Mercredi 21 octobre 2026

En continu

Finance

Wavo lève 10 millions d’euros pour transformer le stock des PME en trésorerie

La fintech lyonnaise rachète temporairement les marchandises de ses clients pour libérer leur trésorerie sans dette. Un modèle qui séduit Eurazeo, mais dont le coût réel dépend de la vitesse à laquelle le stock tourne.

Responsable logistique souriante consultant un tableau de bord de stocks sur tablette dans un entrepôt
Wavo rachète temporairement les marchandises de ses clients, qui restent en entrepôt et sont rachetées au fil des ventes.

La fintech lyonnaise Wavo a bouclé en octobre 2026 une levée de 10 millions d’euros menée par Eurazeo, avec Axeleo Capital et l’accélérateur HUB612. Son pari tient en une idée simple : le stock qui dort en entrepôt est une trésorerie immobilisée, et une entreprise peut la libérer sans s’endetter. L’opération a été entièrement réalisée en fonds propres, selon Maddyness.

Le financement de stock consiste à céder temporairement des marchandises à un tiers qui les paie comptant, puis à les racheter au fil des ventes. La formule existe depuis longtemps dans le négoce de matières premières, mais elle reste rare dans les PME françaises, habituées au découvert et au crédit de trésorerie. Que vaut ce modèle pour un dirigeant, et à quel prix l’argent du stock se paie-t-il ?

Un rachat temporaire du stock plutôt qu’un crédit

Wavo achète les marchandises de son client et le paie immédiatement. Les produits ne bougent pas : ils restent dans les locaux de l’entreprise, qui continue de les vendre et les rachète au fur et à mesure de ses ventes. La fintech ne facture aucun intérêt et se rémunère par une majoration sur le prix de rachat, de l’ordre de 102 à 105 pour 100 achetés, selon le détail publié par Maddyness le 13 octobre.

La plateforme se branche sur le logiciel de gestion du client, quel que soit l’ERP, et des agents d’intelligence artificielle analysent la rotation des références et le cycle de trésorerie. Le financement peut être débloqué sous 48 heures, indique la société dans l’annonce de sa levée de fonds. Les opérations vont aujourd’hui de 200 000 à 2 millions d’euros par entreprise.

Juridiquement, l’opération n’est pas un prêt mais une vente suivie d’un rachat. C’est ce qui permet à Wavo de présenter son offre comme un financement sans dette pour l’entreprise cliente, complémentaire des lignes bancaires plutôt que concurrente. Ce positionnement s’appuie sur une traction déjà mesurable.

Les chiffres d’une fintech créée en 2024

La jeune pousse affiche, deux ans après sa création, des volumes rarement atteints aussi vite dans le financement :

  • environ 100 entreprises clientes, dans la distribution, l’industrie, l’équipement professionnel, la cosmétique et les matériaux ;
  • près de 35 millions d’euros de stocks financés depuis le lancement ;
  • près de 100 millions d’euros de ventes réalisées par ses clients grâce à ces financements ;
  • un premier tour de 3,5 millions d’euros en 2025, soit plus de 13 millions levés au total ;
  • une équipe de 16 personnes, appelée à atteindre 20 à 25 salariés fin 2026.

Le fondateur, Julien Decherf, est un ancien trader de taux en banque d’investissement, associé à Adrien Plat, venu d’Indy, et Tanguy Clerget, passé par Jellysmack. Ce profil de marché explique la place donnée au pricing du risque, qui conditionne tout l’intérêt de l’offre pour un dirigeant.

Ce que coûte réellement l’argent du stock

Une majoration de 2 à 5 % paraît modeste, mais elle s’applique à la durée de détention du stock, pas à l’année. Le tableau suivant la convertit pour un stock de 300 000 euros, en supposant un rachat intégral en fin de période, et la compare aux taux moyens relevés par la Banque de France en avril 2026.

SolutionDuréeCoût pour 300 000 €Équivalent annuel
Rachat majoré de 2 %3 mois6 000 €8 %
Rachat majoré de 5 %3 mois15 000 €20 %
Rachat majoré de 2 %6 mois6 000 €4 %
Crédit de trésorerie à 3,68 %3 mois2 760 €3,68 %
Découvert à 4,64 %3 mois3 480 €4,64 %

Le calcul tranche : pour une entreprise qui obtient un crédit bancaire, le rachat de stock coûte deux à cinq fois plus cher sur une rotation trimestrielle. Il ne devient comparable qu’avec un stock qui tourne lentement et une majoration basse.

Le fondateur ne s’en cache pas. Interrogé sur le prix de son offre, il assume une tarification alignée sur le risque porté, puisque Wavo devient propriétaire de marchandises qu’elle ne contrôle pas physiquement et dont la revente dépend entièrement de son client.

Le coût est à la hauteur du risque que nous prenons.

Julien Decherf, cofondateur et directeur général de Wavo, dans un entretien publié par Maddyness le 13 octobre 2026

Une réponse à la frilosité du crédit court terme

Le modèle prospère sur un marché bancaire qui prête plus volontiers pour investir que pour financer l’exploitation. Selon la Banque de France, l’encours des crédits de trésorerie aux entreprises atteignait 301,1 milliards d’euros fin juin 2026, en recul de 0,3 % sur un an, quand l’ensemble des crédits bancaires progressait de 3,8 %.

Pour une PME dont la ligne de découvert est saturée, la question n’est donc pas le taux mais l’accès. C’est le même ressort qui porte les fintechs du poste clients, à l’image de Cleavr et son recouvrement des factures par l’IA : le besoin en fonds de roulement devient un marché à part entière, découpé poste par poste.

Pour quelles entreprises le modèle tient

Le financement de stock convient d’abord aux entreprises dont la marchandise se revend sans décote rapide : équipement, matériaux, cosmétique, pièces détachées. Une marge brute de 30 ou 40 % absorbe une majoration de quelques points sans compromettre la rentabilité, à condition que les produits partent dans les mois qui suivent.

Il convient beaucoup moins aux produits périssables ou saisonniers, dont la valeur s’effondre si la vente tarde, et le ticket minimum de 200 000 euros écarte la plupart des TPE. Pour elles, les dispositifs publics restent la première porte, comme l’ont montré les rééchelonnements de PGE, moins chers mais plus lents à obtenir.

La leçon dépasse Wavo. Avant de chercher un financeur, un dirigeant a intérêt à connaître la rotation de chacune de ses références : un stock mesuré se finance, un stock subi se brade. C’est précisément cette donnée que la fintech exploite pour fixer ses prix.

Cinq cents clients visés fin 2027

Les fonds levés doivent financer la plateforme, les recrutements et l’expansion européenne, en commençant par l’Europe du Nord et peut-être le Royaume-Uni. Wavo vise environ 500 clients fin 2027 et une équipe d’une cinquantaine de personnes, soit un triplement des effectifs actuels.

Le vrai test viendra d’un retournement de conjoncture. Un stock racheté sur la foi d’une rotation passée devient un risque si les ventes ralentissent, alors que les défaillances d’entreprises restent à un niveau record. La capacité de la fintech à doubler ses montants sans dégrader son risque dira si le stock peut devenir, pour les PME, une source de financement aussi banale que la facture.


Faites passer le mot en partageant !