Frédéric Mazzella : avec Fred24, le cofondateur de BlaBlaCar clone son expertise entrepreneuriale

Le cofondateur de BlaBlaCar a lancé Fred24, un double numérique entraîné sur vingt ans de ses conseils et reproduisant sa voix. Derrière ce clone 100 % French Tech se joue la question de la valeur marchande de l'expérience à l'ère de l'IA.

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Il a fait du covoiturage un réflexe pour des millions d’Européens. Aujourd’hui, Frédéric Mazzella, cofondateur de BlaBlaCar, veut transformer vingt ans de conseils d’entrepreneur en un assistant disponible jour et nuit. Son nouveau projet, baptisé Fred24, est un double numérique entraîné sur ses propres contenus et capable de reproduire jusqu’à sa voix.

L’initiative n’est pas isolée. Plusieurs figures de la French Tech expérimentent ces clones d’intelligence artificielle censés industrialiser le mentorat entrepreneurial. Reste une question de fond : un algorithme nourri de conférences et d’interviews peut-il vraiment remplacer le regard d’un mentor en chair et en os ?

De BlaBlaCar à Fred24, le parcours d’un pionnier de la French Tech

Le nom de Frédéric Mazzella reste attaché à l’une des plus belles réussites de la tech française. Avec Nicolas Brusson et Francis Nappez, il a cofondé BlaBlaCar, devenu la référence mondiale du covoiturage longue distance. La plateforme poursuit son expansion et s’appuie désormais sur l’IA pour se lancer dans une vingtaine de nouveaux pays. Née en 2006, elle a rassemblé des dizaines de millions de membres à travers le monde et figure parmi les licornes françaises les plus emblématiques.

Entrepreneur en série, il a aussi cofondé Dift et multiplié les prises de parole publiques sur l’art de bâtir une entreprise. C’est ce capital d’expérience accumulé sur deux décennies qu’il cherche aujourd’hui à mettre en circulation autrement, à l’image d’autres bâtisseurs de l’IA française.

Un cofondateur numérique disponible à toute heure

Fred24 se présente comme un associé que l’on peut interroger à n’importe quelle heure. L’outil répond par écrit sous forme de chatbot, mais aussi à l’oral : on peut appeler le service et entendre une voix de synthèse qui imite celle de l’entrepreneur. Les réponses portent sur des décisions très concrètes, de la levée de fonds au recrutement en passant par le choix d’un associé.

Le principe repose sur une base de contenus considérable. L’assistant a été entraîné à partir des conférences, ouvrages, interviews et documents privés produits depuis la création de BlaBlaCar, puis mobilisés par une technique de génération augmentée par la recherche.

L’IA écoute et s’adapte aux questions, puis elle va puiser ses réponses dans les milliers de contenus écrits ou audio, publics comme privés, sur lesquels nous l’avons entraînée.

Frédéric Mazzella, lors du lancement de Fred24 en juillet 2026

Cette promesse de fidélité au modèle humain est au cœur de l’argument commercial. En donnant accès à un double qui répond comme lui, Mazzella prolonge sa présence bien au-delà de son emploi du temps.

Une offre 100 % French Tech

Derrière Fred24 se cache un assemblage revendiqué de briques françaises. La chaîne technique mobilise plusieurs acteurs de l’écosystème national, du modèle de langage à la voix.

  • l’application est conçue par Miria, une plateforme de création d’IA personnalisées fondée fin 2025 ;
  • le moteur de langage s’appuie sur la technologie de Mistral ;
  • la synthèse vocale qui reproduit la voix de Mazzella est signée le spécialiste français Gradium ;
  • l’accès est gratuit pour une dizaine de questions, puis facturé 399 euros hors taxes pour six mois ou 699 euros hors taxes pour douze mois.

Cet ancrage national n’est pas qu’un argument de communication. Il illustre la montée en puissance d’un écosystème français de l’IA capable de fournir modèle de langage, voix de synthèse et interface, sans dépendre des géants américains.

Un marché des clones IA qui se peuple vite

Frédéric Mazzella n’est pas seul sur ce terrain. La création de doubles numériques d’entrepreneurs connaît une accélération nette, en France comme à l’étranger. Le tableau ci-dessous donne un aperçu des acteurs déjà positionnés.

ActeurCe qu’il propose
Frédéric MazzellaFred24, un clone conçu avec Miria
Miria27 profils, dont Jean de la Rochebrochard et Guillaume Moubeche
Eric Larchevêqueun assistant IA intégré à son club SKL
Delphi (États-Unis)des « digital minds » pour coachs et dirigeants

Ce foisonnement dessine un marché naissant mais déjà concurrentiel, où la notoriété du porteur compte autant que la technologie. Un investisseur comme Eric Larchevêque, cofondateur de Ledger, ou un dirigeant de la transformation numérique comme celui d’Inetum, y voient un prolongement naturel de leur influence. Outre-Atlantique, la startup Delphi, née dans le sillage de ChatGPT, a levé plusieurs millions de dollars auprès de fonds de premier plan pour industrialiser ces répliques numériques.

Ce que ces clones savent faire, et ce qui leur échappe

L’intérêt de ces outils est réel pour qui cherche une réponse rapide et documentée. Un entrepreneur pressé peut obtenir, à toute heure, une recommandation nourrie par des centaines d’heures d’expérience. La disponibilité permanente est un atout que nul mentor humain ne peut offrir, et cette matière condensée fait gagner un temps précieux sur des questions déjà mille fois posées.

La limite tient à la nature même du conseil. Un dirigeant ne cherche pas seulement une méthode : il attend un regard extérieur, une contradiction, une lecture fine de son contexte particulier. Autant de dimensions difficiles à restituer à partir d’une simple base de contenus, aussi riche soit-elle.

La valeur de ces clones dépendra donc de la qualité des données d’entraînement, mais aussi de leur capacité à signaler leurs propres incertitudes. Mal calibré, un double numérique risque de délivrer des certitudes là où l’humain aurait nuancé.

Vers une nouvelle façon de monétiser l’expertise

Pour une génération d’entrepreneurs à forte notoriété, Fred24 esquisse un modèle économique inédit : transformer une bibliothèque de contenus en un service permanent, capable de répondre à des centaines d’utilisateurs en même temps, sans mobiliser le temps de son auteur.

L’avenir dira si ces assistants deviennent la première ligne de consultation des créateurs d’entreprise, avant le recours à un mentor humain, ou s’ils restent un simple gadget de notoriété. Pour Frédéric Mazzella, l’enjeu dépasse son cas personnel : il teste, grandeur nature, la valeur marchande de l’expérience à l’ère de l’intelligence artificielle.


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