Jeudi 5 novembre 2026

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Spiko lève 90 millions de dollars pour rémunérer la trésorerie qui dort dans les entreprises

La fintech parisienne Spiko lève 90 millions de dollars auprès de NEA pour ses fonds monétaires tokenisés. Son pari : faire de la rémunération de la trésorerie inactive un réflexe pour les PME, face aux banques et aux géants de la gestion d'actifs.

Directrice financière souriante tenant un smartphone qui affiche un graphique de trésorerie, toits de Paris en arrière-plan
Spiko revendique 2,7 milliards de dollars d'encours placés par plus de 10 000 entreprises et particuliers dans ses fonds monétaires tokenisés.

Sur les comptes courants des entreprises européennes, des milliards d’euros attendent sans rien rapporter. C’est sur ce constat que la fintech parisienne Spiko a bâti son activité, et il vient de lui valoir une levée de 90 millions de dollars en série B, annoncée le 6 octobre 2026. Le tour est mené par le fonds américain de capital-risque NEA.

Spiko émet des fonds monétaires tokenisés : des parts de fonds placés en bons du Trésor à très court terme, enregistrées sur une blockchain pour pouvoir circuler et se racheter à toute heure. Derrière la technique, le produit répond à une question très ancienne, celle de la rémunération de la trésorerie excédentaire des PME et des start-up. Comment une jeune entreprise française est-elle devenue, en deux ans, un acteur qui se mesure aux géants mondiaux de la gestion d’actifs ?

Une série B de 90 millions de dollars menée par NEA

Selon l’annonce relayée par Cryptoast, NEA est accompagné d’Index Ventures, de Bpifrance, de Speedinvest, de Flourish Ventures et de Wintermute Ventures. Le tour porte à 120 millions de dollars le total levé depuis la création de l’entreprise, sans que la valorisation soit communiquée.

La table des actionnaires individuels dit beaucoup de la stratégie. On y trouve Axel Weber, ancien président de la Bundesbank, et les fondateurs de la néobanque Qonto, dont la clientèle de TPE et de PME correspond exactement au cœur de cible de Spiko. Le premier signal rassure les trésoriers prudents, le second ouvre une porte de distribution.

Les fonds doivent financer de nouveaux produits et l’ouverture de nouveaux marchés, ainsi que le renforcement des équipes en Europe. Le rythme de croissance des encours explique pourquoi les investisseurs ont suivi.

De 815 millions à 2,7 milliards de dollars d’encours en neuf mois

Le 20 janvier 2026, le média The Big Whale chiffrait les encours de Spiko à un peu plus de 815 millions de dollars. Fin juin, l’entreprise annonçait avoir franchi le milliard en lançant ses versements récurrents et l’ouverture de ses fonds aux stablecoins. En octobre, elle revendique environ 2,7 milliards de dollars sous gestion, soit plus qu’un triplement depuis le début de l’année.

Ces encours appartiennent à plus de 10 000 entreprises et particuliers répartis dans plus de 25 juridictions, en euros, en dollars, en livres sterling et en francs suisses. Les clients vont des start-up aux instituts de recherche, en passant par des organismes publics et des cabinets médicaux. L’entreprise affirme désormais dépasser BlackRock et Franklin Templeton sur le segment des fonds monétaires tokenisés, une revendication qui n’a pas été vérifiée de façon indépendante.

Notre ambition est que toute la trésorerie rapporte par défaut, 24 heures sur 24.

Paul-Adrien Hyppolite, cofondateur et directeur général de Spiko, lors de l’annonce de la série B, le 6 octobre 2026

Cette ambition repose moins sur la blockchain que sur une série de choix d’architecture que n’importe quel dirigeant peut observer avec intérêt.

Les atouts qui font la différence face aux banques

Paul-Adrien Hyppolite l’a reconnu en janvier : la vraie concurrence vient des dépôts bancaires, bien plus que des autres gérants. Plusieurs leviers expliquent la traction de Spiko :

  • un agrément d’entreprise d’investissement qui permet, par le passeport européen, de commercialiser dans toute l’Union depuis la France ;
  • des fonds de droit français, sous forme de SICAV dotées du passeport UCITS pour l’euro et le dollar ;
  • un actif simple, des bons du Trésor zéro coupon à un ou trois mois, lisible par un directeur financier ;
  • une ouverture de compte en quelques minutes, avec accès direct au fonds, sans conseiller ni rendez-vous ;
  • une intégration par API qui permet à d’autres plateformes de proposer les fonds à leurs propres clients.

Le dernier point est sans doute le plus stratégique. Pour le dirigeant, la distribution conditionne la croissance des encours, ce qui éclaire la présence au capital des fondateurs de Qonto.

Pour l’entreprise cliente, l’intérêt se mesure en euros, et le niveau actuel des taux le rend tangible.

Ce que rapporte une trésorerie qui ne dort plus

Le 29 octobre 2026, la Banque centrale européenne a maintenu son taux de dépôt à 2,50 %, niveau qui sert de référence aux placements monétaires en euros. Un fonds investi en bons du Trésor à très court terme suit de près ce taux, avant frais de gestion, quand un compte courant classique ne rapporte souvent rien.

Prenons une PME qui laisse en permanence 300 000 € d’excédent sur son compte courant. Placée à un rendement brut voisin de 2,50 %, cette somme produirait environ 7 500 € par an avant frais et impôt. Les frais de Spiko, qui se rémunère sur les encours, ne sont pas publiés dans les sources consultées et viennent en déduction.

Ce calcul a ses limites. Le taux de l’euro avoisinait 4 % au lancement de Spiko en 2024 et pourrait baisser de nouveau, et un fonds monétaire n’offre pas la garantie d’un dépôt bancaire. Les arbitrages entre rendement, risque et liquidité restent ceux que décrivait notre guide sur les trois niveaux de placement de la trésorerie d’entreprise. Ils pèsent aussi sur la concurrence que Spiko affronte.

Face à BlackRock, Amundi et la baisse possible des taux

Sur le terrain des fonds tokenisés, Spiko croise BlackRock, dont le fonds BUIDL pesait environ 2 milliards de dollars en janvier, Franklin Templeton, Fidelity et Amundi. Ces acteurs disposent de moyens de distribution sans commune mesure avec ceux d’une start-up, et la réglementation européenne peut faire évoluer les règles de jeu de la tokenisation.

Le risque principal tient pourtant au cycle monétaire. Si la BCE recommençait à baisser ses taux, l’écart entre un compte courant à zéro et un fonds monétaire se réduirait, et avec lui l’argument qui fait basculer les trésoriers. La croissance future dépendra donc de la capacité de Spiko à transformer un placement en outil de gestion quotidien.

Une trésorerie rémunérée par défaut, prochain standard des PME ?

Dès janvier, l’entreprise visait l’Allemagne, l’Espagne, l’Italie et le Luxembourg. Avec 90 millions de dollars supplémentaires, une expansion européenne rapide paraît le scénario le plus probable, de même que des produits plus intégrés à la gestion courante, comme les versements programmés lancés en juin. Une offre adossée à d’autres néobanques ou logiciels comptables prolongerait logiquement le modèle.

La leçon dépasse la tokenisation. Spiko a grandi en s’attaquant à une inefficacité que les clients ne remarquaient plus, l’argent qui dort, et en rendant la solution aussi simple qu’un virement. Pour un dirigeant, la question de la rémunération de son excédent de trésorerie se pose désormais en termes de quelques clics, et la prochaine réunion de la BCE, en décembre, dira combien elle vaut.


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