Voir les titres Ne plus voir les titres
- De la réservation de séminaires à la gestion des dépenses
- Pro-ven, un fonds de commerce plutôt qu’une technologie
- Les chiffres de l’opération
- Un marché que les agences de voyages d’affaires négligent
- Racheter plutôt que s’implanter : la leçon pour un dirigeant
- Le milliard de dollars de 2027, un pari encore à démontrer
La start-up parisienne Naboo a annoncé le 27 octobre 2026 le rachat de pro-ven, son concurrent britannique, pour en faire sa base au Royaume-Uni. Le montant n’a pas été communiqué, mais l’opération porte à 300 millions de dollars les dépenses événementielles que les deux sociétés gèrent ensemble pour le compte de leurs clients.
Naboo édite une plateforme qui permet aux entreprises de réserver, d’acheter et de piloter leurs séminaires, conventions et réunions, un poste que les anglophones appellent meetings and events. Le marché mondial de ces rencontres professionnelles est estimé à près de 400 milliards de dollars, selon l’annonce relayée par Maddyness, et il reste très fragmenté et peu numérisé. Pourquoi une jeune entreprise de quatre ans choisit-elle de racheter un acteur vieux de vingt ans plutôt que d’ouvrir seule son marché britannique ?
De la réservation de séminaires à la gestion des dépenses
Fondée en 2022 par Maxime Eduardo, Antoine Servant, Lucien Bredin et Jean-Louis Villeminot, Naboo a d’abord proposé un catalogue de lieux pour les séminaires d’entreprise. La plateforme couvre aujourd’hui toute la chaîne de l’achat événementiel, du sourcing des lieux à la négociation, aux cartes de paiement et au règlement des factures fournisseurs.
La croissance a été financée par étapes. Une série A de 20 millions d’euros a précédé une série B de 58,7 millions d’euros menée en février 2026 par Lightspeed Venture Partners, avec Notion Capital, ISAI et Ternel, selon EU-Startups. Près de 90 millions d’euros ont été levés en trois ans, pour un chiffre d’affaires de 17 millions d’euros en 2025 d’après Maddyness.
La liste de clients revendiquée donne la mesure du positionnement : Google, Meta, Microsoft, Siemens et, selon la société, un quart des entreprises du CAC 40 sous contrat exclusif. Ce portefeuille de grands comptes internationaux réclame une couverture géographique que Naboo ne pouvait pas construire seule assez vite.
Pro-ven, un fonds de commerce plutôt qu’une technologie
Créée en 2005 et dirigée par son fondateur Julian Laxon, pro-ven aide les grands groupes à trouver des lieux et des prestataires, à négocier les tarifs, à faire valider les dépenses et à centraliser la facturation. L’entreprise apporte des relations clients installées depuis vingt ans, une équipe opérationnelle et une connaissance fine des fournisseurs britanniques.
Le rachat conserve les salariés et les contrats, et l’activité opérera sous la marque Naboo UK, indique le site spécialisé Travolution. Julian Laxon reste en poste pour construire la présence britannique, tandis que Naboo déploie son logiciel d’achats assisté par l’intelligence artificielle auprès des équipes de pro-ven. Pour son dirigeant, la logique de l’opération tient à la nature même du métier.
Le futur leader de la gestion des achats événementiels sera un pure player.
Maxime Eduardo, cofondateur et directeur général de Naboo, dans l’annonce du rachat de pro-ven rapportée par Maddyness le 27 octobre 2026
Les chiffres de l’opération
Les données publiées par la société et reprises par la presse spécialisée permettent de situer l’échelle réelle de l’ensemble après le rachat :
- 300 millions de dollars de dépenses événementielles gérées chaque année, soit environ 269 millions d’euros selon la conversion retenue par EU-Startups ;
- huit bureaux, à Paris, Londres, New York, Montréal, Hambourg, Barcelone, Singapour et Shanghai ;
- une économie moyenne de 12 % par événement revendiquée auprès des clients ;
- un objectif d’un milliard de dollars de volume d’affaires en 2027, pour 17 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2025.
Un point mérite d’être nuancé. Travolution présente pro-ven comme la première acquisition de Naboo, alors que Maddyness rappelle le rachat de Bizmeeting, la plateforme lancée par Privateaser, dès 2024. Pro-ven est donc la première acquisition hors de France, ce qui change la nature du risque d’intégration.
Un marché que les agences de voyages d’affaires négligent
La thèse de Naboo repose sur un constat de concurrence. Les grands gestionnaires de voyages d’affaires traitent l’événementiel comme une activité annexe, alors que les directions achats exigent désormais conformité et transparence sur ces dépenses, au même titre que sur le reste de leurs achats. Maxime Eduardo résume cette faiblesse en expliquant que ces exigences ne peuvent pas être satisfaites par une activité secondaire.
L’intelligence artificielle accélère ce mouvement, car elle automatise une part croissante du processus, de la recherche de fournisseurs à la contractualisation. Sur un marché de 400 milliards de dollars, 300 millions de dollars gérés représentent moins de 0,1 % du total : la place reste ouverte, et le premier acteur capable de couvrir plusieurs pays avec la même qualité de service prend une avance difficile à rattraper.
Racheter plutôt que s’implanter : la leçon pour un dirigeant
Ouvrir un bureau à l’étranger oblige à recruter, à se faire connaître et à convaincre des clients qui ne vous attendent pas. Racheter un acteur local installé, comme l’a fait Naboo, achète d’un coup des clients, une équipe et une légitimité, au prix d’une intégration à réussir. Le maintien du fondateur et de la marque client pendant la transition vise précisément à ne pas perdre ce qui a été payé.
La logique n’est pas réservée aux start-up financées par le capital-risque. Des sociétés comme Deepki, qui muscle son offre par la croissance externe, ou Redfaire, qui se finance pour devenir un consolidateur européen de l’ERP, appliquent la même méthode : repérer un acteur ancien, rentable et peu numérisé, puis lui greffer un outil qui augmente la productivité de ses équipes.
Pour une PME, trois questions décident de la pertinence d’une telle opération. Le portefeuille de la cible est-il fidélisé au fondateur ou à l’entreprise ? Votre outil fait-il gagner du temps aux équipes rachetées dès les premiers mois ? Le financement laisse-t-il une marge si l’intégration dure plus longtemps que prévu ? Une réponse négative à l’une d’elles suffit à transformer un raccourci en détour coûteux.
Le milliard de dollars de 2027, un pari encore à démontrer
Passer de 300 millions à un milliard de dollars de volume d’affaires d’ici 2027 suppose de multiplier par plus de trois l’activité en environ quatorze mois. La conquête du marché américain, financée par la série B, et de nouvelles acquisitions ciblées sont les deux leviers les plus probables, la société ayant déjà montré qu’elle n’hésitait pas à racheter pour accélérer.
Les prochains signaux à surveiller seront la rétention des clients de pro-ven au premier semestre 2027 et l’annonce, ou non, d’un nouveau tour de table. Pour les entreprises qui organisent des séminaires, la professionnalisation des achats événementiels annonce surtout des appels d’offres plus structurés et des fournisseurs davantage mis en concurrence, avec des économies à la clé pour celles qui sauront s’en saisir.
