Mardi 29 septembre 2026

En continu

Entreprise

Complaion lève 13,5 millions d’euros pour industrialiser la conformité des PME européennes

La jeune pousse milanaise Complaion lève 13,5 millions d'euros auprès d'Eurazeo et d'Italian Founders Fund pour automatiser les certifications ISO, NIS2 et IA Act des PME. Son modèle mêlant logiciel et auditeurs doit maintenant faire ses preuves hors d'Italie.

Une auditrice et un responsable qualité échangent devant un tableau de bord ISO 27001, l'atelier d'une usine en arrière-plan
Complaion promet d'automatiser jusqu'à 80 % du travail de certification des PME, les auditeurs gardant la main sur les points de jugement.

Obtenir une certification ISO 27001 ou se mettre en règle avec la directive NIS2 reste, pour une PME, un parcours de plusieurs mois fait de tableurs, de procédures à rédiger et d’audits à préparer. Ce fardeau administratif est devenu un marché, et la jeune pousse milanaise Complaion vient d’y lever 13,5 millions d’euros, annoncés le 28 septembre 2026.

Fondée en 2024, l’entreprise promet d’automatiser l’essentiel du travail de mise en conformité des petites et moyennes entreprises européennes, en adossant son logiciel à des auditeurs certifiés. Son pari : transformer une contrainte réglementaire en service industrialisé, vendu à des entreprises qui n’ont ni juriste ni responsable qualité à plein temps. Qu’est-ce qui distingue ce modèle, et que dit sa réussite de l’évolution de la conformité en Europe ?

Un tour de table de 13,5 millions d’euros codirigé par Eurazeo

La levée est codirigée par le fonds français Eurazeo et par Italian Founders Fund, avec la participation de neuf autres investisseurs dont Kfund, Shapers et Sella Direct Ventures. Elle intervient moins de deux ans après un premier tour d’environ 3,4 millions d’euros bouclé en janvier 2025.

Les fonds serviront à recruter des spécialistes, à renforcer le support client et à étendre l’offre en Europe. L’entreprise, qui compte déjà plus de 40 collaborateurs entre Milan et Madrid, prévoit d’ajouter la santé et sécurité au travail, la protection des données et un service de délégué à la protection des données externalisé.

Un modèle hybride entre logiciel et auditeurs certifiés

La plateforme de Complaion revendique l’automatisation de jusqu’à 80 % des tâches manuelles de conformité : collecte des preuves, rédaction des procédures, suivi des écarts, préparation des audits. Les points qui exigent un jugement professionnel restent confiés à des auditeurs principaux certifiés ISO, intégrés au service.

Cette combinaison permettrait, selon l’entreprise, de diviser par cinq la durée d’une démarche de certification. L’argument porte auprès des PME industrielles, du bâtiment, de la logistique, de l’agroalimentaire ou de la santé, qui ont besoin d’un certificat pour répondre à un appel d’offres ou garder un grand compte.

Nous continuerons à élargir notre offre pour servir un nombre toujours croissant de PME en Europe et rendre la conformité plus simple.

Edoardo Tarricone, cofondateur et directeur général de Complaion, lors de l’annonce de la levée de fonds le 28 septembre 2026, propos rapportés par Tech.eu (traduit de l’anglais)

Le dirigeant, entouré de Marco Cortinovis et d’Alessandro Vaccarino, insiste sur la place de l’expertise humaine. C’est ce qui distingue la jeune pousse des outils purement logiciels, dont les clients doivent encore trouver et payer un auditeur de leur côté.

Les référentiels couverts par la plateforme

L’offre actuelle couvre un éventail large de normes et de textes européens, regroupés en trois familles :

  • les certifications de management, avec l’ISO 9001 pour la qualité et l’ISO 27001 pour la sécurité de l’information ;
  • les normes environnementales et sociales, avec l’ISO 14001 et la référence italienne UNI/PdR 125 sur l’égalité professionnelle ;
  • les obligations réglementaires européennes, avec la directive NIS2, le règlement sur l’intelligence artificielle, l’ISO 42001 qui l’accompagne, et le RGPD.

La présence de l’ISO 42001, première norme dédiée aux systèmes de management de l’IA, montre que l’entreprise anticipe la vague de conformité liée à l’IA Act. Les PME qui intègrent des outils d’IA dans leurs processus vont devoir documenter leurs usages, un chantier dont la conformité au règlement européen sur l’IA donne déjà la mesure.

Un marché porté par l’inflation réglementaire européenne

La demande tient d’abord au calendrier européen. NIS2 étend les obligations de cybersécurité à des milliers d’entreprises de taille moyenne, et en France près de 20 000 entités attendent encore que la transposition française de NIS2 fixe leurs obligations exactes. Les grands donneurs d’ordres répercutent déjà ces exigences sur leurs sous-traitants.

Selon le cabinet Grand View Research, le marché mondial de la gouvernance, du risque et de la conformité devrait atteindre 203,65 milliards de dollars en 2033, avec une croissance annuelle de 13,7 %. Le segment des PME reste le moins équipé, faute de budgets comparables à ceux des grands groupes.

Pour une entreprise de cinquante salariés, la conformité se joue souvent dans la relation commerciale plus que face au régulateur : un certificat ISO 27001 conditionne l’accès à certains marchés, et les questionnaires de sécurité envoyés par les clients se multiplient. C’est sur cette demande très concrète, bien plus que sur la crainte des sanctions, que Complaion construit sa croissance, avec plusieurs centaines d’entreprises déjà accompagnées depuis sa création en 2024.

Face aux outils américains et aux cabinets de conseil

Complaion n’arrive pas sur un terrain vierge. Les américains Vanta et Drata ont popularisé l’automatisation de la conformité auprès des éditeurs de logiciels, tandis que les cabinets de conseil et organismes certificateurs traditionnels tiennent encore l’essentiel du marché des PME industrielles européennes.

L’avantage de la jeune pousse tient à son positionnement européen, à des référentiels propres à chaque pays et à l’intégration d’auditeurs dans le prix. D’autres entrepreneurs européens misent sur la même logique, à l’image de la start-up danoise d’audit par intelligence artificielle lancée par les fondateurs de Lunar. La concurrence va donc se jouer sur la capacité à couvrir plusieurs pays sans perdre la finesse réglementaire locale.

L’arrivée d’Eurazeo au capital ouvre une porte naturelle vers la France, deuxième marché européen de PME. Aucune implantation hexagonale n’a toutefois été annoncée, et le passage de l’Italie et de l’Espagne au reste de l’Europe sera le vrai test du modèle dans les dix-huit prochains mois.

La conformité, nouveau terrain de productivité des PME

Le succès de Complaion raconte un déplacement : la conformité n’est plus seulement un coût subi, elle devient un processus que l’on peut outiller et mesurer, comme la comptabilité ou la paie avant elle. Les PME qui l’abordent ainsi raccourcissent leurs délais de certification et répondent plus vite aux questionnaires de leurs clients.

Pour un dirigeant, la question n’est pas tant de choisir tel ou tel outil que d’évaluer le temps que ses équipes consacrent aujourd’hui aux preuves, aux procédures et aux audits. Avec NIS2, l’IA Act et les exigences de durabilité qui s’empilent, ce temps caché pèsera de plus en plus lourd dans la compétitivité des entreprises qui n’auront pas industrialisé leur conformité.


Faites passer le mot en partageant !