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- Qui est concerné et à quelle échéance
- Deux nouvelles échéances, assorties de jalons contractuels
- Six critères techniques pour obtenir le délai
- Une préférence européenne revendiquée par l’État
- Ce que coûte l’attentisme
- Une filière européenne encore largement à reconstruire
- Un calendrier d’achat qui se joue dès 2027
Le propriétaire d’un grand parking de zone commerciale ou d’entrepôt logistique vivait depuis trois ans avec une date fixe en tête. Le décret n° 2026-842 du 7 septembre 2026 vient de la déplacer, mais pas pour tout le monde : le report de l’obligation de solarisation est désormais conditionné à l’achat de panneaux répondant à des critères de performance et, pour une partie des parcs, d’origine européenne.
L’obligation dite de solarisation impose de couvrir une partie des parcs de stationnement extérieurs par des ombrières équipées de panneaux photovoltaïques. Issue de la loi d’accélération de la production d’énergies renouvelables de mars 2023, elle s’inscrit dans une politique énergétique qui cherche des surfaces déjà artificialisées plutôt que des terres agricoles. Pour les gestionnaires de parkings, la question n’est plus de savoir s’ils devront s’équiper, mais quand, et avec quel matériel ?
Qui est concerné et à quelle échéance
L’article 40 de la loi n° 2023-175 du 10 mars 2023 vise les parcs de stationnement extérieurs de plus de 1 500 m². Leur gestionnaire doit installer, sur au moins 50 % de la superficie du parc, des ombrières intégrant un procédé de production d’énergie renouvelable. Les parkings souterrains, les étages de parkings silos et les voies de circulation traversantes sortent du champ.
Le calendrier initial distinguait deux tailles. Les parcs de plus de 10 000 m² devaient être équipés au plus tard le 1er juillet 2026, et ceux compris entre 1 500 et 10 000 m² avaient jusqu’au 1er juillet 2028. La loi dite Huwart du 26 novembre 2025 a retouché ce dispositif, et le décret de septembre fixe désormais les conditions d’un report.
Enseignes de la grande distribution, foncières, hôpitaux, collectivités et sites industriels dotés de vastes aires de stationnement sont les premiers exposés. Encore faut-il comprendre ce que le nouveau texte leur accorde, et à quel prix.
Deux nouvelles échéances, assorties de jalons contractuels
Le décret n° 2026-842, publié au Journal officiel du 8 septembre 2026, ne supprime rien : il décale. Selon l’analyse publiée par le cabinet CMS Francis Lefebvre le 17 septembre, les parcs de plus de 10 000 m² peuvent repousser leur échéance au 1er janvier 2028, à condition d’avoir signé un contrat d’engagement assorti d’un acompte avant le 30 juin 2026, puis un bon de commande avant le 31 décembre 2026.
Les parcs de 1 500 à 10 000 m² bénéficient d’un décalage plus large, jusqu’au 1er janvier 2030. Le schéma est identique, avec un an de plus : contrat et acompte avant le 30 juin 2027, bon de commande avant le 31 décembre 2027. Pour ces sites, le délai supplémentaire atteint dix-huit mois par rapport à l’échéance de juillet 2028, à condition de choisir les bons panneaux.
Six critères techniques pour obtenir le délai
Le report n’est accessible qu’aux projets dont les modules photovoltaïques cochent une série de critères cumulatifs, attestés par un organisme accrédité dont l’attestation est valable douze mois au plus :
- un rendement énergétique strictement supérieur à 22 % ;
- une perte d’efficacité inférieure à 0,4 % par an après la première année ;
- une empreinte carbone inférieure à 740 kgCO2eq par kilowatt-crête ;
- une garantie produit d’au moins 12 ans ;
- une garantie de performance d’au moins 30 ans, avec 80 % de la puissance nominale préservée ;
- des exigences d’assemblage et d’origine des composants limitant la dépendance à un pays tiers.
Pour les parcs intermédiaires, les modules doivent être assemblés dans l’Espace économique européen, et les cellules ne peuvent pas provenir d’un pays tiers représentant plus de 50 % de l’approvisionnement européen en panneaux, d’après les précisions relayées par Batiweb. Dans les faits, cette dernière clause vise la Chine sans la nommer.
Une préférence européenne revendiquée par l’État
Bercy ne cache pas l’intention. Dans son communiqué du 11 septembre 2026, le gouvernement écrit qu’il « assume le choix d’une préférence européenne pour accompagner le développement d’une industrie photovoltaïque plus forte et plus résiliente en Europe ». Le report devient ainsi un levier de politique industrielle glissé dans une obligation environnementale, une logique qui rejoint le débat sur la préférence européenne pour les entreprises aidées.
Le ministre délégué chargé de l’Industrie défendait déjà cette ligne au début de l’année, face à la concurrence chinoise et aux droits de douane américains, lors d’un entretien télévisé.
Si on veut avoir une industrie en Europe, il faut qu’on s’applique les mêmes règles que celles que s’appliquent les Américains et les Chinois.
Sébastien Martin, ministre délégué chargé de l’Industrie, invité de l’émission Lundi, c’est politique sur LCP, le 9 février 2026
Pour le gestionnaire de parking, cette orientation politique se traduit par un arbitrage très concret : payer plus cher un panneau européen pour gagner du temps, ou tenir l’échéance initiale avec le matériel le moins coûteux du marché.
Ce que coûte l’attentisme
Ne rien faire n’est pas une option neutre. La loi prévoit une sanction pécuniaire pouvant atteindre 40 000 € par an pour un parc non conforme, selon la fiche de la préfecture de l’Oise consacrée à l’article 40. Cette amende se répète tant que la situation perdure, ce qui en fait un coût récurrent et non ponctuel.
Des exonérations existent, mais elles se justifient. Le texte écarte les parcs soumis à des contraintes techniques, de sécurité, architecturales, patrimoniales ou environnementales, ceux dont l’équipement entraînerait un coût économiquement inacceptable, et ceux déjà ombragés sur la moitié de leur surface par des arbres. Chacun de ces motifs doit être documenté, faute de quoi le gestionnaire reste redevable.
Le calendrier des jalons contractuels pèse aussi sur la trésorerie. Un acompte versé en 2027 pour une installation livrée fin 2029 immobilise des fonds pendant plus de deux ans, un point à intégrer dès maintenant dans les plans d’investissement.
Une filière européenne encore largement à reconstruire
La condition d’origine intervient sur un marché dominé par l’importation. Selon des données de la Commission de régulation de l’énergie citées en février 2026, 88 % de la puissance solaire installée en France provient d’équipements d’origine asiatique. Les fabricants français pèsent environ 2 % du marché des grandes centrales au sol et 10 % de celui des toitures.
L’offre locale reste fragile, avec la fermeture du site de Systovi à Carquefou et un dernier fabricant encore actif, Voltec Solar, en Alsace. Le projet HoloSolis en Moselle vise 5 gigawatts par an, mais ses premiers modules ne sont attendus qu’en 2028. Les industriels qui investissent dans ce type d’usine peuvent par ailleurs s’appuyer sur le crédit d’impôt industrie verte prolongé pour trois ans.
Un calendrier d’achat qui se joue dès 2027
Pour les parcs intermédiaires, la vraie échéance n’est plus 2030 mais le 30 juin 2027, date à laquelle le contrat d’engagement et l’acompte devront être signés. Il reste donc un peu plus de neuf mois pour choisir un fournisseur capable de prouver l’origine et la performance de ses modules, et un installateur disposé à s’engager sur ces bases.
La question dépasse la seule conformité. Une ombrière produit une électricité qui peut alimenter des bornes de recharge ou les bâtiments voisins, dans un contexte où la hausse de l’électricité du 1er août a rappelé le poids de l’énergie dans les charges. Le choix du panneau engage trente ans d’exploitation, bien au-delà de la seule date de mise en service.
