Jeudi 8 octobre 2026

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Marble lève 6,5 millions d’euros pour automatiser la lutte anti-blanchiment des banques avant l’AMLR

La regtech parisienne boucle une série A menée par Smartfin et revendique plus de cent institutions clientes dans quinze pays. Son pari open source se heurte désormais au calendrier serré du règlement européen anti-blanchiment.

Analyste concentrée devant deux écrans de tableaux de bord dans un bureau parisien, la tour Eiffel au crépuscule
Les équipes conformité des banques devront adapter leur surveillance des transactions avant l'application du règlement AMLR en juillet 2027.

Dans une banque, la lutte contre le blanchiment ressemble souvent à une salle des machines saturée : des milliers d’alertes générées chaque jour, des analystes qui les traitent une à une et des règles de détection codées en dur dans des logiciels vieillissants. C’est sur ce terrain ingrat que Marble, une jeune pousse parisienne, vient de lever 6,5 millions d’euros.

La société édite une plateforme open source qui aide les établissements financiers à détecter la fraude et les opérations suspectes, puis à documenter leurs décisions face au régulateur. Le tour de série A, mené par le fonds belge Smartfin avec Adnexus, Passion Capital et 42Capital, a été annoncé le 29 septembre. Il intervient à moins de deux ans de l’entrée en application du règlement européen anti-blanchiment. Comment une start-up de trois ans s’est-elle fait une place chez plus d’une centaine d’institutions, et que peut en retenir une entreprise qui vend dans un marché réglementé ?

Une regtech née chez Hexa en 2023

Marble a été fondée en 2023 par Arnaud Schwartz et Pascal Delange, et incubée au sein du start-up studio Hexa. Un premier tour d’amorçage de 2,1 millions d’euros, bouclé en septembre 2024, a financé le produit initial. Avec la série A, le financement total atteint 9 millions d’euros, un montant modeste au regard des budgets que les banques consacrent à la conformité.

L’équipe reste resserrée. D’après le Journal du Net, elle compte 13 collaborateurs et prévoit de doubler ses effectifs d’ici la fin de l’année. Le modèle repose sur un abonnement logiciel, avec la possibilité de déployer l’outil directement sur l’infrastructure de l’établissement client, un argument décisif pour des banques qui rechignent à confier leurs données de transactions à un tiers.

L’open source comme porte d’entrée chez les banques

Le choix d’un code ouvert peut surprendre dans un secteur obsédé par la confidentialité. Il répond pourtant à une attente précise des services de conformité : comprendre pourquoi une règle déclenche une alerte et pouvoir le démontrer à un contrôleur. Un moteur dont le fonctionnement se lit est plus facile à auditer qu’une boîte noire.

Ce positionnement a porté ses fruits. Marble revendique plus de 100 institutions en production dans plus de 15 pays, et près de 70 % de ses clients sont situés hors de France. Selon la société, 70 % de ses clients l’ont choisie pour remplacer un outil existant, ce qui signifie qu’elle gagne surtout contre des solutions installées, pas sur des besoins nouveaux.

La logique rappelle celle de l’éditeur berlinois d’automatisation devenu une licorne : un logiciel ouvert se diffuse auprès des équipes techniques, qui l’adoptent avant que la direction des achats ne signe un contrat. Le cycle de vente, réputé interminable dans la banque, s’en trouve raccourci par l’essai gratuit du produit.

Une pression réglementaire qui fait office de moteur commercial

Le calendrier européen joue en faveur de Marble. Le règlement anti-blanchiment, connu sous le sigle AMLR, s’appliquera à partir du 10 juillet 2027. Contrairement aux directives précédentes, il sera directement applicable dans tous les États membres, sans transposition nationale, et une autorité européenne dédiée, l’AMLA, installée à Francfort, renforcera la supervision.

Les établissements concernés doivent donc revoir leurs dispositifs de surveillance sans visibilité sur des budgets en hausse. En France, le dernier rapport de Tracfin recense 278 484 déclarations de soupçon pour 2025, un volume qui donne la mesure du travail de tri en amont. Saumitra Dubey, associé chez Smartfin, résume l’enjeu auprès de FrenchWeb en estimant que sans automatisation, l’équation est impossible à résoudre.

Ce que l’entreprise va financer avec ses 6,5 millions

La levée doit servir quatre chantiers, détaillés par la société, qui dessinent une plateforme pilotée en partie par des agents d’IA :

  • l’automatisation de la rédaction des règles de détection, aujourd’hui écrites à la main par les équipes conformité ;
  • le traitement des alertes et des investigations, pour que les analystes se concentrent sur les cas réellement suspects ;
  • l’intégration d’agents dans les circuits de travail, notamment pour interroger automatiquement les clients ;
  • le renforcement des capacités de déploiement chez les clients, condition pour viser des banques de plus grande taille.

L’humain garde la main sur la décision finale, insiste le cofondateur, qui présente l’outil comme un moyen de faciliter le travail des analystes. L’objectif chiffré est clair : dépasser 5 millions d’euros de revenus récurrents annuels en 2027, en ciblant des établissements plus grands, dont des banques traditionnelles.

On est à l’aube d’une petite révolution.

Arnaud Schwartz, cofondateur et dirigeant de Marble, dans un entretien au Journal du Net publié le 29 septembre 2026, à l’occasion de la levée de fonds

Des choix transposables à d’autres marchés réglementés

Le parcours de Marble éclaire trois décisions que bien des dirigeants rencontrent, même loin de la finance. La première concerne la transparence du produit : face à un client qui doit rendre des comptes à une autorité, la capacité à expliquer le fonctionnement de l’outil pèse autant que sa performance. Un éditeur de logiciel pour le secteur de la santé, de l’énergie ou de l’assurance fait face à la même exigence.

La deuxième touche à l’ouverture internationale. Avec près de 70 % de clients hors de France trois ans après sa création, la start-up a traité l’Europe comme son marché domestique dès le départ. Le règlement unique qui s’annonce renforce ce calcul : une même règle dans tous les États membres permet de vendre le même produit partout, sans adaptation pays par pays.

La troisième relève du financement. En levant 2,1 millions d’euros puis 6,5 millions, Marble a calé ses tours de table sur des preuves commerciales plutôt que sur des promesses, avec une centaine de clients en production avant la série A. Cette séquence limite la dilution des fondateurs et rassure des investisseurs devenus plus sélectifs.

Les défis qui attendent la start-up d’ici 2027

Passer des fintechs aux banques historiques change d’échelle. Les grands établissements exigent des audits de sécurité approfondis, des engagements de service et des intégrations avec des systèmes anciens. Avec une équipe appelée à passer de 13 à environ 26 personnes, Marble devra industrialiser ses déploiements sans perdre sa vitesse, sous peine de voir les éditeurs installés reprendre l’avantage.

La date du 10 juillet 2027 crée une fenêtre : les décisions d’achat se prendront dans les douze prochains mois, et les établissements qui tardent risquent de mobiliser des équipes de plus en plus nombreuses pour suivre le rythme des alertes. Pour un dirigeant de PME, la trajectoire de Marble illustre une idée transposable à bien des secteurs : une contrainte réglementaire datée fabrique un marché pour qui sait la transformer en produit simple à adopter.


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