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- Une levée de 12 millions d’euros ouverte dès 10 euros
- Le rachat d’Izola Bank, cœur de l’opération
- Une valorisation de 290 millions d’euros
- Ce que l’investisseur achète réellement
- Réduction d’impôt et paliers de contreparties
- Une banque de l’immobilier encore suspendue au régulateur
- Quand les clients deviennent actionnaires
Bricks passe de l’autre côté du guichet. La plateforme de financement participatif immobilier, qui a permis à des centaines de milliers de particuliers d’investir dans la pierre dès quelques euros, propose cette fois à sa communauté de devenir actionnaire de l’entreprise elle-même. Sa levée communautaire, dotée d’un objectif de 12 millions d’euros, ouvre le 9 octobre 2026 à 14 heures.
Une levée communautaire consiste à ouvrir le capital d’une société à ses propres clients et utilisateurs, plutôt qu’aux seuls fonds d’investissement. L’opération finance ici un projet précis : le rachat d’une banque agréée, Izola Bank, avec laquelle Bricks a signé un accord d’acquisition le 15 septembre. Que finance exactement cette levée, à quelles conditions, et que révèle-t-elle de l’ambition bancaire des plateformes d’investissement ?
Une levée de 12 millions d’euros ouverte dès 10 euros
Le ticket d’entrée est fixé à 10 euros, par multiples de 10 euros, ce qui place l’opération à la portée de n’importe quel membre. Au 1er octobre, la page de la levée affichait 784 intéressés et 1,6 million d’euros d’intentions, enregistrées sans débit ni engagement, soit un peu plus de 13 % de l’objectif avant même l’ouverture.
Ces intentions donnent un avantage concret : un accès à la collecte quatre heures avant l’ouverture générale. La règle d’attribution reste toutefois stricte, car les premiers paiements effectivement confirmés sont les premiers servis, et ni une intention ni une signature ne réservent de titres. Le paiement se fait par solde Bricks ou par carte bancaire, et par virement pour un PEA-PME. Reste à savoir à quoi servira l’argent.
Le rachat d’Izola Bank, cœur de l’opération
Bricks détaille trois usages pour les 12 millions d’euros recherchés, la levée communautaire venant compléter un financement d’ensemble.
- contribuer au rachat d’Izola Bank, en finançant une partie du prix d’acquisition ;
- renforcer les fonds propres de la banque, pour soutenir sa solidité financière et sa capacité de développement ;
- consolider les fonds propres et la trésorerie du groupe Bricks.
La cible n’est pas une jeune pousse : Izola Bank est une banque agréée depuis 1994, ce qui évite à Bricks de solliciter un agrément bancaire ex nihilo. L’opération prolonge la levée de 30 millions d’euros annoncée en juin, qui visait déjà à devenir la banque digitale de l’immobilier. Le prix demandé aux particuliers repose, lui, sur une valorisation élevée.
Une valorisation de 290 millions d’euros
La levée retient une valorisation de 290 millions d’euros pour le groupe, appuyée par une étude de valorisation mise à disposition des souscripteurs. La progression revendiquée depuis la création est spectaculaire.
| Année | Valorisation du groupe | Multiple par rapport à 2021 |
|---|---|---|
| 2021 | 10 M€ | × 1 |
| 2022 | 115 M€ | × 11,5 |
| 2026 | 290 M€ | × 29 |
Bricks prend soin de rappeler que la valorisation passée ne garantit pas la valeur future des titres. Entre 2022 et 2026, la valeur a été multipliée par 2,5 environ, un rythme nettement moins rapide que celui des débuts. Ce que l’investisseur obtient en échange mérite donc d’être regardé de près.
Ce que l’investisseur achète réellement
Le souscripteur n’entre pas directement au capital de Groupe Bricks. Il achète des actions ordinaires de Communauté Bricks 2, une société qui réunit les investisseurs de cette levée et investit à son tour au capital du groupe. La participation est donc indirecte, et porte sur le développement de l’entreprise, pas sur un projet immobilier.
Les risques sont ceux de toute action non cotée : perte partielle ou totale du capital, dilution et illiquidité, aucun rendement, dividende ou prix de revente n’étant garanti. Bricks annonce un marché secondaire intégré à son application pour faciliter la revente, mais son ouverture reste prévisionnelle et ses conditions doivent encore être précisées.
Le cadre réglementaire est affiché : Bricks est agréée par l’Autorité des marchés financiers comme prestataire de services de financement participatif sous le numéro FP-2023-08. La page précise toutefois que cet agrément ne vaut pas approbation de l’opération par l’AMF. À ces conditions s’ajoutent des leviers fiscaux non négligeables.
Réduction d’impôt et paliers de contreparties
La souscription peut ouvrir droit à la réduction d’impôt IR-PME de 18 %, dans la limite de 50 000 euros de versements par an pour une personne seule, sous réserve de l’éligibilité des titres. Les montants à partir de 100 000 euros peuvent passer par un PEA-PME, sans cumul possible avec l’IR-PME, et les dirigeants ayant cédé des titres via une holding peuvent étudier un remploi en apport-cession.
Des contreparties non financières complètent l’offre, du badge numérique dès 10 euros aux bêta-tests dès 100 euros, jusqu’à une rencontre annuelle avec la direction dès 100 000 euros. Ces avantages servent surtout à fidéliser une base de membres que Bricks présente comme son principal actif.
Une banque de l’immobilier encore suspendue au régulateur
Bricks revendique plus de 755 000 membres, plus de 440 millions d’euros de projets financés et plus de 390 projets accompagnés. Son projet consiste à réunir compte, paiements, épargne et investissement dans une même application, avec des cartes, des arrondis automatiques et une prise en compte de l’historique d’investissement dans l’étude des financements.
En 2021, nous avons ouvert l’investissement immobilier au plus grand nombre. Aujourd’hui, nous voulons aller plus loin : faire de Bricks le point de rencontre entre votre argent, vos projets et l’immobilier.
Cédric O’Neill, fondateur de Bricks, mot du fondateur publié sur la page de la levée communautaire 2026, consultée le 1er octobre 2026
Rien n’est encore acquis. La finalisation du rachat reste soumise aux autorisations réglementaires, et les services bancaires envisagés seront déployés progressivement. Dans un marché du crédit immobilier encore prudent, promettre un financement éclairé par l’historique d’épargne de chaque client constitue un argument fort, à condition d’obtenir le feu vert du superviseur.
Quand les clients deviennent actionnaires
L’opération illustre un mouvement plus large : des entreprises de consommation ou de services font de leurs clients des actionnaires, comme le Slip Français, qui a fait entrer 7 260 particuliers à son capital. Pour l’entreprise, la levée communautaire mobilise du capital et de la fidélité en même temps, et prouve aux futurs partenaires la profondeur de sa base.
Pour un dirigeant, la leçon est transposable bien au-delà de la finance. Ouvrir son capital à ses clients suppose une communauté déjà engagée, une transparence complète sur les risques et un récit clair sur l’usage des fonds. Bricks coche ces cases sur le papier ; la réponse du régulateur sur Izola Bank dira si la promesse bancaire tient aussi dans les faits.
