l’immuno-oncologie
Brenus avance sur un terrain déjà très disputé. L’immuno-oncologie attire les plus gros budgets de recherche de la pharmacie, et le médicament le plus vendu du secteur dépasse 25 milliards de dollars de chiffre d’affaires annuel. Le tableau ci-dessous situe l’approche de la biotech face aux grandes familles concurrentes :
| Approche | Fabrication | Tumeurs froides |
|---|---|---|
| Inhibiteurs de checkpoint | Standardisée | Peu efficaces |
| Thérapies CAR-T | Sur mesure, par patient | Efficacité limitée |
| Vaccins à ARN personnalisés | Sur mesure, par patient | Prometteurs mais complexes |
| Brenus, STC-1010 | Prête à l’emploi | Cible affichée |
Cette lecture reste schématique, chaque famille ayant ses domaines de force. Elle éclaire toutefois le positionnement de Brenus, qui ne cherche pas à battre les géants sur leur terrain mais à occuper l’espace qu’ils laissent vacant, loin des manœuvres des géants de la pharmacie mondiale.
STC-1010, le candidat qui doit faire ses preuves
Toute la stratégie repose pour l’instant sur un candidat, STC-1010, une immunothérapie testée contre le cancer colorectal métastatique. La société vise les formes dites MSS, qui représentent environ 95 % des cancers colorectaux métastatiques et résistent aux immunothérapies existantes. Le cancer colorectal figure parmi les plus fréquents au monde, avec près de 1,9 million de nouveaux cas chaque année selon l’Organisation mondiale de la santé.
Le programme a franchi une étape réglementaire clé : l’agence américaine du médicament a accepté la demande d’essai clinique, et les premiers patients de la phase I ont été traités. Chaque jalon franchi réduit l’incertitude qui pèse sur toute molécule expérimentale.
Ce financement va nous permettre d’achever le programme de phase I et de continuer à accélérer notre plateforme d’immunothérapie in vivo en faisant progresser notre prochain candidat-médicament.
Paul Bravetti, directeur général de Brenus Pharma, lors de l’annonce de l’extension de série A en juillet 2026
La phase I ne fait pourtant que vérifier la tolérance et les premiers signaux d’activité. Le chemin jusqu’à une éventuelle mise sur le marché compte encore plusieurs années et de lourds investissements, et beaucoup de candidats prometteurs s’arrêtent en route.
Le long chemin qui attend la biotech française
L’entrée d’un investisseur asiatique aux côtés des financeurs européens dit quelque chose de l’ambition affichée. Elle inscrit Brenus dans une compétition internationale où les capitaux suivent les validations cliniques, et où une biotech française doit convaincre bien au-delà de ses frontières pour espérer exister.
La trajectoire de la société se lira dans les résultats de sa phase I, puis dans sa capacité à décliner sa plateforme sur d’autres tumeurs. Pour l’écosystème français des sciences de la vie, l’enjeu dépasse une seule entreprise : il touche à la capacité du pays à transformer sa recherche de pointe en champions industriels, comme d’autres pépites de la deeptech française tentent de le faire.

