Mercredi 28 octobre 2026

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IR-PME : comment une PME fait bénéficier ses investisseurs de la réduction d’impôt à 18 ou 25 %

Le décret du 20 octobre remet à 25 % la réduction d'impôt pour les souscriptions au capital des entreprises solidaires. Conditions, calendrier et documents : ce que la société doit maîtriser pour que ses investisseurs en profitent.

Dans un atelier de mobilier solidaire, un artisan et trois investisseurs signent un bulletin de souscription
Depuis le 22 octobre 2026, souscrire au capital d'une entreprise solidaire d'utilité sociale ouvre droit à 25 % de réduction d'impôt.

Depuis le 22 octobre 2026, un particulier qui entre au capital d’une entreprise solidaire d’utilité sociale déduit à nouveau 25 % de sa mise de son impôt. Le décret n° 2026-968 du 20 octobre, publié au Journal officiel du lendemain, a activé les mesures de la loi de finances pour 2026 qui attendaient le feu vert de Bruxelles, donné le 25 septembre.

La réduction d’impôt IR-PME, longtemps appelée dispositif Madelin, récompense les contribuables qui souscrivent en numéraire au capital d’une petite entreprise non cotée. Pour un dirigeant qui cherche des fonds propres auprès de proches, de clients ou de business angels, elle pèse directement sur le coût réel de l’investissement pour chacun d’eux. Comment une PME s’assure-t-elle que ses nouveaux associés y auront droit ?

Qu’est-ce que la réduction d’impôt IR-PME pour un investisseur ?

La réduction IR-PME retire de l’impôt sur le revenu 18 % des sommes versées au capital d’une PME éligible, dans la limite de 50 000 euros par an pour une personne seule et de 100 000 euros pour un couple soumis à imposition commune. L’investisseur doit être une personne physique domiciliée fiscalement en France et souscrire de nouveaux titres.

Le mécanisme ne joue que sur l’argent frais. Une avance en compte courant, le rachat des parts d’un associé existant ou un apport en nature n’ouvrent aucun droit, et la fraction des versements qui dépasse le plafond annuel se reporte sur les quatre années suivantes, dans les mêmes limites. Tout repose donc sur la société elle-même, qui doit cocher une série de critères.

Les conditions que la société doit remplir

D’après la fiche officielle d’Entreprendre Service Public, vérifiée le 22 octobre 2026, la société bénéficiaire doit réunir plusieurs conditions cumulatives au moment de la souscription :

  • employer moins de 250 salariés, avec un chiffre d’affaires inférieur à 50 millions d’euros ou un total de bilan inférieur à 43 millions d’euros ;
  • avoir moins de dix ans depuis son immatriculation, ou moins de sept ans depuis l’exercice où son chiffre d’affaires a dépassé 250 000 euros ;
  • ne pas être cotée sur un marché réglementé, avoir son siège dans l’Union européenne ou l’Espace économique européen et relever de l’impôt sur les sociétés ;
  • compter au moins deux salariés à la clôture de l’exercice qui suit la souscription, ou un seul pour une entreprise artisanale ;
  • ne pas exercer d’activité financière, immobilière ou de production rémunérée par un tarif réglementé de rachat, et ne pas être en difficulté.

Le montant total des versements reçus par la société au titre du dispositif ne peut dépasser 16,5 millions d’euros, contre 15 millions auparavant. Ce plafond s’applique à l’entreprise sur toute sa vie, pas à chaque investisseur, et se partage avec les fonds FIP et FCPI. Une fois l’éligibilité acquise, reste la question du taux.

Quel taux de réduction s’applique depuis le 22 octobre 2026 ?

Le taux de droit commun reste de 18 %, mais une souscription au capital d’une entreprise solidaire d’utilité sociale versée entre le 22 octobre 2026 et le 31 décembre 2027 ouvre droit à 25 % de réduction d’impôt. Les versements effectués du 1er au 21 octobre 2026 dans ces mêmes entreprises sont retombés à 18 %.

Société bénéficiaireTauxPériode de versementPlafond annuel (seul / couple)
PME éligible, cas général18 %Sans limite de date50 000 € / 100 000 €
Entreprise solidaire d’utilité sociale25 %Du 22 octobre 2026 au 31 décembre 202750 000 € / 100 000 €
Jeune entreprise innovante30 %Selon le statut de la société75 000 € / 150 000 €
Jeune entreprise d’innovation à impact40 %Du 21 février 2026 au 31 décembre 202850 000 € / 100 000 €

Pour les jeunes entreprises innovantes et à impact, la fraction qui excède le plafond annuel est perdue, alors qu’elle se reporte dans le cas général. Le statut de la société change donc à la fois le taux et la manière de calibrer les tickets, ce qui se mesure sur un exemple.

Combien un investisseur économise-t-il réellement ?

Un couple soumis à imposition commune qui verse 30 000 euros le 5 novembre 2026 au capital d’une entreprise solidaire d’utilité sociale obtient 7 500 euros de réduction, contre 5 400 euros pour la même somme placée dans une PME classique. Le même chèque signé le 15 octobre dans l’entreprise solidaire n’aurait rapporté que 5 400 euros.

Deux limites viennent toutefois rogner ce gain. La réduction s’impute dans le plafonnement global des avantages fiscaux, fixé à 10 000 euros par an : un foyer qui emploie déjà un salarié à domicile ou finance d’autres dispositifs peut buter sur ce plafond, la fraction excédentaire se reportant alors jusqu’à la cinquième année. Une réduction supérieure à l’impôt dû n’est jamais remboursée.

Pour le dirigeant, l’écart de 2 100 euros sur un ticket de 30 000 euros devient un argument de calendrier. Fixer la date des versements après le 22 octobre pour une entreprise solidaire, ou avant le 31 décembre pour que l’avantage joue sur l’impôt 2026, change la décision de vos investisseurs. Encore faut-il que la souscription soit correctement documentée.

Comment la société documente-t-elle la souscription ?

La société remet à chaque souscripteur un état individuel qu’il joint à sa déclaration de revenus, mentionnant le nombre de titres, la date et le montant des versements ainsi que la confirmation que l’entreprise remplit les conditions. Sans ce document, l’investisseur ne peut pas justifier sa réduction en cas de contrôle.

L’engagement court ensuite sur plusieurs années. L’investisseur conserve ses titres jusqu’au 31 décembre de la cinquième année suivant la souscription, soit fin 2031 pour un versement de 2026, et tout remboursement d’apport avant la fin de la septième année fait tomber l’avantage, par exemple à l’occasion d’une réduction de capital. Le licenciement, l’invalidité, le décès, la liquidation judiciaire ou la fusion de la société n’entraînent pas de reprise.

Pour une levée ouverte au public, comme la levée communautaire lancée par Bricks dès 10 euros, cette discipline documentaire se multiplie par le nombre de souscripteurs. Une entreprise qui accueille aussi des fonds étrangers doit en outre vérifier si le contrôle des investissements étrangers de Bercy s’applique à son activité. Le pacte d’associés gagne à reprendre ces durées de détention, pour éviter qu’une sortie anticipée ne coûte la réduction à un associé.

Le budget 2027 pourrait porter le taux de droit commun à 25 %

Le 15 octobre, en première lecture du projet de loi de finances pour 2027, les députés ont adopté par 83 voix contre 32 les amendements I-3864 et I-3868, qui relèveraient le taux général de 18 à 25 %, sous réserve de l’accord de la Commission européenne. Le ministre David Amiel avait donné un avis défavorable, estimant qu’il fallait laisser aux mesures récentes le temps de produire leurs effets.

Nos PME manquent de capital et de fonds propres.

Olivia Grégoire, députée Ensemble pour la République, en défense de l’amendement I-3868 lors de la deuxième séance du 15 octobre 2026 à l’Assemblée nationale

Le vote solennel de la première partie, le Sénat et une nouvelle notification à Bruxelles séparent encore cette mesure d’une application réelle. Pour les entreprises qui préparent un tour de table auprès de particuliers, comme Wiremind qui a ouvert son capital après douze ans d’autofinancement mais auprès de fonds, le calendrier fiscal devient un paramètre de la levée au même titre que la valorisation. Les quelques semaines qui restent avant le 31 décembre laissent le temps de caler les versements sur le taux connu, plutôt que sur un taux promis.


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