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- Un plafond relevé pour la deuxième fois en quelques mois
- Qui peut en bénéficier et sous quelles conditions ?
- Une annonce qui attend encore son texte
- Les aides sectorielles prolongées jusqu’au 31 décembre
- Reports de charges et prêts courts pour tenir la trésorerie
- Une décision salariale qui se prépare avant la fin de l’année
Le passage à la pompe continue de peser sur les salariés qui n’ont pas d’autre choix que la voiture pour rejoindre leur poste. Le 22 septembre 2026, à Bercy, le ministre des Petites et Moyennes entreprises Serge Papin a annoncé que le plafond de la prime carburant passera de 600 à 1 000 euros par an. Cette prime est une aide facultative : l’employeur la verse pour couvrir les frais de carburant engagés sur le trajet entre le domicile et le lieu de travail, sans cotisations salariales ni impôt pour le bénéficiaire.
L’annonce s’inscrit dans un ensemble plus large de mesures, chiffré à 450 millions d’euros par le ministère de l’Économie, qui prolonge aussi les aides au gazole non routier et ouvre un prêt à taux zéro aux entreprises de pêche. Pour un dirigeant, la question est très pratique : que peut-il verser, à qui, sur quelle base juridique et jusqu’à quelle date ?
Un plafond relevé pour la deuxième fois en quelques mois
La prime carburant n’est pas un dispositif autonome. Elle constitue le volet carburant de la prime transport, que l’entreprise peut accorder aux salariés contraints d’utiliser leur véhicule personnel. Son plafond annuel est passé de 300 à 600 euros dans le plan de soutien de l’été, et il est désormais porté à 1 000 euros, soit plus du triple du niveau initial.
Le versement reste une faculté, jamais une obligation. Selon la dépêche de l’AFP reprise par Connaissance des Énergies, la prime demeure défiscalisée et exonérée de cotisations salariales, ce qui en fait l’un des rares leviers de pouvoir d’achat que l’employeur peut actionner sans alourdir le coût du travail au même rythme qu’une hausse de salaire. Encore faut-il que la mesure repose sur une base juridique solide.
Qui peut en bénéficier et sous quelles conditions ?
Le cadre de la prime transport fixe plusieurs conditions que l’entreprise doit vérifier avant tout versement, en particulier sur les frais couverts et les salariés concernés :
- la prime couvre les frais de carburant du trajet domicile-travail, et non les déplacements professionnels déjà remboursés en frais réels ;
- elle peut aussi financer l’alimentation d’un véhicule électrique, hybride rechargeable ou à hydrogène, notamment par des titres-mobilité, selon la fiche Entreprendre Service Public vérifiée le 12 juin 2026 ;
- elle vise les salariés qui utilisent leur véhicule personnel pour se rendre au travail ;
- le montant versé dans l’année ne peut dépasser le plafond d’exonération, faute de quoi l’excédent est soumis aux cotisations et à l’impôt ;
- la décision relève de l’employeur, par décision unilatérale ou par accord d’entreprise.
Le passage à 1 000 euros ne modifie pas ces critères : il élargit seulement l’enveloppe exonérée. Un versement identique pour tous les salariés éligibles limite le risque de contestation sur l’égalité de traitement.
Reste le point le plus délicat, qui tient au texte réglementaire lui-même, toujours absent.
Une annonce qui attend encore son texte
Le 29 juillet 2026, le Conseil constitutionnel a jugé que la limite d’exonération relevait du domaine réglementaire. C’est donc un décret, et non une loi, qui fixe désormais le plafond. Or, comme l’expliquait notre analyse sur l’exonération appliquée sur simple tolérance administrative, le texte fixant le plafond de 600 euros n’était toujours pas publié au 21 septembre 2026.
Le relèvement à 1 000 euros annoncé le lendemain obéit à la même mécanique. Tant que le nouveau décret n’est pas paru, l’entreprise qui verse au-delà de 600 euros s’appuie sur une parole gouvernementale, pas sur une règle opposable à l’Urssaf en cas de contrôle.
La prudence conduit donc à documenter chaque versement dans le dossier de paie : date, montant, salarié, justification du trajet. Un paiement fractionné, avec un premier versement dans la limite de 600 euros puis un complément après publication du texte, réduit l’exposition sans priver les équipes de l’aide. Les autres volets du plan, eux, concernent directement la trésorerie des entreprises.
Les aides sectorielles prolongées jusqu’au 31 décembre
Le gouvernement a regroupé plusieurs dispositifs qui ne visent pas tous les mêmes entreprises ni le même calendrier. Le tableau ci-dessous reprend ceux qui ont été annoncés ou confirmés le 22 septembre :
| Dispositif | Bénéficiaires | Montant ou modalité | Échéance |
|---|---|---|---|
| Prime carburant | Salariés, à l’initiative de l’employeur | Plafond porté de 600 à 1 000 € par an | Texte réglementaire attendu |
| Aide au gazole non routier | BTP, agriculture, travaux forestiers | 15 centimes par litre livré de mai à août 2026 | Prolongée au 31 décembre 2026 |
| Prêt à taux zéro | Entreprises de pêche | Jusqu’à 50 000 € | À partir du 1er octobre 2026 |
| Aide grands rouleurs | Actifs qui roulent beaucoup pour travailler | 5,5 millions de bénéficiaires potentiels contre 3 millions | Octobre à décembre 2026 |
Pour l’aide agricole et forestière déjà prorogée par le décret du 10 juin 2026, le guichet du mois d’août reste ouvert jusqu’au 31 octobre 2026, selon l’administration fiscale. Une entreprise qui n’a pas encore déposé sa demande dispose donc de quelques semaines pour le faire.
Ces aides prolongent le plan d’aides sectoriel déployé depuis le 1er juin, dont la logique reste la même : un guichet par métier, avec ses propres conditions. Pour les entreprises les plus fragiles, Bercy ajoute des outils de trésorerie.
Reports de charges et prêts courts pour tenir la trésorerie
Serge Papin a invité les entreprises en tension à solliciter rapidement les conseillers économiques départementaux et les commissaires aux restructurations et à la prévention des difficultés des entreprises. Ce sont eux qui instruisent les reports de cotisations sociales et les étalements de dettes fiscales, au cas par cas et sur dossier.
Le ministre a également rappelé l’existence des prêts flash distribués par Bpifrance aux TPE et PME, destinés aux besoins de liquidités à court terme. En présentant la prime carburant, il a résumé la philosophie de l’ensemble :
Une aide concrète au pouvoir d’achat, actionnable par les entreprises au bénéfice de leurs salariés.
Serge Papin, ministre des Petites et Moyennes entreprises, lors de la présentation des mesures carburants à Bercy, le 22 septembre 2026
Bercy indique enfin surveiller les marges de transport et de distribution et n’exclut pas un encadrement rapide en cas de dérapage, sans constater à ce stade d’effet d’aubaine. Cette vigilance laisse entrevoir un dispositif appelé à évoluer au fil des prix.
Une décision salariale qui se prépare avant la fin de l’année
La prime carburant pose une question qui dépasse la seule facture d’essence. En relevant le plafond à 1 000 euros, l’État transfère aux employeurs une partie de l’effort de soutien, sur la base du volontariat et à leurs frais, alors que les négociations annuelles obligatoires approchent dans de nombreuses entreprises.
Verser la prime avant le 31 décembre, attendre le décret ou l’intégrer dans une politique de mobilité plus durable, avec des titres-mobilité ouverts à la recharge électrique : ces options n’ont ni le même coût ni la même portée. Le choix pèsera sur la fidélisation des salariés les plus éloignés de leur lieu de travail, souvent ceux dont les métiers sont les plus difficiles à recruter.

