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- Mini-crédits et paiement fractionné entrent dans le code de la consommation
- Les obligations nouvelles du prestataire de paiement
- Publicité, contrat de vente et lien entre les deux : la part du commerçant
- Ce qui change au 20 novembre, point par point
- Trois semaines pour revoir le parcours de paiement
- Le paiement en plusieurs fois redevient un choix de gestion
Le bouton « payer en 3 fois sans frais » change de statut juridique le 20 novembre 2026, une semaine avant le Black Friday. À cette date, l’ordonnance n° 2025-880 du 3 septembre 2025 fait entrer dans le code de la consommation les mini-crédits et la plupart des paiements fractionnés, jusqu’ici exclus des protections du crédit à la consommation. Un paiement fractionné consiste à régler un achat en plusieurs échéances rapprochées, le plus souvent par l’intermédiaire d’un prestataire spécialisé qui avance les fonds au marchand.
La réforme transpose la directive européenne 2023/2225 du 18 octobre 2023, dite CCD2, adoptée pour encadrer un marché né avec le commerce en ligne. Elle vise d’abord les prêteurs, mais le commerçant qui affiche l’option dans son tunnel de paiement reste exposé par sa publicité, ses conditions de vente et le lien juridique entre la vente et le crédit. Qu’est-ce qui change concrètement au 20 novembre pour une boutique en ligne ou un magasin qui propose le paiement en plusieurs fois, et que lui coûte un parcours resté en l’état ?
Mini-crédits et paiement fractionné entrent dans le code de la consommation
Jusqu’au 19 novembre, deux exclusions de l’article L. 312-4 du code de la consommation tenaient ces produits à l’écart : les crédits inférieurs à 200 € et ceux remboursables en moins de trois mois sans frais ou avec des frais négligeables. Selon la fiche de l’Institut national de la consommation, la directive couvre désormais les prêts sous 200 € ou remboursables en trois mois, et l’ordonnance de 2025 en tire les conséquences en droit français. Le plafond du régime passe de 75 000 à 100 000 €, comme le relève Légifiscal dans son analyse du 27 octobre.
L’entrée dans le champ n’est pas uniforme. D’après le cabinet Kohen Avocats, les opérations de trois mois sans frais ou à frais négligeables relèvent d’un régime partiellement allégé, tandis que le paiement différé à 14 ou 50 jours accordé par le vendeur lui-même reste exclu, mais seulement sous des conditions strictes à vérifier dans la version du texte en vigueur au 20 novembre.
Le profil des opérations explique l’attention du législateur. L’Autorité de contrôle prudentiel et de résolution relevait un montant moyen emprunté d’environ 400 €, avec un maximum de 8 000 €, et 92 % des paiements fractionnés souscrits à distance en 2020. Ce sont précisément ces parcours en ligne, en quelques clics, que la réforme ralentit.
Les obligations nouvelles du prestataire de paiement
Le prêteur, qu’il s’agisse d’un établissement spécialisé ou d’une banque, porte l’essentiel des obligations qui s’appliquent à chaque opération à partir du 20 novembre :
- une évaluation documentée de la solvabilité de l’acheteur, proportionnée au montant et à la durée, avant tout accord ;
- une fiche d’information précontractuelle remise avant la conclusion, qui présente la nature du crédit, son coût et son échéancier ;
- un droit de rétractation de 14 jours sur le contrat de crédit, distinct de celui qui porte sur l’achat lui-même ;
- l’information de l’acheteur lorsque l’offre est personnalisée par un algorithme, avec la désignation de l’interlocuteur chargé d’un réexamen humain.
Pour l’acheteur, l’activation devient plus formelle et plus lente. Pour le marchand, chaque étape ajoutée dans le tunnel de commande peut faire échouer une vente déjà décidée, et c’est sur ce point que sa propre responsabilité entre en jeu.
Publicité, contrat de vente et lien entre les deux : la part du commerçant
Le commerçant ne prête pas, mais il présente le crédit. Toute publicité pour une offre de paiement en plusieurs fois doit porter la mention « Un crédit coûte de l’argent et doit être remboursé », et les bannières affichées sur les fiches produits deviennent des publicités soumises aux règles de loyauté du code de la consommation. Le contrat de vente doit en outre mentionner le financement, quel que soit l’organisme prêteur.
Le statut du marchand dépend de son rôle réel. Le cabinet Kohen Avocats recommande d’identifier qui fournit les fonds, qui encaisse, qui supporte les impayés et qui perçoit les commissions, car la réponse détermine si l’entreprise agit en simple vendeur, en distributeur ou en intermédiaire soumis à un statut spécifique.
Le risque le plus lourd tient au lien entre les deux contrats. Dans un arrêt du 8 octobre 2025, n° 24-12.275, la Cour de cassation a jugé qu’un contrat de vente et le crédit qui le finance forment une opération commerciale unique, de sorte que la vente tombe si le crédit n’est pas conclu. Un refus de financement après vérification de solvabilité ne se règle donc plus par une simple relance du client.
Ce qui change au 20 novembre, point par point
Le tableau suivant compare, pour un paiement en 3 ou 4 fois proposé en ligne, les règles applicables avant et après la date d’entrée en vigueur.
| Point | Jusqu’au 19 novembre 2026 | À partir du 20 novembre 2026 | Qui doit agir |
|---|---|---|---|
| Achat de moins de 200 € en plusieurs fois | Hors du crédit à la consommation | Dans le champ du code | Prestataire et commerçant |
| Paiement en 3 mois sans frais | Exclu | Régime partiellement allégé | Prestataire |
| Vérification de solvabilité | Souvent limitée aux données de la carte | Évaluation documentée | Prestataire |
| Bannière « 3 fois sans frais » | Message commercial | Publicité pour un crédit, mention obligatoire | Commerçant |
| Plafond du régime | 75 000 € | 100 000 € | Prestataire |
La colonne de droite montre que le commerçant conserve la main sur l’affichage, même lorsqu’il délègue entièrement le financement. C’est là que se concentre le travail des trois prochaines semaines.
Trois semaines pour revoir le parcours de paiement
Le calendrier est court. D’ici la mi-novembre, l’entreprise a intérêt à obtenir de son prestataire la version de contrat applicable au 20 novembre et la description du nouveau parcours client, puis à mettre à jour ses conditions générales de vente et ses bannières avant la mise en ligne des opérations du Black Friday, le 27 novembre. Un parcours modifié la veille d’un pic de trafic se teste mal.
Si la transition numérique facilite l’accès au crédit, nous devons protéger les consommateurs contre les pratiques de prêt irresponsables.
Alberto Garzón Espinosa, ministre espagnol de la Consommation par intérim, lors de l’adoption de la directive par le Conseil de l’Union européenne, le 9 octobre 2023
Trois ans plus tard, cette intention se traduit en étapes supplémentaires dans le tunnel de commande. Les mêmes contrôles de la DGCCRF qui passent déjà les sites marchands au crible de l’accessibilité numérique pourront porter sur la loyauté des messages de paiement, et les acteurs du secteur, du pionnier suédois du paiement fractionné aux établissements français, adaptent déjà leurs offres.
Le paiement en plusieurs fois redevient un choix de gestion
Le « 3 fois sans frais » s’était imposé comme un réflexe de conversion, rarement discuté au-delà du taux de commission. La réforme le replace dans la catégorie du crédit, avec ce que cela suppose de refus, de délais et de responsabilité partagée. Pour une boutique dont le panier moyen tourne autour de quelques centaines d’euros, la question du maintien de l’option se pose avant les fêtes, et non après.
Certaines enseignes réserveront le paiement fractionné aux paniers les plus élevés, d’autres lui préféreront un paiement différé court porté par le vendeur lui-même, dans les limites que le texte maintient. Ces arbitrages se mesureront dans les données de vente de décembre, au moment où les moyens de paiement des entreprises se transforment déjà sous l’effet de la réglementation européenne, et ils diront si la friction ajoutée coûte plus cher que le crédit offert.
