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- Un tour de table de 8 millions d’euros sept mois après le lancement
- Un problème chiffré au cœur de la trésorerie des PME
- Ce que fait concrètement la plateforme
- Vendre de la trésorerie plutôt qu’un logiciel
- Une ambition européenne dès la première année
- La facture électronique, accélérateur à surveiller
- Le poste clients, angle mort de nombreuses directions
Une facture émise n’est encaissée qu’une fois relancée, discutée, parfois contestée, puis enfin réglée. Entre ces étapes, des semaines passent et la trésorerie du fournisseur finance celle de son client. Cleavr, une jeune pousse parisienne fondée en 2025, a fait de ce temps perdu son marché : elle vient de lever 8 millions d’euros pour confier le recouvrement des créances clients à l’intelligence artificielle.
Le recouvrement désigne l’ensemble des actions qui transforment une facture en encaissement : rappels avant échéance, relances après retard, gestion des litiges et suivi des promesses de paiement. Dans la plupart des PME, il repose encore sur un tableur et sur la disponibilité d’un comptable, alors que les retards de paiement pèsent directement sur la survie des entreprises. Que dit la trajectoire express de Cleavr sur la manière dont une entreprise peut reprendre la main sur son poste clients ?
Un tour de table de 8 millions d’euros sept mois après le lancement
Le tour d’amorçage, annoncé le 6 octobre 2026, est mené par Varsity, un fonds lancé en 2024 par d’anciens professionnels de Société Générale et de Serena. Kima Ventures et Better Angle remettent au pot, rejoints par Portfolio Ventures, Kerala et la Financière Saint James.
La société fondée par Baptiste Nassoy, Arthur Guérin et Antoine Grenard avait réuni 1 million d’euros en mars 2026. Six mois plus tard, le montant est multiplié par huit, porté par une centaine d’entreprises clientes revendiquées sept mois après le lancement commercial et des milliards d’euros de factures déjà traités par la plateforme. L’enjeu auquel elle s’attaque explique cet appétit des investisseurs.
Un problème chiffré au cœur de la trésorerie des PME
Le dernier baromètre d’Altares, publié le 15 septembre 2026, mesure un retard moyen de paiement de 12,3 jours en France au premier semestre, le meilleur niveau depuis trois ans. Seules 49,7 % des entreprises paient leurs fournisseurs à l’heure, et 7,5 % des règlements dépassent l’échéance de plus de 30 jours.
Le retard grandit avec la taille du client : 11,7 jours pour les entreprises de moins de 10 salariés, mais 19,6 jours au-delà de 1 000 salariés. Le sujet n’a rien de théorique, puisque la délégation sénatoriale aux entreprises estimait en novembre 2025 que les retards accroissent de 25 % le risque de défaillance, et de 42 % au-delà de 60 jours. Le cadre légal, que détaille la dette invisible des délais de paiement, ne suffit pas à faire rentrer l’argent. C’est sur l’exécution que Cleavr se positionne.
Ce que fait concrètement la plateforme
Cleavr se branche sur l’ERP et le logiciel comptable de ses clients pour récupérer les factures ouvertes, puis prend en charge le cycle complet de relance sans intervention manuelle. La plateforme enchaîne plusieurs tâches :
- identifier le bon interlocuteur chez le débiteur, souvent introuvable dans les fichiers clients ;
- relancer par courriel, par téléphone ou par SMS selon le profil du payeur ;
- enregistrer et suivre les promesses de paiement obtenues ;
- traiter les litiges qui bloquent le règlement d’une facture.
Selon les chiffres communiqués par l’entreprise, ses clients constatent une baisse moyenne de 37 % de leurs délais d’encaissement et 40 % de trésorerie encaissée en plus. Ces résultats, déclaratifs, n’ont pas fait l’objet d’une mesure indépendante, mais ils éclairent le pari commercial de la société.
Vendre de la trésorerie plutôt qu’un logiciel
Les fondateurs assument une rupture avec le logiciel par abonnement classique, dont la valeur se mesure en fonctionnalités. Dans leur esprit, le client juge l’outil à l’argent qu’il récupère, pas au nombre d’écrans qu’il propose.
Ce qui retient le client, c’est le cash qui rentre plus vite.
Arthur Guérin et Antoine Grenard, cofondateurs de Cleavr, lors de l’annonce de la levée de fonds rapportée par Maddyness, le 6 octobre 2026
Pour Didier Valet, associé de Varsity, le marché du recouvrement est immense et encore très peu automatisé. L’argument vaut pour tout éditeur : un produit adossé à un indicateur financier que le client suit déjà, ici le délai moyen d’encaissement, se défend plus facilement en comité de direction qu’une promesse de productivité.
Une ambition européenne dès la première année
Cleavr opère déjà en France, en Espagne, en Allemagne, en Belgique, en Italie et au Royaume-Uni. Six marchés couverts en moins d’un an, c’est le signe d’un produit pensé d’emblée pour des débiteurs dispersés en Europe, là où les retards diffèrent fortement d’un pays à l’autre.
Le baromètre Altares situe ainsi la moyenne européenne à 13,1 jours de retard, avec des écarts allant de 2,9 jours aux Pays-Bas à 23,3 jours au Portugal. Les fonds levés serviront à renforcer les équipes commerciales et à poursuivre le développement du produit, avec l’Europe comme terrain de croissance prioritaire. Un calendrier réglementaire joue aussi en sa faveur.
La facture électronique, accélérateur à surveiller
La généralisation de la facturation électronique en France change la matière première du recouvrement. Depuis le 1er septembre 2026, toutes les entreprises doivent pouvoir recevoir des factures électroniques, et les PME devront les émettre à partir du 1er septembre 2027. Des données structurées, horodatées et transmises par des plateformes agréées facilitent l’automatisation des relances.
Le premier comité de suivi réuni par Bercy a d’ailleurs ouvert le compte à rebours des PME vers 2027. Pour un acteur comme Cleavr, chaque facture dématérialisée devient une donnée exploitable, à condition de rester compatible avec la diversité des outils de facturation du marché.
Le poste clients, angle mort de nombreuses directions
La trajectoire de Cleavr rappelle une évidence souvent négligée : une entreprise rentable peut manquer de trésorerie si ses factures dorment. Avec 71 700 défaillances d’entreprises comptabilisées par Altares à fin août 2026, le délai d’encaissement est un indicateur de survie autant qu’une donnée comptable.
Qu’elle passe par un outil spécialisé, par une organisation interne ou par les voies de droit comme la procédure d’injonction de payer réformée, la relance gagne à être traitée comme un processus mesuré et suivi. Les entreprises qui pilotent leur délai moyen d’encaissement chaque mois disposent d’un levier de financement qui ne coûte aucun intérêt, et la levée de Cleavr montre que des investisseurs y voient désormais un marché.
