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- Une revalorisation anticipée qui passerait par décret
- Ce que coûterait la hausse sur la paie d’une PME
- Les salariés et les contrats à contrôler sur la paie de décembre
- Minima de branche et allègements, les effets en chaîne
- Payer sous le Smic, une amende par salarié concerné
- Un calendrier serré entre le 9 novembre et la paie de décembre
Invité de TF1 le vendredi 6 novembre, le ministre du Travail Jean-Pierre Farandou a confirmé que le gouvernement étudiait une revalorisation du Smic dès le 1er décembre plutôt qu’au 1er janvier. Rien n’est arrêté, mais l’hypothèse se précise à quelques jours de la conférence sociale sur les salaires que Sébastien Lecornu doit réunir à Matignon le lundi 9 novembre, avec les syndicats et le patronat. Le ministre a indiqué qu’une décision devait tomber dans le courant de la semaine prochaine pour pouvoir être appliquée.
Le salaire minimum interprofessionnel de croissance est le plancher horaire en dessous duquel aucun salarié majeur ne peut être payé en France métropolitaine. Il s’établit à 12,31 € brut de l’heure depuis le 1er juin 2026, soit 1 867,02 € brut par mois pour 35 heures. Sa revalorisation touche directement les entreprises de main-d’œuvre, le commerce, l’hôtellerie-restauration ou la propreté, et se répercute sur les minima conventionnels de nombreuses branches. Avec une paie de décembre qui se prépare dès la fin novembre, quelles vérifications un employeur doit-il engager dès maintenant, et combien une hausse anticipée lui coûterait-elle ?
Une revalorisation anticipée qui passerait par décret
Le code du travail prévoit une revalorisation automatique au 1er janvier, calculée sur l’inflation des 20 % de ménages les plus modestes et sur la moitié du gain de pouvoir d’achat du salaire horaire des ouvriers et employés. Une seconde règle impose une hausse en cours d’année dès que les prix augmentent d’au moins 2 % depuis la dernière revalorisation : c’est ce mécanisme qui a porté le Smic de 12,02 € à 12,31 € au 1er juin dernier, soit +2,41 %, selon la fiche de l’administration consacrée au salaire minimum.
Le gouvernement garde par ailleurs la main pour fixer le Smic à tout moment par décret, au-delà de ces deux automatismes. Le précédent le plus proche date de 2024 : annoncée le 1er octobre par Michel Barnier, une hausse de 2 % a été avancée au 1er novembre par le décret n° 2024-951 du 23 octobre, portant le taux horaire de 11,65 € à 11,88 €. Trois semaines avaient alors séparé l’annonce de la publication du texte.
Si on augmente trop vite et trop fort les salaires, les coûts salariaux augmentent
Jean-Pierre Farandou, ministre du Travail, interrogé sur TF1 le 6 novembre 2026, rapporté par Capital
Le calendrier serait cette fois plus court encore, puisqu’un décret devrait paraître avant la fin novembre pour s’appliquer à la paie de décembre. Ce qui conduit à chiffrer ce que représenterait la mesure pour une entreprise.
Ce que coûterait la hausse sur la paie d’une PME
Aucun montant officiel n’est publié. Les estimations relayées par Aladom le 5 novembre évoquent environ 1 % pour la seule revalorisation automatique et 1,5 % avec un coup de pouce. Le tableau applique ces hypothèses à une PME qui emploie huit salariés au Smic à temps plein.
| Scénario | Taux horaire brut | Salaire mensuel brut | Hausse par salarié et par mois | Hausse pour 8 salariés |
|---|---|---|---|---|
| Smic actuel | 12,31 € | 1 867,02 € | 0 € | 0 € |
| Hausse de 1 % | 12,43 € | 1 885,22 € | 18,20 € | 145,60 € |
| Hausse de 1,5 % | 12,49 € | 1 894,33 € | 27,31 € | 218,48 € |
Ces montants s’entendent avant cotisations patronales, calculés sur la base mensualisée de 151,67 heures. Le seuil symbolique des 1 500 € net évoqué par le ministre suppose, à partir des 1 477,93 € net actuels, une hausse d’environ 1,5 % du salaire net, soit le haut de la fourchette. L’écart entre les deux scénarios reste modeste par salarié, mais il se répète sur chaque ligne de paie concernée, ce qui impose de recenser précisément qui sera touché.
Les salariés et les contrats à contrôler sur la paie de décembre
Une revalorisation du Smic ne concerne pas seulement les salariés payés exactement au minimum. Plusieurs populations doivent être repérées avant le paramétrage du logiciel de paie :
- les salariés dont le taux horaire se situe entre 12,31 € et le futur montant, qui basculeraient sous le minimum sans correction ;
- les salariés à temps partiel, dont la rémunération se vérifie au taux horaire et non au montant mensuel ;
- les apprentis, rémunérés de 27 % à 100 % du Smic selon leur âge et leur année de contrat, dont le salaire suit automatiquement la nouvelle valeur ;
- les salariés couverts par une grille conventionnelle dont les premiers coefficients seraient rattrapés par le nouveau taux ;
- les salariés de Mayotte, soumis à un Smic distinct de 9,56 € brut de l’heure depuis le 1er juin.
Pour les apprentis, la hausse s’ajoute au nouveau barème d’aide entré en vigueur le 1er septembre, ce qui modifie le reste à charge d’un contrat en cours d’exercice. Le contrôle se fait sur le salaire horaire effectif, avantages en nature et compléments de salaire compris, mais hors remboursements de frais, prime de transport et majorations d’heures supplémentaires.
Les grilles de branche méritent une attention particulière, car leur mise à jour ne dépend pas de l’entreprise seule.
Minima de branche et allègements, les effets en chaîne
Lorsqu’un minimum conventionnel passe sous le Smic, l’employeur doit verser au moins le Smic, quelle que soit la grille. Depuis la loi pouvoir d’achat du 16 août 2022, les branches disposent de 45 jours pour rouvrir la négociation salariale quand le Smic rattrape leurs premiers niveaux. C’est précisément la « convergence » entre Smic, minima de branche et négociations d’entreprise que le ministre dit rechercher.
Les allègements de cotisations posent une question distincte. Pour la réduction générale dégressive unique, un décret du 12 juin 2026 a figé à 12,02 € la valeur du Smic retenue pour toute l’année, en neutralisant la hausse du 1er juin. Rien n’indique encore si une hausse de décembre serait traitée de la même façon. Si le gel restait en l’état, le coefficient d’allègement d’un salarié payé au nouveau Smic baisserait légèrement, ce qui alourdirait le coût réel au-delà des seuls montants bruts du tableau.
Payer sous le Smic, une amende par salarié concerné
L’enjeu dépasse le simple rappel de salaire. L’article R. 3233-1 du code du travail punit le fait de verser des salaires inférieurs au Smic de l’amende prévue pour les contraventions de cinquième classe, soit 1 500 € au plus, et précise que l’amende est appliquée autant de fois qu’il y a de salariés rémunérés dans des conditions illégales. Pour la PME de huit salariés du tableau, une revalorisation oubliée exposerait donc à 12 000 € d’amendes potentielles, doublées en cas de récidive.
Le salarié peut en outre réclamer les sommes manquantes sur trois ans, délai de prescription des créances salariales. Une erreur de paramétrage répétée chaque mois finit par peser bien plus lourd que la hausse elle-même, d’autant que le bulletin de décembre porte aussi les primes de fin d’année et concentre les régularisations.
Un calendrier serré entre le 9 novembre et la paie de décembre
La conférence sociale de lundi devrait fixer le cadre, puis un décret le montant. Une hausse avancée au 1er décembre ne s’ajouterait pas pour autant à celle de janvier : selon les calculs publiés par Selectra le 1er octobre, une revalorisation intermédiaire réduirait d’autant la hausse automatique du 1er janvier 2027, sans diminuer le gain total depuis juin. Pour l’entreprise, la différence tient surtout à un mois de surcoût et à une paie de décembre à reparamétrer dans un délai très court.
Le précédent de 2024 montre que l’arbitrage peut se jouer en quelques jours. Entre l’inflation encore soutenue décrite dans le rebond des prix observé dès l’été et des négociations annuelles qui s’ouvrent, les employeurs qui auront déjà recensé leurs salariés concernés aborderont la décision avec un budget chiffré plutôt qu’une correction en urgence.
