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Le 2 juillet 2026, une entreprise européenne a discrètement fait tomber une barrière que l’on croyait réservée aux Américains. Ce jour-là, IQM est devenue le premier acteur quantique européen coté sur une grande place américaine, en faisant ses débuts sur le Nasdaq sous le symbole IQMX. Née à Espoo, en Finlande, cette société conçoit des ordinateurs quantiques, des machines qui exploitent les lois de la physique des particules pour traiter certains calculs hors de portée des ordinateurs classiques.
L’événement dépasse la simple opération financière. Il intervient alors que l’Europe s’inquiète de voir ses pépites technologiques rachetées ou aspirées outre-Atlantique, et que la course au calcul quantique oppose déjà géants industriels et jeunes pousses très capitalisées. Pour un continent qui cherche des champions capables de tenir le rythme, la question est directe : la cotation d’IQM marque-t-elle une vraie montée en puissance européenne, ou un simple sursis dans une bataille déjà dominée par les États-Unis ?
Une entrée en Bourse qui fait date
Le passage en Bourse s’est fait par la voie rapide d’une fusion avec un véhicule coté, Real Asset Acquisition Corp., plutôt que par une introduction classique. L’opération valorise l’entreprise autour de 1,9 milliard de dollars et lui laisse une trésorerie pro forma de 337 millions d’euros, de quoi financer plusieurs années de recherche et d’industrialisation sans dépendre immédiatement d’un nouveau tour de table.
La cotation s’est doublée, dès le lendemain, d’une inscription sur le Nasdaq d’Helsinki, sous le même code. Ce double ancrage résume la stratégie : capter les capitaux américains, réputés plus généreux avec les technologies de rupture, tout en gardant un pied dans son écosystème d’origine. Pour les investisseurs européens, l’occasion de miser sur un pur acteur quantique reste rare, ce qui a nourri l’attention portée à cette arrivée.
Une pépite née de la recherche finlandaise
Fondée en 2018 et installée à Espoo, avec de fortes opérations à Munich, IQM emploie aujourd’hui plus de 400 personnes réparties entre l’Europe, l’Asie et l’Amérique du Nord. L’entreprise mise sur les qubits supraconducteurs et sur un modèle intégré, du processeur jusqu’à la couche logicielle, qui lui permet de livrer des systèmes complets plutôt qu’un simple accès distant.
Les chiffres commerciaux donnent la mesure de sa trajectoire. IQM revendique 23 ordinateurs quantiques vendus dans le monde, plus que tout autre fabricant selon ses propres données, pour un chiffre d’affaires de 31 millions d’euros en 2025 et un carnet de commandes supérieur à 67 millions d’euros. Un rythme encore modeste à l’échelle de l’industrie informatique, mais rare dans un secteur où la plupart des acteurs vendent surtout des promesses.
L’informatique quantique atteint un point d’inflexion. Partout dans le monde, les organisations passent de l’exploration à la mise en œuvre, investissent dans des infrastructures quantiques et bâtissent les capacités qui définiront la prochaine génération d’informatique.
Jan Goetz, cofondateur et directeur général d’IQM, communiqué du 2 juillet 2026
Face aux géants américains
La cotation ne fait pas disparaître le rapport de force. Sur le calcul quantique, IQM affronte des mastodontes aux moyens sans commune mesure, à commencer par les laboratoires d’IBM et de Google, mais aussi des sociétés américaines déjà cotées comme IonQ ou Rigetti. Le tableau ci-dessous situe quelques-uns des acteurs qui structurent la compétition :
| Acteur | Pays | Approche | Statut boursier |
|---|---|---|---|
| IQM | Finlande | Supraconducteur | Coté au Nasdaq depuis juillet 2026 |
| IBM | États-Unis | Supraconducteur | Coté de longue date |
| IonQ | États-Unis | Ions piégés | Coté au Nasdaq |
| Pasqal | France | Atomes neutres | En route vers la Bourse |
La bataille n’oppose pas seulement l’Europe aux États-Unis. Elle traverse aussi le Vieux Continent, où un rival français déjà tourné vers la Bourse américaine défend une technologie différente, celle des atomes neutres. Cette diversité d’approches est une richesse autant qu’un risque, aucune n’ayant encore prouvé sa supériorité définitive.
Les atouts d’un modèle souverain
Si IQM séduit institutions publiques et centres de calcul, c’est largement grâce à un positionnement que ses concurrents américains offrent rarement : la propriété directe de la machine. Plutôt que de louer du temps de calcul dans un nuage lointain, le client installe et pilote son propre ordinateur quantique. Plusieurs atouts nourrissent cette dynamique :
- des systèmes complets et à architecture ouverte, que le client possède et fait évoluer ;
- des déploiements sur site déjà actifs, du centre CINECA en Italie au laboratoire national d’Oak Ridge aux États-Unis ;
- une avancée récente en correction d’erreurs, étape clé vers un calcul tolérant aux pannes ;
- une première vente à une entreprise japonaise, signe d’une traction hors d’Europe.
Ce modèle répond à une préoccupation devenue centrale pour les États, celle de la souveraineté technologique européenne. Posséder son infrastructure de calcul, plutôt que d’en dépendre, devient un argument stratégique autant que commercial auprès des gouvernements et des laboratoires de recherche.
Un pari sur un marché encore incertain
Toute l’ambition d’IQM repose pourtant sur une promesse non encore tenue à l’échelle industrielle. L’entreprise elle-même reconnaît que l’avenir de la technologie reste incertain : les ordinateurs quantiques accumulent encore des erreurs, leurs cas d’usage rentables restent limités, et la rentabilité de la filière n’est pas acquise. La cotation apporte des moyens, pas des garanties.
Le pari se joue sur le calendrier. Les gouvernements et les grandes entreprises multiplient les investissements dans le calcul de nouvelle génération, portés par des applications attendues en chimie, en optimisation ou en cybersécurité. Reste le revers européen, pointé par le risque de rachat des pépites du continent : une cotation américaine peut consolider une entreprise comme la rendre plus vulnérable à une prise de contrôle extérieure.
Ce que la cotation d’IQM dit de l’Europe tech
Au-delà du cas finlandais, l’arrivée d’IQM à Wall Street agit comme un test grandeur nature pour l’écosystème européen. Elle montre qu’un acteur de la deep tech peut atteindre les marchés mondiaux sans renier ses racines, mais elle rappelle aussi que les capitaux les plus profonds restent américains. Les prochains trimestres diront si cette cotation a servi de tremplin à une filière européenne durable ou si elle a surtout ouvert la porte à une lente absorption par les logiques d’outre-Atlantique. La réponse se lira moins dans le cours de Bourse que dans la capacité du continent à transformer ses percées scientifiques en champions qui restent maîtres de leur destin.

