Mardi 6 octobre 2026

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Qualiopi : au 1er novembre, le référentiel à 33 indicateurs s’impose à tous les audits

Le décret du 1er août 2026 réécrit le référentiel qualité des organismes de formation et des CFA. Pour ceux dont l'audit tombe cet automne, l'accès aux fonds des OPCO et du CPF se joue en quelques semaines.

Auditrice annotant un classeur Qualité dans une salle de formation où une formatrice anime une séance
À partir du 1er novembre 2026, chaque audit Qualiopi s'appuie sur le référentiel révisé à 33 indicateurs.

Le 1er novembre 2026, la certification Qualiopi change de règle du jeu. Le décret n° 2026-728 du 1er août 2026 réécrit le référentiel national qualité que doivent respecter les organismes de formation, les CFA et les prestataires de bilans de compétences qui veulent continuer à toucher des fonds publics ou mutualisés. Qualiopi, c’est cette marque de certification délivrée après audit par un organisme accrédité, sans laquelle une action de formation ne peut plus être financée par un OPCO, le compte personnel de formation ou France Travail.

Le texte, publié au Journal officiel le 4 août, est la première refonte du référentiel depuis le décret fondateur du 6 juin 2019. Il intervient dans un contexte de chasse aux dépenses inefficaces et de lutte contre la fraude au CPF, où la qualité devient un filtre d’accès au financement autant qu’un label. Pour un dirigeant d’organisme de formation, comme pour une entreprise qui fait appel à des prestataires certifiés, la question est concrète : qu’exige le nouveau référentiel, et à partir de quel audit s’applique-t-il ?

Un référentiel à 33 indicateurs au 1er novembre 2026

L’architecture générale ne bouge pas : les sept critères historiques restent en place. Le changement porte sur les indicateurs, qui passent de 32 à 33. Selon le décryptage publié par le centre de ressources C2RP, douze indicateurs sont révisés sur le fond, un nouvel indicateur est créé pour l’apprentissage et dix-neuf restent inchangés.

La philosophie de l’audit évolue davantage que la grille. Jusqu’ici, l’auditeur vérifiait surtout l’existence d’une procédure ou d’un document. Avec cette version, souvent appelée V10, il doit apprécier l’effectivité de ce que l’organisme affirme faire, preuves à l’appui. Cette bascule méthodologique vaut pour tous les indicateurs, y compris ceux dont la rédaction n’a pas changé, ce qui oblige à relire l’ensemble de son dossier de preuves.

Les exigences qui se durcissent

Les indicateurs modifiés couvrent l’ensemble du parcours, de la promesse commerciale au suivi des sous-traitants. Voici les points qui demandent le plus de travail de mise en conformité avant un audit programmé après le 1er novembre :

  • une information publique accessible, précise et vérifiable sur la reconnaissance délivrée, les méthodes pédagogiques et les modes de financement, sans mention trompeuse sur les conditions d’accès ou la poursuite d’études ;
  • une méthode de calcul transparente pour chaque taux de réussite, de satisfaction ou d’insertion affiché ;
  • une procédure de prévention et de signalement des violences sexistes et sexuelles, du harcèlement et des discriminations ;
  • une preuve de la participation réelle des stagiaires aux modules à distance, avec un référent pédagogique au-delà d’un seuil d’intervenants fixé par arrêté ;
  • un contrat écrit avec chaque sous-traitant, précisant le partage des responsabilités et le contrôle de sa conformité au référentiel ;
  • une analyse des risques pesant sur la qualité de la prestation, intégrée à la démarche d’amélioration continue.

Deux arrêtés d’application restent attendus, dont celui qui doit fixer le seuil d’intervenants déclenchant le référent pédagogique. Les organismes qui recourent massivement à des formateurs indépendants ont donc intérêt à anticiper la désignation de ce référent sans attendre le chiffre définitif.

Qui doit s’y conformer, et à partir de quel audit

La règle de bascule est simple et ne souffre aucune période de tolérance. Un audit réalisé jusqu’au 31 octobre 2026 se déroule sur l’ancien référentiel à 32 indicateurs. À partir du 1er novembre, tout audit initial, de surveillance ou de renouvellement applique la nouvelle version, y compris pour un organisme certifié de longue date.

Les certificats obtenus sous l’ancienne version restent valables jusqu’à leur échéance. La contrainte se concentre donc sur le prochain passage de l’auditeur, quelle que soit sa nature. Un organisme dont l’audit de surveillance tombe en novembre ou en décembre dispose de quelques semaines seulement pour adapter ses supports, alors que le texte publié début août laissait 88 jours entre la parution et l’entrée en vigueur.

La réforme s’inscrit dans une ligne politique assumée par le gouvernement, qui conditionne les financements de la formation à des garanties de qualité plus strictes, comme l’a résumé le ministre du Travail.

Il est hors de question de gaspiller l’argent public.

Jean-Pierre Farandou, ministre du Travail et des Solidarités, entretien aux Échos du 16 juillet 2026, à propos des exigences de qualité et de la lutte contre la fraude dans la formation

Un 33e indicateur propre aux centres de formation d’apprentis

L’apprentissage concentre les révisions les plus lourdes. Le nouvel indicateur 33 impose aux CFA un dispositif spécifique d’évaluation des contenus de formation par les apprentis, distinct des enquêtes de satisfaction classiques. L’auditeur vérifiera que les résultats remontent aux équipes pédagogiques et nourrissent des ajustements concrets.

D’autres obligations s’ajoutent pour les CFA : informer l’apprenti des ressources d’accompagnement et des coordonnées du médiateur de l’apprentissage, prévenir les ruptures de parcours, et renforcer l’encadrement pédagogique lorsque la part de formateurs permanents passe sous un seuil. Les entreprises dotées d’un CFA interne sont directement visées, au moment où le nouveau barème des contrats d’apprentissage pèse déjà sur l’équation économique de l’alternance.

Ce que coûte une certification fragilisée

Qualiopi est obligatoire depuis le 1er janvier 2022 pour accéder aux fonds publics ou mutualisés. Une non-conformité majeure non levée dans les délais, ou un certificat suspendu, coupe donc l’accès aux financements des OPCO, du CPF et des Régions, qui représentent l’essentiel du chiffre d’affaires de nombreux organismes. Le risque n’est pas une amende, mais une perte de clientèle immédiate.

Les entreprises acheteuses de formation sont aussi exposées. Une session à cheval sur le 1er novembre, confiée à un prestataire qui perdrait sa certification en cours de route, peut voir sa prise en charge remise en cause, alors que l’avance des frais par l’entreprise est devenue la règle depuis le 1er octobre. Le guide de lecture diffusé par Certification RNQ recommande de prévoir environ dix semaines de préparation, entre diagnostic, mise à jour documentaire et validation opérationnelle.

Une certification qui se juge désormais sur pièces

En exigeant des preuves d’effectivité plutôt que des procédures, le référentiel redistribue les cartes entre les organismes qui pilotent réellement leur qualité et ceux qui avaient fait de Qualiopi un exercice documentaire rédigé une fois pour toutes. Les premiers verront dans la V10 la formalisation de pratiques existantes, les seconds une remise à plat de leur organisation.

Pour les acheteurs de formation, la réforme ouvre un levier de sélection plus fin : demander à un prestataire la date de son prochain audit, ses taux publiés et leur mode de calcul, ou la liste de ses sous-traitants devient un réflexe de gestion. Les audits de novembre et décembre donneront la mesure de la consolidation annoncée d’un marché très éclaté, et de la capacité des organismes à transformer une contrainte réglementaire en argument commercial.


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